On l’oublie souvent ou on fait semblant. Le nouveau riche et l’ancien pauvre sont la même personne. L’expression populaire ne ment pas. Elle décrit une trajectoire, pas deux tribus. Le type qui se tassait dans un grand taxi hier, roule en berline aujourd’hui. Celui qui devait trois mois de loyer possède un immeuble et une dizaine de commerces. Ça et comment il s’est si vite enrichi, tout le monde le sait et le raconte à qui veut bien l’entendre. Ce qu’on dit moins, c’est où atterrit cet argent une fois la garde-robe et le parking remplis. Dans un parti politique, pardi !
Parce que l’argent frais cherche une légitimité qu’il ne s’achète pas tout seul, ou pas encore. Un ancien collègue, journaliste judiciaire, racontait il y a trois ans le cas d’un promoteur immobilier qui n’a jamais milité, jamais lu un statut de parti de sa vie et qui est devenu en huit mois « responsable provincial ». La cotisation avait précédé la carte d’adhérent au parti. Dans cet ordre précis.
Le mécanisme, une fois lancé, tourne seul. Financement d’une section, prise en charge du traiteur pour le congrès régional, les banderoles, la sonorisation, parfois le carburant des bus qui amènent les militants au meeting. En échange : la liste, l’accréditation, l’investiture.
Les états-majors ont fait le calcul depuis longtemps. Un candidat autofinancé ne coûte rien. Il rapporte. La sélection des candidatures, censée récompenser 20 ans de porte-à-porte, devient un audit de solvabilité déguisé en commission politique.
Combien peut-il mettre sur la table ? C’est à peu près la seule question qui vaille, dans certaines réunions de commissions d’investiture. Le reste (parité, renouvellement des élites, ancrage territorial) vient après. Pour la forme.
L’ancien pauvre n’a besoin ni de diplôme, ni de discours ni de programme. Un chèque suffit. Et une photo avec le secrétaire général, de préférence au premier rang.
Le 23 septembre approche. Le phénomène va s’accélérer, comme à chaque échéance. Des candidats vont apparaître sur les listes, inconnus des militants historiques, parfaitement identifiés dans les livres de comptes du parti. Certains n’ont jamais tenu une permanence de quartier. D’autres, incultes, ignorent jusqu’au sigle exact de leur propre formation politique. Peu importe. Ils ont financé le dernier meeting national, et ça, ça compte.
On objectera que la politique a toujours été chère, que le financement privé des partis n’a rien d’une exception marocaine. L’objection tient. Elle ne règle rien.
Ce que révèle la figure de l’arriviste, ancien pauvre, ce n’est pas une simple dérive comptable. C’est un renversement pur et simple de la hiérarchie des légitimités. L’investiture, censée sanctionner un parcours militant, sanctionne désormais une capacité contributive. Le militant de section, 30 ans de terrain, se fait doubler par un opérateur économique débarqué l’année d’avant. Son seul mérite politique : un virement bancaire, daté, tracé, efficace.
Les partis le savent. Personne ne s’en cache vraiment. Certains cadres le présentent même comme une « ouverture aux forces vives de la nation ». Formule commode.
L’ancien pauvre, lui, ne demande rien d’autre qu’une reconnaissance. Il l’obtient sous forme de mandat. Un siège au Parlement, cinq ans, renouvelable.
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Rien à commenter tout est dit .
La vérité amère, indigeste dans un pays où la monnaie courante est l’argent sale .