Cover chronique METRONOME
Hafid El Jaï Publié le 12/10/26 à 10:57
Temps de lecture

L’exécutif des autres

A A A A A

La cheffe du gouvernement désignée et le chef du gouvernement sortant, assis côte à côte dans la même travée, pour écouter le discours royal d’ouverture de la nouvelle législature. Si le partant a pris ses aises, sa successrice était sur ses nerfs, stressée par le facteur temps pour la formation d’une majorité et par la composition d’un gouvernement.

Dans son discours, le chef de l’Etat a appelé à accélérer les réformes et à faire en sorte que les politiques publiques produisent des résultats tangibles, notamment en matière de développement territorial, de justice sociale et de réduction des inégalités. Il a également insisté sur la responsabilité des parlementaires et des élus, appelés à placer l’intérêt général au-dessus des calculs partisans et à répondre plus efficacement aux attentes des citoyens. Sur la migration, il a plaidé pour une approche renouvelée, fondée sur le codéveloppement et la coopération, tout en soulignant que le partenariat du Maroc avec ses voisins devait reposer sur le respect mutuel et ne pouvait être soumis à des pressions ou à des tentatives de chantage.

Les orientations royales ont sans doute ajouté une pression supplémentaire sur la nouvelle patronne de l’exécutif qui essaie tant bien que mal de gérer et de digérer les tourments des tractations politiques. Et comme pour ajouter plus de « piquant » aux longues journées de la 20e personnalité à diriger l’exécutif marocain, depuis quelques jours, les téléphones charrient les mêmes captures d’écran. Des listes d’une trentaine de noms, parfois avec des portefeuilles attribués au stylo numérique et une assurance qui ne coûte rien à personne. Personne ne la signe. Tout le monde la commente.

La formation d’une majorité est un exercice long et nerveux, et le vide d’information fait le reste. Quand les partis négocient à huis clos, la rumeur occupe le terrain. Elle comble le silence avec des noms, des chiffres, des alliances qui se font et se défont d’une heure à l’autre. Certaines rédactions courent fâcheusement après la rumeur, les réseaux sociaux la gonflent, et l’on finit par discuter d’un gouvernement qui n’existe nulle part. Ce qui devrait nous arrêter, c’est l’origine de certains de ces bruits. Un nom qui fuite n’est pas toujours une indiscrétion. C’est parfois une commande. Un dirigeant de parti qui veut peser sur les arbitrages fait circuler son propre nom, ou celui d’un proche, pour installer une évidence. Un autre fait sortir le nom d’un rival avec un portefeuille trop gros pour lui, en espérant le brûler. Le procédé est ancien et il fonctionne, parce que la répétition donne du poids à ce qui n’en avait pas.

Le dommage est réel et il retombe sur des gens qui n’ont rien demandé. Un cadre compétent, pressenti pour un département technique, voit son nom cité 100 fois en une semaine. Quand la décision tombe, on se souvient qu’il a été trop visible. Il est écarté, non pour ce qu’il vaut, mais pour le vacarme qui l’a précédé. Plusieurs ministrables ont déjà payé ce prix lors de précédentes compositions, et leur disparition de la liste a été présentée comme une sanction alors qu’elle n’était qu’un effet de bruit.

Il faut aussi rappeler où se joue la suite. La cheffe du gouvernement désignée propose une équipe. Ses propositions sont ensuite examinées au niveau du Cabinet royal. Ce circuit n’a aucune raison de se laisser dicter un casting par ceux qui le réclament le plus fort. Une liste qui circule ne lie ni la cheffe du gouvernement désignée ni le Palais. Elle engage seulement la crédibilité de ceux qui la diffusent. On peut bien sûr analyser. Les rapports de force entre partis existent, les profils conviennent mieux à certains ministères, et un éditorialiste a le droit de dire qui lui paraît légitime pour tel portefeuille. Cela reste du commentaire. Mais présenter une hypothèse comme un fait acquis, c’est autre chose, et c’est là que la presse se fait instrumentaliser sans toujours le voir.

Une règle simple peut aider chacun. Avant de relayer un nom, se demander qui y a intérêt. Si la réponse est évidente, la source mérite un doute sérieux. Si elle ne l’est pas, c’est que l’information a peut-être une chance d’être vraie, et il reste alors à la vérifier avant de la publier. Demain, les députés éliront le président de la Chambre des représentants. Un nom est donné avec certitude pour occuper le poste de troisième personnage de l’Etat. Le gouvernement se composera quant à lui dans quelques jours. D’ici là, les listes continueront de tourner, et ceux qui les font tourner continueront d’espérer qu’on les prenne pour des sources.

pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire