Il y a un an, le 13 octobre 2025, à Charm el-Cheikh, Donald Trump célébrait la paix devant une trentaine de délégations, aux côtés des dirigeants égyptien, qatari et turc. Tous quatre signaient une déclaration censée mettre fin à la guerre à Gaza, en l’absence pourtant des deux principaux belligérants : Israël et le Hamas. Nous posions alors ici même une question, « Et maintenant ? », suivie de trois autres : qui dirigera Gaza ? qui désarmera le Hamas ? qui rendra aux Palestiniens leur souveraineté ? Un an et plus de 1 500 morts plus tard, aucune n’a de réponse. Israël occupe près des deux tiers de l’enclave, et seulement deux des vingt points du plan ont été appliqués.
Les deux réussites ont en commun qu’elles étaient vérifiables et quantifiables. Les vingt derniers otages israéliens vivants ont été libérés, en échange de près de 2.000 détenus palestiniens, même s’il a fallu attendre le 26 janvier pour que l’armée israélienne récupère la dépouille du dernier otage. La trêve a néanmoins permis de réduire les offensives et d’augmenter l’aide humanitaire. Vingt hôpitaux fonctionnent partiellement contre quatorze auparavant. Les frappes continuent pourtant et plus d’un million de Gazaouis vivent toujours sous tente. Israël contrôle désormais près des deux tiers du territoire, contre 53% initialement. Quant à l’État palestinien, évoqué au point 19, il reste sans calendrier ni frontières, et rejeté par les principaux dirigeants israéliens. Car contrairement aux échanges d’otages et de prisonniers, les autres engagements ne fixaient ni échéances précises, ni mécanismes de contrôle, ni sanctions en cas de manquement. Sans véritable volonté politique, ils avaient peu de chance de dépasser le stade des promesses.
Qui devait faire avancer ces promesses ?
Le 22 janvier 2026, à Davos, Trump lançait son Conseil de la paix. Le 19 février, Washington promettait 10 milliards de dollars, les Émirats 1,2 milliard, le Qatar et l’Arabie Saoudite 1 milliard chacun. Au total, 17 milliards annoncés, mais des versements très limités face aux 71,4 milliards nécessaires. Le Maroc, parmi les rares contributeurs effectifs avec 3 millions de dollars, finance notamment un comité palestinien contraint de siéger au Caire, faute d’être autorisé à entrer à Gaza. Le mois dernier, Jared Kushner dévoilait encore 66 projets de reconstruction pour 2,45 milliards, sans financement assuré. La force internationale de stabilisation n’a toujours pas été déployée. Tout serait prêt, selon le Conseil de paix. Il ne manquerait qu’une condition…
Le désarmement est devenu l’alibi de l’impasseJaser Abu Mousa, Senior Fellow at the Middle East Institute
La deuxième phase du plan, lancée en janvier, a été éclipsée dès le 28 février par la guerre contre l’Iran. Le 30 juillet, une nouvelle feuille de route prévoyait enfin un désarmement progressif et vérifié du Hamas, accompagné d’un retrait israélien par étapes. Pour la première fois, le Hamas acceptait de céder le pouvoir civil et de placer ses armes sous contrôle palestinien, à condition qu’Israël cesse ses opérations et se retire. Mais le 9 août, Netanyahou rejetait cette avancée, exigeant « un véritable désarmement, pas un désarmement fictif » avant tout retrait. Une condition plus stricte que le mécanisme progressif envisagé initialement, à laquelle le Conseil de la paix s’est finalement rallié. « Le désarmement est devenu l’alibi de l’impasse », résume Jaser Abu Mousa. Chacun conditionne désormais ses engagements à ceux de l’autre, mais un seul contrôle le territoire, les frontières, le ciel et l’accès à l’aide humanitaire.
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À qui profite ce temps suspendu ?
À Israël, d’abord. Son armée contrôle davantage de territoire qu’avant l’accord et le Hamas a été considérablement affaibli. Mais ces victoires militaires n’ont débouché ni sur une sécurité durable ni sur une issue politique. Israël reste engagé sur plusieurs fronts, de l’Iran au Liban, tandis que la colonisation croissante de la Cisjordanie compromet davantage la perspective d’un État palestinien et accentue son isolement diplomatique. À Gaza, l’occupation présentée comme provisoire risque de s’installer. Le précédent du Liban-Sud devrait pourtant servir de leçon : sa « zone de sécurité », supposée temporaire, a été maintenue de 1985 à 2000.
Le calendrier électoral n’incitait guère à bouger les lignes. Israël vote le 27 octobre, les États-Unis le 3 novembre. Trump a même promis de ne pas frapper l’Iran avant les midterms, alors que 60% des Américains désapprouvent sa gestion de la guerre. Le sort de millions de Palestiniens dépend ainsi de scrutins auxquels ils ne participent pas. Une alternance israélienne pourrait débloquer le processus, sans nécessairement rapprocher la perspective d’un État palestinien, également rejetée par les principaux opposants à Netanyahou. Quant à Trump, il pourrait aussi bien rechercher un compromis que reprendre l’escalade, malgré les tensions croissantes avec Netanyahou. Pendant ce temps, les élections palestiniennes viennent d’être reportées au 11 septembre 2027.
Il y a un an, nous écrivions ici qu’« un cessez-le-feu n’est pas une paix » et que, faute de garanties contraignantes, les Gazaouis resteraient les otages d’un statu quo fragile. Force est de constater que sur les vingt points de l’accord, dix-huit restent en suspens…
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