On a battu un record et personne n’en tire gloire. 17 jours pour composer un gouvernement derrière la première cheffe de l’exécutif de l’histoire du Maroc, c’est déjà rapide. 48 heures pour qu’une ministre déléguée en sorte, c’est autre chose. On peut dire que le nouveau gouvernement débute son mandat du mauvais pied. La ministre déléguée chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification a vu son nom occuper les réseaux sociaux et la presse à cause d’un ancien document médical de 2004, que certaines publications ont rattaché à une affaire judiciaire.
Son parcours restait celui d’une brillante cadre de l’Istiqlal bardée de diplômes, plusieurs responsabilités dans les instances du parti, le comité exécutif en octobre 2024, députée pendant la précédente législature, réélue haut la main dans la circonscription de Béni-Mellal le 23 septembre, puis désignée à la tête du Groupe istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme à la Chambre des représentants le 8 octobre, huit jours avant sa nomination en tant que ministre. Cette dame aura tout perdu. Le monde de la politique et le passé sont cruels, sans pitié. Le porte-parole du gouvernement présente la rapidité de la décision de limogeage comme un moyen d’avancer vers l’investiture parlementaire, dernière étape de l’installation constitutionnelle du gouvernement. Les composantes de la majorité veulent préserver la dynamique de cette nouvelle expérience, dit-il. Mais le communiqué ne dit pas comment cette « erreur de casting » a pu se produire et si oui ou non la ministre démise de ses fonctions sera remplacée.
Pour en venir à la nouvelle équipe gouvernementale, elle se veut politique, et elle l’est. A part les régaliens et le ministre de l’IA, qui n’a pas de carte, les autres viennent tous du même vivier : 11 pour le PAM (la cheffe de l’exécutif y compris), 7 pour l’Istiqlal (6 après le limogeage de la ministre déléguée chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification), 6 pour l’USFP (si on y range le secrétaire général du gouvernement, ce que sa trajectoire permet), 3 pour le PPS, qui récupère quand même l’Education nationale et l’Energie avec deux revenants remerciés du temps du gouvernement dirigé par le PJD.
13 ministres du précédent cabinet dirigé par le RNI font leur retour. Pour les régaliens, la question ne se pose même pas. Pour le reste, on se retrouve avec un gouvernement qui ressemble furieusement au précédent : 13 sortants et des étiquettes un peu réarrangées en cours de route. La bonne blague, c’est celle du ministre de la Santé, d’abord présenté comme technocrate, il aurait été encarté USFP à la dernière minute. Ça fait sourire. Mais jaune puisque c’est une pratique peu commune chez les partis de la défunte Koutla. Au passage, le trio (PI-USFP-PPS) composant la nouvelle majorité avec le PAM, n’a rien à voir avec les deux anciennes versions de la Koutla (nationale et démocratique), même si certains veulent ressusciter une alliance de partis issus du mouvement national, enterrée à la formation du gouvernement d’alternance.
Quoi qu’il en soit, le délai de grâce pour le nouvel exécutif sera court. Plus court que les 100 jours habituels. L’opposition sera plus rude : un PJD qui attend le PAM au tournant, une Alliance de gauche qui ne fera aucun cadeau. On a déjà vu l’échauffement de son député, célèbre avocat rbati, lors de la séance d’élection du président de la Chambre des représentants. En face, des millions de citoyens qui n’ont plus envie d’attendre. Cherté de la vie, prix des carburants… Un Projet de loi de finances, à lui seul, ne suffira pas. Celui de 2027 doit être déposé avant mardi. Mais ce lundi déjà, la cheffe du gouvernement présente son programme gouvernemental. Ce dernier doit obtenir le vote de confiance de la majorité absolue de la Chambre des représentants. C’est à ce moment-là que le nouveau gouvernement sera investi…
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