SIAM 2026 : ces coopératives 100% féminines qui valorisent le terroir marocain
Les coopératives agricoles 100% féminines valorisent le terroir marocain au SIAM 2026 © LeBrief / Ayoub Jaoudi
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Au cœur de cette édition, les stands des coopératives féminines rappellent que l’agriculture marocaine ne se résume pas aux grandes filières de production. Elle se construit aussi à petite échelle, dans les territoires enclavés, autour de savoir-faire, de transformations artisanales et d’initiatives collectives.
Selon les statistiques publiées par l’Office du développement de la coopération (ODCO), la seule branche agricole compte 40.033 coopératives, 541.463 adhérents, dont 2.291 coopératives féminines et 24.084 adhérentes, soit un tissu coopératif dense, mais aussi inégalement réparti.
Le défi de la commercialisation pour les coopératives rurales
C’est précisément l’un des principaux défis évoqués par les exposantes rencontrées au SIAM. Produire ne suffit pas, encore faut-il vendre, faire connaître, nouer des partenariats et sécuriser des débouchés durables.
À Aïn Ghazi, dans la région de Béni Mellal-Khénifra, la coopérative Teblah El Sahraoui est entièrement féminine. Sa présidente, Bouchra Amridar, explique que les membres sont venus au Salon international de Meknès « afin d’attirer de nouveaux clients » et de faire découvrir leurs produits. Le SIAM, dit-elle, leur permet de rencontrer « de nouvelles personnes », de gagner « de nouveaux clients » et de « nouveaux partenaires ».
Son témoignage dit beaucoup de la réalité des coopératives rurales, qui naissent souvent d’une nécessité économique autant que d’une volonté d’émancipation, notamment dans les zones où les femmes restent davantage exposées à la précarité et au manque d’opportunités.
« En tant que femmes, surtout dans la région d’Aïn Ghazi, une zone rurale, nous souffrons davantage. Nous avons donc pensé à créer une coopérative afin que les femmes puissent travailler avec nous, disposer de leurs propres revenus et ne dépendre de personne », fait valoir notre interlocutrice.
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Bouhassoune, une coopérative féminine tournée vers la montée en gamme
Dans cette même logique, la coopérative Bouhassoune, basée à Bouizakarne, dans la province de Guelmim, illustre une autre forme de montée en gamme du produit local. Sa présidente, Khadija Bouhassoune, raconte que le projet est né d’« un groupe de diplômées de l’enseignement supérieur » qui a voulu lancer une activité fondée sur « les produits naturels » du Maroc.
La coopérative a choisi l’argan comme matière première centrale et en décline aujourd’hui plusieurs produits : huile, amlou, miel, cosmétiques et savon. Elle a, selon sa présidente, obtenu un certificat de sécurité sanitaire qui lui permet d’exporter ses produits, après avoir participé à plusieurs salons nationaux et internationaux.
« Auparavant, nous menions une vie marquée par une certaine inertie et un certain immobilisme, mais lorsque nous avons décidé de créer la coopérative, cela nous a donné un grand élan », nous fait savoir Bouhassoune. Et d’ajouter : « Je voudrais adresser un conseil à toutes les femmes et à toutes les étudiantes diplômées : ne restez pas sans lancer une idée de projet. L’Initiative nationale pour le développement humain permet de concrétiser les projets, et grâce à l’Agence de développement agricole, nous avons beaucoup progressé en matière de commercialisation et de produits ».
La présidente insiste aussi sur l’importance du certificat de sécurité sanitaire, un sésame déterminant pour franchir un palier supplémentaire dans la valorisation des produits.
Pour beaucoup de coopératives, ce passage du circuit local à une logique plus large de distribution constitue la principale frontière à franchir. C’est aussi ce qui donne tout son sens à leur présence au SIAM, où les salons servent de tremplin vers des marchés plus larges, nationaux comme internationaux. Bouhassoune présente d’ailleurs cette participation comme une expérience « très importante pour accéder à de nouveaux marchés ».
Sidi Ouagag Aglou, l’argan au service de l’autonomie des femmes
La coopérative agricole féminine Sidi Ouagag Aglou s’inscrit dans cette même trajectoire de transformation progressive. Sa présidente, Khadija Lbhira, rappelle que l’initiative a commencé alors que les femmes suivaient encore des cours d’alphabétisation, avec l’idée partagée qu’il fallait « commencer un projet ».
La coopérative produit des articles à base d’argan et de ses dérivés, mais aussi du couscous sous différentes formes, de la zammita et de l’amlou. Le projet a ensuite grandi jusqu’à intégrer le Plan Maroc Vert, ce qui lui a permis d’atteindre une forme de stabilité, nous explique Lbhira, fondatrice de la coopérative et qui a voulu en faire un espace d’apprentissage, de montée en compétence et de sortie progressive de l’isolement économique.
Les femmes qui y ont adhéré, souligne-t-elle, ont connu des débuts difficiles, avant d’évoluer progressivement et de prendre la parole dans différents salons « de manière tout à fait naturelle ».
Le cas de l’argan mérite, à lui seul, une mise en perspective. L’UNESCO rappelle que l’arganier est une espèce endémique du sud-ouest marocain et que les femmes rurales y jouent un rôle central dans la collecte, la transformation et la transmission des savoir-faire liés à cet arbre.
Cette dimension culturelle de l’argan explique pourquoi l’État marocain continue d’investir dans la structuration de la filière. Le ministère de l’Agriculture a présenté un plan de développement de l’arganier visant, à l’horizon 2030, à doubler la production d’huile d’argane pour atteindre 10.000 tonnes.
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Les pouvoirs publics multiplient par ailleurs les dispositifs d’appui aux coopératives féminines. À Marrakech-Safi, 436 coopératives bénéficiaires d’un programme d’autonomisation économique des femmes ont récemment reçu un soutien financier global de près de 16 millions de dirhams, pour 7.970 personnes dont 6.587 femmes.
Dans la province de Tata, à titre d’exemple, l’INDH soutient aussi les coopératives au titre de l’économie sociale et solidaire, avec un appui à la fois financier et technique.
Le mouvement coopératif féminin n’est plus considéré comme une initiative marginale, mais comme un levier de développement local et d’inclusion économique.
Entre le terroir et le marché, entre la transmission et l’innovation, elles incarnent une agriculture qui ne se contente plus de produire mais qui s’organise, se structure et se projette. Et c’est sans doute là l’un des visages les plus parlants du SIAM 2026.
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