SIAM 2026 : le Maroc mise sur l’élevage, la génomique et les races locales
Ouverture de la 18e édition du SIAM à Meknès du 20 au 28 février © LeBrief / Ayoub Jouadi
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Le Maroc annonce vouloir accélérer sa réflexion sur l’avenir de ses filières agricoles les plus exposées à la pression accrue sur les ressources naturelles, la volatilité des marchés et la récurrence des épisodes de sécheresse lors de la 18e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM 2026). Une idée principale : face au changement climatique, la résilience de l’agriculture marocaine passera autant par l’innovation scientifique que par la valorisation de ses ressources locales.
L’élevage, en particulier, apparaît désormais comme un maillon stratégique qu’il faut à la fois protéger, moderniser et adapter.
L’élevage marocain sous pression climatique
Au cœur de cette orientation, la directrice de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), Lamiae Ghaouti, a défendu une approche qui combine patrimoine génétique local et avancées de la recherche. Selon elle, les races animales locales et l’investissement dans la recherche et le développement constituent les leviers les plus prometteurs pour bâtir un élevage capable de résister aux mutations climatiques et à l’instabilité des marchés mondiaux.
Les systèmes de production sont justement confrontés simultanément à la hausse des coûts, à l’érosion des ressources fourragères et à la fragilité des équilibres économiques en milieu rural.
La responsable de l’INRA a rappelé que la production animale contribue à près de 35% du PIB agricole, générant environ 135 millions de journées de travail par an et assurant des revenus à près de 1,2 million d’éleveurs. Par ailleurs, cette activité structure des territoires entiers et participe à la sécurité alimentaire des ménages.
Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a abondé dans le même sens. Selon lui, la production animale constitue un pilier essentiel du secteur agricole national.
Le recensement de 2025 fait état d’un cheptel d’environ 33 millions de têtes d’ovins, de caprins, de bovins et de camélidés, pour une production annuelle estimée à quelque 530.000 tonnes de viandes rouges et près de 2 milliards de litres de lait. La filière avicole, elle, affiche une production d’environ 784.000 tonnes de viandes blanches et 6,5 milliards d’œufs destinés à la consommation, couvrant 100% des besoins du marché national, selon les données présentées.
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Un cheptel important, mais fragile face aux chocs
Le changement climatique bouleverse les conditions d’élevage, en réduisant la disponibilité des pâturages, en accentuant le stress hydrique et en fragilisant les équilibres sanitaires. À cela s’ajoutent des évolutions structurelles de la demande. Lamiae Ghaouti a ainsi souligné la transition en cours dans les habitudes de consommation au Maroc, entre une préférence traditionnelle pour des carcasses légères, notamment dans un cadre festif, et l’essor d’une classe moyenne urbaine qui exprime des attentes différentes. Cette mutation crée, selon elle, un décalage avec le potentiel génétique des animaux, encore insuffisamment exploité.
La directrice de l’INRA a aussi livré un constat frappant : 60% à 70% de la production bovine mondiale repose sur une seule race, alors que les milliers de races locales, pourtant adaptées à des milieux difficiles, restent largement sous-utilisées.
Ces animaux présentent pourtant des avantages dans un contexte de réchauffement climatique, dont une meilleure tolérance thermique, la résistance accrue à certains parasites, et une efficacité fourragère dans des systèmes extensifs ou semi-extensifs. Pour l’INRA, la réponse passe par une meilleure caractérisation de ce patrimoine génétique, mais aussi par le recours à la sélection génomique afin d’améliorer la tolérance à la chaleur, la résistance aux maladies et la fertilité en conditions difficiles.
Pour le ministère, le gouvernement a engagé, en application des instructions royales, un programme exceptionnel de reconstitution du cheptel national, doté d’une enveloppe budgétaire conséquente. L’objectif est notamment de soutenir les éleveurs dans l’acquisition d’aliments de bétail et de préserver les femelles reproductrices, afin d’éviter une contraction durable du potentiel de production. Sans base reproductrice solide, toute relance du secteur devient plus lente, plus coûteuse et plus dépendante des importations.
Le ministre a insisté sur plusieurs axes complémentaires. D’abord, le renforcement de la production d’aliments pour bétail, dans un contexte où la dépendance aux marchés extérieurs peut fragiliser les exploitations. Ensuite, la consolidation du dispositif de sécurité sanitaire animale, à travers la veille épidémiologique, le contrôle sanitaire et la vaccination contre les maladies infectieuses. Enfin, l’amélioration de la productivité, qui suppose une meilleure organisation des filières, un encadrement technique plus solide et un investissement continu dans la formation et la recherche.
Le développement de l’élevage camelin a également été mis en avant en raison de son rôle économique et social dans les provinces du Sud. Cette filière, encore trop souvent marginalisée dans les débats agricoles, constitue une source de revenus essentielle pour de nombreux ménages et génère une valeur ajoutée estimée à près de 225 millions de dirhams par an, ainsi qu’environ 2,7 millions de journées de travail. Son adaptation aux contraintes arides en fait un exemple particulièrement pertinent dans un pays où la rareté de l’eau devient un paramètre central de toute politique agricole.
Au-delà de la production elle-même, les autorités veulent aussi agir sur les maillons de transformation et de commercialisation. Ahmed El Bouari a évoqué la modernisation des circuits de commercialisation, la mise à niveau des abattoirs, le développement des infrastructures logistiques, le renforcement des chaînes du froid et du transport, ainsi que la promotion de contrats plus équitables au profit des petits producteurs.
Dans la même logique, le ministère entend développer la formation et la recherche scientifique en partenariat avec les différents acteurs du secteur.
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Le SIAM, laboratoire des réponses agricoles de demain
Lamiae Ghaouti a rappelé qu’au niveau mondial, l’élevage représente près de 40% du PIB agricole, mobilise un milliard de personnes dans ses filières et assure entre 34 et 37% des apports protéiques de la planète.
Toutefois, l’Amérique concentre plus de 52% du PIB de l’élevage mondial, tandis que l’Afrique en représente 28%, avec des systèmes extensifs à forte multifonctionnalité sociale, impliquant 50% à 70% de la population active dans les pays du Sud.
Pour la responsable de l’INRA, les marchés de demain seront les marchés du Sud, aussi bien pour la viande que pour le lait, dans un contexte où la consommation recule au Nord et progresse au Sud.
À Meknès le message est donc clair : plus l’élevage devient stratégique, plus il doit se transformer.
Le tourisme marocain pourrait atteindre 26 millions de touristes dès 2028, deux ans avant l’objectif 2030. Les autorités envisageraient d'augmenter cet objectif à 30 millions.
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