Transition énergétique : comment le Maroc s’est imposé comme leader africain

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Transition énergétique : et si le Maroc exploitait ses toits ?Une centrale solaire © DR

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Du complexe solaire de Noor Ouarzazate aux stations de pompage, en passant par l’extension des réseaux et l’électrification rurale, le Maroc a bâti une politique énergétique de long terme. Appuyée par la Banque africaine de développement, cette trajectoire a permis d’élargir l’accès à l’électricité, de renforcer la fiabilité du système et d’accompagner la montée des énergies renouvelables. Au-delà des infrastructures, c’est un modèle de développement plus inclusif qui se dessine, fondé sur la cohérence entre transition climatique, aménagement du territoire et sécurité d’approvisionnement, qui place le pays comme un des exemples africains en matière de transition énergétique. Décryptage.

Depuis plus de deux décennies, le Maroc a fait de la transition énergétique l’un des piliers de sa stratégie de développement. Sous l’effet conjugué d’une demande électrique en hausse, d’un impératif d’indépendance énergétique et d’engagements climatiques de plus en plus exigeants, il a engagé une transformation profonde de son modèle.

Cette mutation, fondée sur l’essor des énergies renouvelables, le renforcement des réseaux et la modernisation des infrastructures de stockage, s’est construite dans la durée. Elle a aussi bénéficié d’un appui financier et technique constant du groupe de la Banque africaine de développement (BAD), qui en souligne aujourd’hui les résultats concrets.

Dans un point publié le 5 juin 2026, l’institution panafricaine revient sur l’ampleur de son accompagnement au Maroc et sur la cohérence d’une trajectoire énergétique qui, selon elle, n’a plus rien d’un simple horizon de réforme. L’analyse de la BAD met en avant une dynamique où les investissements dans la production d’énergie propre ne prennent sens qu’à travers leur articulation avec les réseaux, l’électrification rurale et le stockage.

Un modèle énergétique fondé sur la diversification

Le Maroc fait partie des pays africains les plus avancés dans la structuration de sa politique énergétique. Depuis les années 2000, le pays a multiplié les chantiers pour diversifier son mix, réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures et accompagner sa croissance économique avec une offre électrique plus stable et plus propre. L’enjeu ne se limite pas à la sécurité d’approvisionnement. Il touche aussi à la compétitivité industrielle, à l’aménagement du territoire et à la capacité du Maroc à tenir ses engagements en matière de réduction des émissions.

Le projet le plus emblématique de cette trajectoire reste sans doute le complexe solaire Noor Ouarzazate. Présenté comme l’une des plus grandes centrales solaires au monde, ce site symbolise à lui seul le basculement progressif du Maroc vers une énergie décarbonée à grande échelle.

La Banque africaine de développement rappelle avoir contribué à hauteur de 485 millions de dollars à l’ensemble des phases du projet. Avec une capacité installée de 580 MW répartie sur quatre centrales, le complexe fournit de l’électricité à près de deux millions de personnes et permettrait d’éviter environ un million de tonnes de CO2 par an.

Au-delà de la performance technique, Noor Ouarzazate a eu une portée politique et symbolique considérable. Il a installé le Maroc parmi les pays de référence en Afrique et au-delà dans le domaine de l’énergie solaire. Il a aussi démontré qu’un projet d’infrastructure de grande ampleur pouvait conjuguer ambition industrielle, innovation technologique et impact climatique.

Pour la BAD, c’est surtout un exemple de la manière dont le financement multilatéral peut accompagner un choix souverain de politique publique lorsqu’il s’inscrit dans une vision de long terme.

Lire aussi : Énergie : 3.000 MW de projets validés début 2026

Des réseaux renforcés pour une électrification quasi universelle

Mais la production d’électricité, même issue de sources renouvelables, ne suffit pas à transformer un système énergétique. Encore faut-il pouvoir transporter cette énergie, la distribuer, la stabiliser et l’acheminer vers les zones qui en ont besoin. C’est là que les réseaux électriques deviennent l’ossature de la transition. La BAD insiste sur ce point en rappelant qu’aucun saut qualitatif n’aurait été possible sans investissements majeurs dans les infrastructures de transport.

Dans cette logique, le groupe de la Banque africaine de développement a approuvé en 2019 le Programme de développement des réseaux de transport d’électricité et d’électrification rurale (PDRTE-ER), doté d’un financement de près de 245 millions d’euros. Ce programme visait à renforcer les réseaux électriques du Maroc, à améliorer leur fiabilité et à accélérer l’électrification des zones rurales.

Concrètement, il a permis l’extension des lignes à haute tension, l’amélioration de la desserte de zones jusque-là isolées et la montée en capacité du réseau national face à l’intégration croissante des renouvelables.

Les résultats avancés par la BAD sont significatifs : environ 20.000 nouveaux foyers ont été raccordés au réseau grâce à la construction de quelque 1.300 kilomètres de lignes de moyenne tension, 4.000 kilomètres de lignes de basse tension et l’installation de 800 postes de transformation moyenne tension/basse tension.

Cette question du maillage territorial renvoie à un autre chantier fondamental du Maroc : l’électrification rurale. Lancé en 1995, le Programme d’électrification rurale global (PERG) constituait à l’origine une réponse à une fracture territoriale encore profonde. Le défi était alors massif : raccorder au réseau national les zones non desservies et réduire les inégalités d’accès à un service devenu indispensable à la vie quotidienne comme à l’activité économique.

Selon la BAD, son soutien, estimé à environ 200 millions d’euros à travers le PIEHER et le PDRTE-ER, a contribué à faire du PERG l’un des programmes d’électrification les plus ambitieux de la région. Le taux d’électrification, inférieur à 18% lors du lancement du programme en 1995, a été porté à près de 100%. Quelque 4255 villages, représentant plus de 500.000 habitants, ont été raccordés au réseau grâce à cet appui. L’électricité est ainsi devenue un outil d’inclusion territoriale autant qu’un levier de développement.

L’impact de cette mutation dépasse largement la seule question du confort domestique. L’accès à l’électricité dans les zones rurales favorise l’essor de petites activités économiques, améliore les conditions d’étude, facilite l’accès à l’information et réduit l’isolement de certaines localités. Il modifie aussi les équilibres démographiques, en offrant des perspectives plus concrètes à des territoires longtemps en marge des dynamiques de croissance. En cela, l’électrification rurale a constitué l’un des socles silencieux de la modernisation du Maroc.

Le stockage, clé de voûte d’un système plus flexible

À mesure que la part des renouvelables augmente dans le mix électrique, une autre question devient centrale : comment garantir la stabilité du système lorsque le solaire ou l’éolien, par nature intermittents, ne produisent pas de façon continue ? C’est ici qu’intervient le stockage, désormais présenté comme une brique stratégique de la transition. Le Maroc a développé sur ce terrain une solution d’envergure avec la station de transfert d’énergie par pompage (STEP) de Abdelmoumen.

Soutenue par un financement de 179 millions d’euros du groupe de la Banque africaine de développement dans le cadre du Programme intégré éolien, hydraulique et électrification rurale (PIEHER), cette infrastructure a été conçue pour stocker l’électricité excédentaire et la restituer lors des pics de demande.

Son rôle est essentiel dans un système qui accueille de plus en plus d’électricité issue de sources variables. Avec une puissance installée de 350 MW, la STEP peut fournir de l’électricité quasi instantanément, jusqu’à 20 fois par jour, et moduler sa puissance entre 90 MW et 350 MW selon les besoins du réseau.

La valeur de ce type d’équipement dépasse la seule dimension technique. Il sécurise l’équilibre du système électrique, renforce sa flexibilité et offre au pays davantage de marge pour intégrer de nouvelles capacités renouvelables sans fragiliser l’approvisionnement. Pour une économie en industrialisation rapide, la fiabilité du réseau devient un impératif stratégique. Dans cette perspective, la STEP d’Abdelmoumen participe à la construction d’une souveraineté énergétique plus robuste, en réduisant la vulnérabilité du système aux fluctuations de production.

L’ensemble de ces projets dessine une séquence cohérente : d’abord l’électrification et le renforcement du réseau, puis le déploiement massif du solaire, enfin l’intégration de solutions de stockage et de flexibilité. C’est cette gradation que met en avant la Banque africaine de développement, qui voit dans le Maroc un exemple de transition construite par étapes, fondée sur une planification continue et un partenariat durable entre l’État, les institutions de financement et les opérateurs du secteur.

Cette trajectoire s’inscrit aussi dans un contexte international plus large. Les pays africains sont confrontés à une double contrainte, celle de répondre à une demande énergétique en forte croissance tout en limitant leur exposition aux énergies fossiles et aux chocs de prix. Dans ce cadre, le cas marocain attire l’attention parce qu’il montre qu’une stratégie de long terme peut produire des résultats tangibles, à condition d’articuler vision politique, financement, ingénierie et gouvernance.

Lire aussi : Le Maroc, futur exportateur d’énergies propres vers l’Europe

Une transition énergétique pensée comme levier de développement

Le soutien de la BAD au Maroc ne se limite d’ailleurs pas au seul secteur énergétique. L’institution multiplie les interventions dans des domaines jugés structurants, qu’il s’agisse de la formation, de l’emploi, de la résilience climatique ou du financement de la transition industrielle.

En mai 2026, elle a ainsi signé avec l’OCP Group une garantie partielle de crédit de 450 millions d’euros destinée à soutenir des financements verts liés à des projets de transformation industrielle. Elle a également approuvé, à la même période, un financement de 200 millions d’euros pour renforcer l’employabilité et développer les compétences d’avenir au Maroc.

L’énergie n’est donc qu’un volet d’un agenda plus large. Dans la logique de la BAD, la transition énergétique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une montée en gamme de l’économie, d’un meilleur accès aux services essentiels et d’une capacité accrue à absorber les mutations technologiques et climatiques. Le Maroc, de ce point de vue, apparaît comme un terrain d’application particulièrement avancé de cette approche intégrée.

La trajectoire marocaine offre un enseignement clair, selon la BAD, à savoir que la transition énergétique n’avance pas par ruptures spectaculaires, mais par accumulations successives. Elle repose sur des choix industriels de long terme, sur des infrastructures souvent invisibles et sur la capacité d’un pays à construire de la cohérence entre ses objectifs climatiques, ses besoins sociaux et ses priorités économiques.

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