Le marché boursier s’est-il démocratisé ?
Bourse (illustration) © DR
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Pendant des années, à la Bourse de Casablanca, l’on croisait surtout des banquiers en cravate et des gestionnaires de fonds institutionnels. Mais en 2025, tout a basculé. Un vent de panique… ou plutôt d’euphorie, a soufflé sur les carnets d’ordres. Les chiffres de l’AMMC (Autorité marocaine du marché des capitaux) sont tombés, le nombre de comptes-titres a bondi, passant de 230.604 à 401.169.
Bon, tentons de comprendre, pourquoi ce rush ? Est-ce que la Bourse est devenue le nouveau placement préféré des Marocains ? Sortons les calculettes et constatons que le petit porteur est revenu en force. Mais s’agit-il d’une réelle prise de pouvoir ou d’un simple effet de mode ?
La démocratisation spectaculaire de la Bourse de Casablanca
Regardez bien ce chiffre : 170.565. C’est le nombre net de nouveaux comptes ouverts en une seule année. Si vous pensiez que la Bourse n’intéressait qu’une élite, les données de l’AMMC prouvent le contraire.
Plus impressionnant encore, les citoyens marocains représentent désormais 91% de la clientèle active des sociétés de Bourse, contre 82% l’année précédente. En bref, le nombre de clients particuliers actifs a plus que doublé, passant de 11.931 à 32.002. C’est une véritable armée de nouveaux investisseurs qui a débarqué sur le marché central. Mais attention, être nombreux ne veut pas dire être les plus puissants.
L’appât du gain et l’effet « IPO »
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Monsieur Tout-le-monde à ouvrir un compte-titres ? La performance, la nouveauté et aussi un petit goût du risque. L’année 2025 a été marquée par une santé de fer du MASI (Moroccan all shares index), qui a franchi récemment la barre des 18.000 points. Le marché est « vert » et ça attire l’œil… dans le bon sens !
Ajoutez à cela le retour des introductions en Bourse (IPO). C’est l’aimant ultime. On vient pour la pépite du moment, et les investisseurs ne boudent plus les petites valeurs : l’indice MASI Mid and small cap, qui suit les PME, a récemment grimpé de 2,55% en une seule journée.
Particuliers VS institutionnels
C’est ici que ça devient intéressant. On nous dit que les particuliers sont partout. C’est vrai en nombre de comptes : ils concentrent 93% de l’augmentation nette des comptes-titres en 2025. Mais quel est leur poids réel dans la balance financière ?
Si l’on regarde les volumes de transactions sur le marché central, les particuliers marocains ne pèsent que 26%. Certes, c’est un point de plus que l’an dernier, mais c’est encore dérisoire face aux « gros poissons ». Les personnes morales marocaines et les OPCVM (organismes de placement collectif) contrôlent encore 64% des volumes.
En gros, les particuliers sont la masse, les fantassins du marché, mais les décisions et les flux financiers massifs restent solidement entre les mains des institutionnels.
Donc in fine, on investit ou on parie ? Le vrai risque, il est là. L’AMMC elle-même le souligne : il faut transformer cette « progression quantitative » en « présence durable ». Donc, est-ce que ces 170.000 nouveaux venus vont rester si le marché corrige ?
Le danger, c’est l’investissement « éphémère » lié uniquement aux introductions en Bourse ou aux phases de hausse. Pour que la démocratisation soit réelle, le marché a besoin d’investisseurs actifs, réguliers et surtout mieux informés. Sans éducation financière, ces nouveaux comptes pourraient n’être que des statistiques fragiles prêtes à s’évaporer à la première baisse du MASI.
L’attractivité au-delà des frontières Enfin, terminons sur un point surprenant. Ce ne sont pas seulement les résidents qui s’excitent sur la place casablancaise. Les personnes physiques non-résidentes (particuliers étrangers ou MRE) commencent aussi à mordre à l’hameçon. Leur nombre est passé de 14.947 à 22.843 comptes. Une hausse de plus de 50% qui montre que l’attractivité du marché marocain s’élargit, touchant désormais une base d’investisseurs plus diversifiée.
Interconnexions personnelles entre les banques, la grande industrie et les conseils de surveillance… Jusqu'où cela peut aller ?
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