Bon… et si c’était elle ? Fatima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain. Ca fait encore bizarre à écrire, pas parce qu’une femme ne pourrait pas le faire, mais parce qu’en 70 ans de Maroc indépendant, personne ne l’a encore fait.
Et maintenant que le PAM est arrivé en tête des législatives, la question est logique. D’ailleurs El Mansouri ne semble pas particulièrement traumatisée par l’idée. Elle assume son ambition, tout en rappelant, très logiquement, que c’est le Roi qui nomme le chef du gouvernement.
Ce qui, en langage politique, signifie à peu près : « Je ne vais pas demander le poste à la télévision, mais si je l’ai, je ne vais certainement pas dire non ». Et ça franchement, j’adore !
Il faut dire qu’on n’a pas vraiment l’habitude de voir une femme marocaine dire très tranquillement qu’elle aimerait bien diriger le gouvernement. D’habitude, on préfère les femmes ambitieuses mais modestes, compétentes mais discrètes, brillantes mais surtout pas trop conscientes de leur valeur. Bref, la femme parfaite, à condition qu’elle ne prenne pas trop de place. Et El Mansouri, elle, elle en prend de la place !
Mais avant de parler de politique contemporaine, il faudrait peut-être faire un petit détour par notre propre histoire… Histoire de calmer certains. Parce que les Marocaines n’ont pas attendu 2026 pour découvrir que le pouvoir pouvait aussi avoir un prénom féminin.
Au XVIe siècle, Sayyida Al Hurra, pour ne citer qu’elle, dirigeait Tétouan. Elle gouvernait, nouait des alliances et menait des opérations contre les puissances ibériques. Et non, son mariage avec le sultan wattasside Ahmed Al Wattassi ne l’a pas gentiment renvoyée à ses occupations domestiques. Elle est restée à Tétouan et a continué à exercer son pouvoir.
Comme quoi, nos ancêtres avaient parfois une conception assez rafraîchissante de l’émancipation.
Alors oui, El Mansouri serait la première femme à diriger le gouvernement marocain. Et ça, personne ne pourra lui enlever. Mais justement, c’est là que les choses deviennent intéressantes. Parce que personnellement, je refuse de lui faire le cadeau du traitement spécial sous prétexte qu’elle serait la première.
Je l’ai critiquée en tant que maire de Marrakech. Je l’ai critiquée en tant que ministre. Je continuerai à la critiquer si elle devient cheffe du gouvernement. Et je ne vois pas pourquoi cela devrait soudainement devenir problématique parce que c’est une femme.
Il y a eu son bilan à Marrakech, largement discuté et contesté par certains habitants et acteurs de la société civile. Il y a eu son passage au ministère de l’Habitat, avec des résultats revendiqués sur l’aide au logement mais aussi des non-résultats discutables, notamment sur l’habitat rural. Et puis il y a les dossiers fonciers autour de Tassoultante, avec les accusations visant son entourage familial, qu’elle conteste et qui ont donné lieu à des procédures judiciaires.
Tout cela devra être regardé sérieusement, pas parce qu’elle est une femme, mais justement parce qu’elle pourrait devenir cheffe du gouvernement. C’est toute la différence.
Je ne veux pas d’une « première femme » qu’on applaudirait à chaque apparition simplement parce qu’elle est une première femme. Je ne veux pas non plus d’une femme à qui l’on demanderait de prouver deux fois plus qu’un homme qu’elle mérite sa place. Non, elle l’a assez prouvé et elle la mérite tout autant qu’Akhannouch (je ne sais franchement pas s’il s’agit bien d’un compliment).
Je veux simplement qu’on la regarde comme on regarderait n’importe quel responsable politique qui arrive avec la possibilité de prendre les commandes du pays. Et là, Madame El Mansouri, je vous préviens : nous tous, journalistes et citoyens, allons regarder… à deux fois si nécessaire.
Mais il y a quand même quelque chose que je trouve difficile à ignorer dans cette histoire. Si demain une petite fille marocaine regarde les informations et voit une femme assise à la tête du gouvernement, elle ne verra pas uniquement Fatima Zahra El Mansouri… Elle verra une possibilité qu’elle n’avait jamais eue sous les yeux.
Elle pourra se dire que ce fauteuil n’était finalement pas réservé aux hommes. Et ça, même moi qui adore chercher la petite bête, je ne vais pas faire semblant que ça ne compte pas.
Alors oui, Madame El Mansouri, j’ai adoré vous critiquer en tant que maire, j’ai adoré vous critiquer en tant que ministre et je n’hésiterai absolument pas à le faire dans vos nouvelles fonctions si cela est nécessaire. Mais je respecte aussi l’ambition assumée de la Marocaine qui, peut-être demain, rappellera à nous toutes qu’on peut le faire.
Alors Madame la peut-être cheffe du gouvernement…
Je vais adorer vous détester.
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