Cover chronique HARMONIE
Anass Hajoui Publié le 01/10/26 à 10:47
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Meilleurs ennemis

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L’image a fait le tour. Lekjaa et Talbi Alami. Quelques semaines après une campagne marquée par les attaques, les accusations et des mots suffisamment durs pour donner l’impression que certaines fractures étaient devenues irréparables, les circonstances changent tout à coup. Les élections passent, les résultats tombent, les consultations commencent et ceux que tout semblait opposer se retrouvent dans la même pièce. Les sourires reviennent, les distances se réduisent et le dialogue redevient possible.

Il n’y a pourtant rien d’anormal à cela, la politique impose le compromis. Une démocratie dans laquelle les adversaires seraient incapables de se parler après une élection deviendrait rapidement ingouvernable. S’affronter sur des idées puis travailler ensemble lorsque les circonstances l’exigent peut même être une preuve de maturité. Mais certaines scènes interpellent malgré tout, surtout lorsque l’intensité du rapprochement contraste avec celle des affrontements qui l’ont précédé.

Le pouvoir a cette étrange capacité à raccourcir en quelques jours les distances que les mots avaient mis des mois à creuser.

Le pouvoir avant le projet

C’est peut-être parce que les intérêts possèdent une vertu que l’on sous-estime : ils rendent soudain possibles des rapprochements que les convictions semblaient interdire. L’adversaire d’hier devient un interlocuteur, puis éventuellement un partenaire. Les lignes rouges pâlissent, les mots prononcés quelques semaines auparavant paraissent appartenir à une autre époque et chacun découvre chez l’autre des qualités que la confrontation avait curieusement rendues invisibles.

La politique ne possède d’ailleurs aucun monopole sur ce phénomène. L’entreprise en offre quotidiennement des versions moins spectaculaires. Deux dirigeants peuvent s’opposer pendant des mois sur une réorganisation, une nomination ou le contrôle d’un périmètre, avant de découvrir une remarquable capacité à travailler ensemble lorsqu’un projet commun sert leurs intérêts respectifs. Deux concurrents peuvent se livrer une bataille commerciale féroce puis devenir partenaires lorsqu’une opportunité se présente. Même dans nos relations personnelles, certaines inimitiés que l’on croyait profondément ancrées résistent étonnamment mal à l’apparition d’un intérêt partagé.

L’argent et le pouvoir ne créent pas toujours les rapprochements. Ils les accélèrent parfois. Et surtout, ils permettent de mesurer la véritable profondeur de ce qui nous séparait.

Nous aimons croire que nos choix sont guidés par des principes immuables. La réalité est souvent moins confortable. Les circonstances comptent, les rapports de force évoluent et nos intérêts influencent parfois notre perception davantage que nous ne voulons l’admettre. Ce qui paraissait inacceptable lorsque nous n’avions rien à gagner devient négociable lorsqu’une porte s’ouvre. Celui dont nous dénoncions hier les méthodes devient fréquentable lorsque nos chemins ont soudain intérêt à se croiser.

C’est probablement pour cela que certaines images sont si intéressantes. Elles ne prouvent ni l’hypocrisie des uns ni la sincérité des autres. Elles nous rappellent simplement à quel point la frontière peut être fine entre adversité et partenariat lorsque les circonstances évoluent.

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