L’encre indélébile, mauve au début puis devenue marron quelques heures après le vote de mercredi, commence déjà à s’effacer des ongles des quelque six millions de Marocains (sur 15,8 millions d’inscrits) qui se sont déplacés aux urnes, avec une prédominance des électeurs du monde rural. Les votants ont sanctionné le RNI, propulsé le PAM en tête, et permis au PJD comme à l’Alliance de la gauche de quadrupler purement et simplement leur nombre de sièges. Le classement des partis selon les voix obtenues donne à réfléchir : 2.109.152 voix pour le PAM, 1.505.616 voix pour le PI, 1.426.346 voix pour le PJD et 1.359.098 voix pour le RNI. Le quotient électoral calculé sur la base des inscrits et non des votants a produit cette anomalie arithmétique. Le parti de la colombe, 4e en nombre de voix est classé 2e en nombre de sièges. Il a raflé 12 sièges de plus par rapport au parti de la lampe, 3e en nombre de voix.
Mais au-delà des scores, les législatives de 2026 ne se laissent pas résumer à un simple classement des partis. L’abstention, la défiance, la colère et le vote-sanction pèsent lourd dans le résultat. Le score du PAM ou celui du PJD ne signifient pas automatiquement une adhésion enthousiaste à leurs bilans ou à leurs programmes. A force de slogans, de com’ bien huilée et de réseaux sociaux, le débat de fond a parfois eu du mal à exister. L’Alliance de la gauche tout comme le PJD, ont pris position sur certains sujets, ce qui a séduit une partie de l’électorat. Et puis il y a les irrégularités ayant entaché le processus électoral dans deux bureaux de vote dans la circonscription de Tanger-Assilah. Une enquête est en cours pour déterminer si les irrégularités commises ont été de nature à altérer la sincérité du scrutin.
Tout le monde attend maintenant la nomination par le Roi du prochain chef de l’exécutif appartenant au PAM. Homme ou femme, cette personnalité va devoir tenir compte de plusieurs réalités pour bâtir sa coalition. D’abord, la majorité sortante a perdu 42 sièges. Ce n’est pas un détail. Les Marocains ont clairement demandé du changement. Ensuite, les tensions très visibles qui ont marqué la dernière année de la mandature précédente obligent à réfléchir à deux fois avant de reconstruire les alliances. Enfin, une opposition musclée se profile déjà : le PJD et l’Alliance de la gauche ont d’ores et déjà fermé la porte à toute participation au gouvernement. Ils n’ont clairement pas l’intention de faire de la figuration au sein de la nouvelle chambre.
Gouverner, c’est se rectifier. Une vieille pensée chinoise dont le ou la chef de gouvernement ferait bien de s’inspirer. Il faudra d’abord rééquilibrer le gouvernement en y intégrant des formations qui ont une vraie légitimité historique comme le PI. Il faudra aussi éviter les cafouillages de la précédente équipe, où trop de ministres manquaient clairement de savoir-faire. Un mélange de poids lourds politiques, de rajeunissement et de féminisation serait clairement un plus. Une architecture solide rassurerait beaucoup de monde.
Reconduire purement et simplement le même trio de la majorité sortante serait une erreur politique grave. Mathématiquement, c’est la solution la plus simple : 228 sièges, on gouverne tranquillement. Mais politiquement, ce serait dire aux électeurs que leur vote n’a servi à rien. On reprend les mêmes et on recommence, juste en redistribuant les postes. Le 23 septembre, le RNI a perdu un tiers de ses sièges. Logiquement, lui qui était aux commandes de la majorité sortante ne devrait pas faire partie du nouvel exécutif. Sinon, le camp des abstentionnistes risque de grossir encore, et la claque de l’abstention au prochain scrutin pourrait être encore plus sévère.
Une autre piste circule : un attelage plus large réunissant PAM, PI, MP, UC et MDS. Total : 216 élus. La marge est plus fine, mais l’ensemble tiendrait peut-être mieux sur le plan du positionnement (centre/droite). A suivre…
Dans les états-majors politiques, le réveil est un peu moins rude. Après des semaines de meetings, de déplacements, de poignées de mains et de nuits écourtées, le retour définitif à l’heure légale GMT tombe comme…
Juste une petite question, vous allez voter ou pas ? Franchement ne me répondez pas, ça ne me regarde pas et ne regarde personne. Ah ben si, vous, ça vous regarde. La politique, ce n’est…
À chaque discussion sur l’avenir des médias marocains revient la même question : comment construire des entreprises de presse solides dans un marché publicitaire qui reste limité ? La réponse passe souvent par les annonceurs.…
Lundi 14 septembre, la bourse de Séoul a abandonné 3,26%, Samsung Electronics 4,05%. La cause de cette secousse ne se trouve pourtant pas en Corée, mais à San Francisco. Deux jours plus tôt, Dario Amodei,…
7.288 candidatures déposées en vue du scrutin législatif du 23 septembre. Le chiffre donne d’abord le vertige. Puis, lorsqu’on regarde de plus près, il raconte une histoire beaucoup moins spectaculaire. 28 partis en lice et,…
Je dois vous avouer quelque chose, je ne sais pas exactement à quel moment cette campagne électorale a dérapé, mais je crois qu’on a tous raté un épisode. La définition d’une campagne électorale ne semble…
Casablanca retrouve à peine son rythme de rentrée que certains de ses grands axes retrouvent, eux, les travaux. Cette année, le boulevard Al Massira est notamment concerné par un chantier de la SRM Casablanca-Settat. Circulation…
Hier, l’OCDE a publié les plus mauvais résultats depuis la création de PISA. À partir d’échantillons représentatifs, l’enquête mesure la capacité des élèves scolarisés de 15 ans à appliquer leurs connaissances dans des situations concrètes,…
Des partis alignés par ordre alphabétique, sans aucun classement affiché. Celui qui n’a qu’un siège côtoie tranquillement celui qui en a 102. Une neutralité de pure forme, parce que le scrutin du 23 septembre, lui,…