Arnaud Blasquez Publié le 28/10/26 à 10:54
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2 revers, 1 prolongation…

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Cette nuit, les bureaux de vote ont fermé en Israël sur le premier scrutin national depuis le 7 octobre 2023. La participation atteint 77,7%, un niveau inédit depuis plus de vingt-cinq ans. Des milliers d’expatriés, privés de vote à distance, ont même pris l’avion pour glisser leur bulletin dans l’urne. Le pays voulait trancher. Il s’est réveillé sans vainqueur. Au dernier décompte partiel, avec deux tiers des bureaux dépouillés, le bloc Netanyahou est crédité de 54 sièges, celui de Gadi Eisenkot de 48 et les partis arabes de 18. Il en faut 61 pour gouverner. Le Likoud conserve sa place de premier parti, mais sa majorité sortante s’est évaporée. Les deux camps revendiquent la victoire, mais la mobilisation extraordinaire n’a toujours pas permis de les départager.

Mobilisation contre l’autoritarisme

La clé, c’est la mobilisation électorale. Celle-ci avait pourtant permis, deux jours plus tôt, de trancher ailleurs. Au Brésil, Lula a renversé Flávio Bolsonaro avec 51,79% des voix contre 48,21%, porté notamment par un recul de l’abstention de 21,08% à 19,22%. Pour la première fois depuis le retour des élections présidentielles au suffrage universel direct en 1989, le candidat arrivé deuxième au premier tour a remporté le second. En Serbie, le mouvement étudiant né de l’effondrement meurtrier de l’auvent de la gare de Novi Sad a mis fin dans les urnes à la domination du système Vučić, avec 52,71% des suffrages selon les résultats provisoires. Celui-ci a rapidement reconnu sa défaite, tout en accusant « l’État profond américain, celui qui est contre le président Trump ». De son côté, Flávio Bolsonaro a d’abord contesté le verdict avant que son propre parti reconnaisse la victoire de Lula. Désormais visé par plusieurs enquêtes, il aurait gagné les États-Unis malgré une interdiction de quitter le Brésil. En Israël, des proches de Netanyahou avaient également dénoncé, sans preuve et en prévention, une élection prétendument volée. Après la Hongrie au printemps, ces trois scrutins illustrent la capacité des électeurs à renverser des pouvoirs nationalistes autoritaires installés.

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Toutefois, Netanyahou résiste. Le Likoud recule à 28 sièges selon les sorties des urnes, contre 32 en 2022, mais reste le premier parti. Après les attaques du 7 octobre, la destruction de Gaza et ses plus de 75.000 morts recensés par le ministère de la Santé palestinien, les guerres régionales, le mandat d’arrêt de la CPI et son procès pour corruption, il conserve un électorat considérable. Son argument reste simple : face aux menaces extérieures, changer de chef mettrait Israël en danger. Ses électeurs voient en lui l’homme de la crise, ses adversaires l’un de ses responsables. Trois Israéliens sur quatre souhaitent une commission d’enquête indépendante sur le 7 octobre pendant qu’il s’y refuse. Et ses alliés d’extrême droite, Ben-Gvir et Smotrich, peuvent encore empêcher tout compromis qui menacerait leur influence.

Une opposition sans vision commune

Face à lui, Eisenkot semblait pourtant taillé pour lui disputer le terrain sécuritaire. Ancien chef d’état-major, fils d’immigrés marocains, il a perdu son fils Gal à Gaza en décembre 2023. Membre du cabinet de guerre, il l’a quitté huit mois plus tard, dénonçant l’absence de stratégie claire. C’est un homme de droite, partisan de la force, que Netanyahou présente pourtant comme un « gauchiste ». Son parti Yashar devient la principale force d’opposition. Mais fédérer des électeurs contre un premier ministre ne suffit pas à former un gouvernement. Eisenkot promet de restaurer la responsabilité politique, mais écarte toujours une coalition avec les partis arabes, comme Bennett et Lieberman, ses alliés potentiels. Or ce sont précisément leurs députés qui pourraient lui permettre de gouverner.

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C’est là que réside le véritable enjeu. Les électeurs arabes se sont fortement mobilisés et leurs partis pourraient décrocher un record de sièges. Désormais indispensables à l’alternance, ils restent pourtant infréquentables aux yeux de ceux qui la promettent. Dans la nuit, Netanyahou a même revendiqué « une majorité claire et décisive parmi le public sioniste », redessinant à sa convenance la majorité légitime et mettant de côté les citoyens arabes, comme s’ils ne comptaient pas. Reste à Eisenkot une porte étroite, un gouvernement minoritaire toléré par des députés arabes qui s’abstiendraient lors des motions de censure, comme sous Yitzhak Rabin après 1993. Une partie de ses électeurs y est favorable, mais ses alliés s’y opposent. Les ultra-orthodoxes, eux, conditionnent leurs 12 à 13 sièges à l’exemption militaire. Et cette commission d’enquête tant refusée pourrait dépendre des députés dont on refuse de reconnaître le poids politique.

Au Brésil, les électeurs ont fait barrage au retour de l’extrême droite. En Serbie, ils ont écarté le système Vučić. En Israël, ils ont sanctionné sans remplacer. Ces scrutins ne dessinent pas une vague idéologique uniforme, mais interrogent la capacité des démocraties à imposer des comptes à ceux qui gouvernent. Mardi 3 novembre, les élections de mi-mandat américaines ne pourront pas démettre Trump. Elles pourraient néanmoins limiter son pouvoir législatif et budgétaire, avec des conséquences sur les guerres, les alliances et le protectionnisme. Après deux revers et une impasse, les prochaines prolongations contre les dérives autoritaires se jouent à Washington.

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