Large polémique sur les libertés individuelles en 2019

Avatar de Nora Jaafar

Temps de lecture :

libertes_individuelles_en_2019_1

A
A
A
A
A

En 2019, les débats sur les libertés individuelles se sont multipliés. Avortement, rapports sexuels hors mariage et entre deux personnes du même sexe, manger pendant le ramadan…. sont tous des sujets qui ont été traités, qui ont entraîné des manifestations, mais aussi qui ont attiré l’attention des politiques et des organismes gouvernementaux.

L’année 2019 a connu plusieursdébats sur les libertés individuelles. Tout a commencé avec l’affaire Hajar Raissouni. Cette journaliste arabophone a été arrêtée en aout 2019 pour « débauche, rapports sexuels hors mariage et avortement ». Présumés impliqués dans cette affaire, son fiancé soudanais et l’équipe médicale, accusés d’avoir procédé à l’avortement, ont également été arrêtés. Après un mois et demi de détention, tous ces prévenus ont été graciés par le roi Mohammed VI. Cependant, cette affaire a, pour le moins qu’on puisse dire, provoqué un large tollé d’indignation et soulevé plusieurs préoccupations chez les activistes des droits de l’homme, de la communauté de la presse, des organisations internationales et de certaines associations marocaines. C’est ainsi, au milieu de cette colère générale, que la romancière Leïla Slimani (prix Goncourt 2016) et l’écrivaine et réalisatrice Sonia Terrab ont décidé de rédiger le manifeste des « Hors-la-loi ».

Le manifeste des « Hors-la-loi » et le « Collectif 490″

Au début, ce manifeste dénonçait des « lois liberticides » qui criminalisent les rapports sexuels hors mariage et l’avortement, conformément à l’article 490 du Code pénal marocain.Mais les co-rédactrices de cette missive ont très vite réalisé quedes changements législatifs plus profonds devaient d’abord être apportés à la loi du pays. Le manifeste, qui a collecté plus de 12 000 signataires,s’est transformé en un mouvement portant le nom de « Collectif 490». Ce collectif a pour principal objectif de recueillir les 25 000 signatures nécessaires pour déposer une motion auprès du gouvernement. Il exige en outre la suspension de l’application des lois en vigueur dans les affaires liéesaux relations sexuelles hors mariage et à l’avortement, ainsi que la suspension des poursuites actuelles en vertu de ceslégislations. Les revendications de ce nouveau mouvement, bien qu’elles aient été fortement rejetées par plusieurs acteurs politiques, ont été bien reçues par le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH).

Les recommandations progressistes du CNDH

Face au tollé suscité par l’affaire de Hajar Raissouni et aux ambitions du « Collectif 490», le CNDH a réagi. L’instance, présidée par Amina Bouayach, a préparé un mémorandum appelant à une réforme du Code pénal marocain. En mettant l’accent sur les libertés individuelles, le conseil a demandé la suppression ou l’abrogation de plusieurs articles de lois traitant notamment des relations sexuelles, du ramadan, de religions et des sévices corporels. Selon Bouayach, le changement de ses lois vise à mettre en place « un code pénal qui protège les libertés », conformément aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans ce sens, le mémorandum du CNDH aborde plusieurs chapitres pénaux, dont les articles 489, 490 et 493. Il recommande la nécessité de ne pas impliquer le Code pénal dans « les relations individuelles et intimes » entre adultes consentants, sauf dans des cas exceptionnels.Ilsuggère l’abrogation de l’article 222 qui sanctionne les Marocains musulmans pour la rupture du jeûne pendant le mois de Ramadan dans un lieu public. Le CNDH conseille également d’autoriser l’avortement en cas de menace pesant sur la santé physique, psychique ou sociale de la femme, et ce pour éradiquer la pratique clandestine de cette procédure. L’organisme a présenté en outre d’autres amendements au Code pénal, notamment la non-prescription des actes de torture, la répression des traitements cruels, inhumains et dégradants, la lutte contre les disparitions forcées et la criminalisation de l’incitation à la violence, la haine et la discrimination.

Le Niet du gouvernement

Le chef du gouvernement marocain, Saad Dine El Otmani, a pour sa part critiqué les organisations qui militent pour la dépénalisation de l’avortement et d’autres libertés individuelles que la loi islamique considère « haram » ou interdits.Il a déclaré que « la société marocaine traverse actuellement une phase difficile de transition entre tradition et modernité… Le problème, c’est que les valeurs traditionnelles s’effritent ». Pour lui, la solution aux questions de moralité et de criminalité consiste à renforcer « les valeurs nécessaires à une transition réussie vers la modernité dans le respect des traditions et cultures » marocaines. De plus, il affirme que son parti n’approuvera jamais l’autorisation de l’avortement. El Otmani précise que la position du PJD a toujours été claire là-dessus :« nous n’accepterons jamais d’aller à contre-courant des principes de base de l’Islam ».

Une conspiration occidentale contre les valeurs morales des musulmans

Adoptant la même position que legouvernement, l’association marocaine à but non lucratif « Mawadah », concernée par le développement social et familial, a publié une pétition en ligne pour dénoncer les « libertés pornographiques ». L’organisation a appelé sa pétition « Déclaration sur les revendications des libertés individuelles ».L’ONG exprime sa conviction que les libertés individuelles sont un droit de l’homme et qu’elle est très ouverte à participer à un débat avec toutes les personnes qui ont une opinion différente. Cependant, elle affirme que l’islam est au cœur de l’identité marocaine, et quetous les Marocains doivent s’y conformer. « Mawadah » assure que fonder le système juridique sur les lois islamiques est plus que suffisant pour garantir la justice et les droits des citoyens du royaume. L’association ajoute qu’il n’est pas nécessaire d’importer des « systèmes étrangers » et d’essayer de les appliquer au Maroc, car ces « systèmes importés servent des objectifs connus de tous », en l’occurrence « une conspiration occidentalecontre les valeurs morales des musulmans ». Les auteurs de la pétition expriment leur « condamnation absolue du sexe hors mariage, de l’adultère, de l’homosexualité et de l’avortement ». Ils soulignent que le Maroc est une référence pour l’Islam « modéré et ouvert » etréfutent toutes sortes d’extrémismes, tant « l’exagération et l’excès de religion, que l’extrémisme des libertés sexuelles et de l’immoralité ».Enfin, l’ONG réitère son rejet des manifestations appelant à la « liberté sexuelle ». Selon l’organisation, ces protestations « ne servent que les agendas sauvages de la mondialisation et de l’impérialisme qui ne respectent ni les religions ni les spécificités nationales et ethniques ».

Les libertés individuelles en 2020

Malgré le niet catégorique du chef de l’Exécutif, les activistes, les associations et les organisations des droits de l’homme poursuivent leur lutte pour la dépénalisation des libertés individuelles. Chakib Benmoussa, nommé par le souverain à la tête de la Commission Spéciale du nouveau Modèle de Développement, a également promis que sa « team » allait se pencher sur le sujet afin de proposer à la fois « des solutions efficaces, mais pratiques et pouvant être rapidement mises en place avec un esprit à la fois anticipatif et novateur ».

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Aïd al-Adha en France : le fêter entre deux agendas

Société - Chaque année, quand le croissant de lune annonce Aïd al-Adha, des milliers de familles installées en France vivent la fête en deux temps : celui du calendrier, et celui du souvenir.

Wissal Bendardka - 16 mai 2026
70 ans de la DGSN : nouvelles infrastructures sécuritaires à Tinghir et Casablanca

Société - La DGSN inaugure de nouvelles structures sécuritaires à Tinghir et Casablanca pour renforcer la proximité et la rapidité d’intervention policière.

Rédaction LeBrief - 16 mai 2026
Deux extrémistes liés à Daech arrêtés au Maroc

Société - Deux jeunes individus soupçonnés de liens avec une organisation terroriste ont été arrêtés lors d’une opération sécuritaire coordonnée. Ils projetaient des actions violentes visant des cibles sensibles et l’ordre public.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Aïd Al-Adha : à Casablanca, le mouton reste hors de portée pour de nombreuses familles

Société - Les prix des moutons de l’Aïd suscitent l’inquiétude des consommateurs, qui dénoncent des tarifs jugés excessifs.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
UM6SS : un congrès pour repenser les soins infirmiers en Afrique

Société - L’UM6SS organise à Casablanca, du 14 au 16 mai 2026, la 2e édition du CASIPS sur les pratiques avancées en sciences infirmières en Afrique.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Réfugiés et migrants : le HCR pointe les failles du système d’accompagnement au Maroc

Société - Un rapport du HCR souligne d’importantes inégalités d’accès aux aides pour les migrants.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire