Arnaud Blasquez Publié le 22/07/26 à 10:39
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Une histoire sans faim

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L’ONU vient de publier son rapport annuel sur la sécurité alimentaire. Pour la troisième année consécutive, la faim chronique recule. En 2025, elle touche 7,8% de l’humanité, soit 645 millions de personnes. 14 millions de moins en un an et 43 millions de moins qu’en 2022. Une bonne nouvelle. Elle prouve que la faim n’est pas une malédiction. Mais le même rapport chiffre déjà l’échec : entre 510 et 520 millions d’êtres humains souffriront encore de la faim en 2030, date à laquelle l’objectif « Faim zéro », inscrit en 2015 parmi les Objectifs de développement durable de l’ONU, devait être atteint.

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La nuance derrière les chiffres

Cette moyenne mondiale raconte une histoire incomplète. Après le pic de la Covid, le recul de la faim observé depuis 2022 est principalement tiré par l’Asie et l’Amérique latine. L’Afrique, elle, s’enfonce à contre-courant. Le continent compte désormais 309 millions de personnes sous-alimentées sur 1,6 milliard d’habitants, contre 292 millions en Asie pour une population de près de 4 milliards. Autrement dit, un Africain sur cinq souffre encore de la faim, là où l’Asie en compte proportionnellement bien moins. Une statistique globale peut donc s’améliorer pendant qu’un continent s’enfonce. Le progrès existe, mais il reste réservé à ceux qui disposent des politiques, des revenus et des infrastructures capables de le transformer en repas.

La faim chronique recule donc globalement, mais pendant ce temps, la faim aiguë s’installe dans les zones de crise. En 2025, 266 millions de personnes ont connu une insécurité alimentaire aiguë élevée. La proportion touchée a presque doublé depuis 2016. Gaza et certaines parties du Soudan ont connu simultanément des conditions de famine, une première dans l’histoire du rapport. Le conflit reste le premier moteur de cette faim aiguë. Ici, la nourriture est détruite, bloquée ou rendue inaccessible.

Et à l’autre extrémité du fléau, plus d’un milliard de personnes vivent avec une obésité. Le monde grossit et meurt de faim dans le même souffle. Le système alimentaire mondial ne distribue pas la nutrition. Il distribue ce que chacun peut payer. Les calories industrielles les moins chères remplissent l’estomac, puis abîment la santé. Sous-poids et surpoids sont deux résultats d’un même marché mal organisé.

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Le manque de priorité

Le SOFI 2026 en apporte l’illustration : 2,69 milliards de personnes, près d’un tiers de l’humanité, ne peuvent financer une alimentation saine. Surtout, 70 à 75% du prix payé par le consommateur se forme après la ferme, par la transformation, la logistique et le commerce qui peuvent représenter jusqu’à 40% du coût. Le problème n’est donc pas seulement dans les champs. Il se trouve dans les revenus, les routes, le stockage, la chaîne du froid, les marges et l’organisation des marchés. Dès 1981, Amartya Sen expliquait qu’une famine résultait souvent moins d’un manque global que de l’impossibilité d’obtenir la nourriture disponible

Les moyens existent. Une estimation FAO-FIDA-PAM de 2015, ancienne mais toujours la plus complète, évaluait à 267 milliards de dollars par an, soit 0,2% du PIB mondial, l’effort nécessaire pour éliminer durablement la faim. Au premier semestre 2026, les fusions-acquisitions ont mobilisé plus de 2.800 milliards de dollars. Quant aux dépenses militaires, elles ont atteint 2.887 milliards en 2025, onzième année de hausse d’affilée. Nourrir durablement le monde représenterait une fraction de ce qu’on trouve en un clin d’œil pour racheter des entreprises ou acheter des armes.

D’autant que l’inaction coûte cher. Selon la Banque mondiale, chaque dollar investi contre la sous-nutrition en rapporte 23, tandis que l’absence d’action pourrait coûter 41.000 milliards de dollars sur dix ans. Mais on préfère soigner le mal avéré, attendre la famine déclarée et les caméras, plutôt que prévenir. La faim n’est pas un problème de production. La Terre nourrit assez pour tous. C’est un problème de répartition et d’accès.

Qu’une guerre éclate, qu’une méga-fusion se profile, qu’une banque menace de tomber, et les milliards surgissent en quelques jours. Face à la faim, le monde redécouvre soudain la rareté. La baisse de 2025 montre que la fatalité n’existe pas. Ce qui se joue n’est pas une affaire de moyens, mais de rang moral. Depuis 2015, l’ONU promettait un monde sans faim. Pour l’instant, cela reste une histoire sans fin.

Dépendance forcée

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