Cover chronique METRONOME
Hafid El Jaï Publié le 14/09/26 à 10:58
Temps de lecture

Renouvellement Vs revenants

A A A A A

7.288 candidatures déposées en vue du scrutin législatif du 23 septembre. Le chiffre donne d’abord le vertige. Puis, lorsqu’on regarde de plus près, il raconte une histoire beaucoup moins spectaculaire. 28 partis en lice et, parmi les milliers de dossiers déposés, deux listes et cinq candidats seulement pour les non-affiliés. Cinq sur 7.288 candidatures.

Il y avait pourtant de quoi encourager les vocations. Des aides au dépôt, des mécanismes de remboursement des dépenses électorales pour les jeunes, des dispositifs destinés à réduire le coût d’entrée dans la compétition. L’objectif était aussi de faire émerger de nouveaux profils, notamment chez les moins de 35 ans et parmi ceux qui ne veulent pas passer par les structures partisanes.

Le raz-de-marée pronostiqué par bon nombre d’observateurs de la scène politique lors de la promulgation des lois électorales n’a pas eu lieu. Il serait tentant d’y voir l’échec des incitations financières. Les chiffres ne permettent pas d’aller aussi vite. Se présenter à une élection ne suppose pas seulement de pouvoir financer une campagne. Il faut un ancrage local, des réseaux, des relais, une certaine notoriété et, surtout, la capacité de transformer une ambition personnelle en candidature politiquement crédible.

C’est là que le chiffre des cinq indépendants devient intéressant. Il montre combien il reste difficile d’y entrer en dehors des structures qui en maîtrisent déjà les codes et les ressources. Il n’est certainement pas aisé de rassembler les signatures exigées pour les candidatures. Deux listes portées par un confrère journaliste d’Al Aoula et par un conseiller juridique et fiscal ont réussi ce pari. Le premier se présente avec deux autres colistiers dans la circonscription de Sidi Bernoussi à Casablanca et le second se présente avec un colistier dans la circonscription de Tinghir.

Voilà le premier paradoxe de cette élection : les partis peuvent être contestés, critiqués, accusés de ne plus suffisamment représenter la société et continuer, dans le même temps, à occuper une place centrale dans la sélection de ceux qui prétendent la représenter. C’est une distinction importante. La perte de confiance dans les partis ne signifie pas nécessairement la perte de leur utilité politique. Une organisation peut avoir moins d’adhérents, moins de crédit ou moins de capacité de mobilisation qu’autrefois et rester indispensable dès lors qu’elle dispose des réseaux, de l’implantation et des ressources nécessaires pour gagner une élection.

Les chiffres des candidatures racontent peut-être précisément cette histoire-là. Ils disent beaucoup de choses sur les conditions concrètes d’accès au jeu politique. Et ces conditions semblent encore largement passer par les appareils constitués. Le personnel politique fournit un autre indice, plus humain celui-là.

Quatre anciens secrétaires généraux de grands partis, réapparaissent à l’occasion de ces législatives. Le premier est l’ex-numéro 1 du MP et ancien président de la Région de Fès-Meknès. Il se présente au nom de son parti à Boulemane. Le second est l’ex-SG du PI et ancien maire de Fès. Il a rejoint également le MP en compagnie de sa fille. Si lui n’est pas candidat, sa fille, jeune députée nomade, se présente comme tête de liste à Fès-Nord. Le retour des deux vieilles figures politiques n’est pas une anomalie dans un système politique où les carrières peuvent connaître plusieurs vies. La politique marocaine possède cette particularité : une sortie du premier plan n’est pas toujours une sortie de la scène.

Dans ce contexte, une question se pose avec acuité : quelle place les nouveaux venus parviennent-ils réellement à prendre ? Combien atteignent les positions éligibles ? Combien sont élus ? Et surtout, combien parviennent ensuite à peser dans les décisions ? C’est là que les statistiques sur les candidatures devront être complétées par celles des résultats.

Deux autres ex-chefs de partis ont choisi une autre manière de rester dans le paysage. L’ex-SG de l’UC et ancien maire de Casablanca est également apparu sur le terrain, dans les rues de la métropole, dans une séquence électorale sans être lui-même candidat. Enfin l’ex-SG du PAM et ancien président de la Chambre des conseillers, lui, a choisi la tribune. Dans un texte publié la semaine dernière, l’ancien président de la Chambre haute s’inquiète de l’affaiblissement du politique et de la médiation partisane. Son raisonnement mérite qu’on s’y arrête parce qu’il dépasse la seule querelle entre formations politiques.

Son point de départ est la « nouvelle dynamique » de développement évoquée dans le discours du Trône. Autrement dit, le sujet ne serait plus seulement de savoir qui dirigera le prochain gouvernement, ni quels partis composeront sa majorité. La question est plus large : comment maintenir un lien politique suffisamment solide entre un Etat qui a considérablement renforcé ses capacités d’action et une société dont les attentes ont, elles aussi, changé ?

En 25 ans, le pays a changé d’échelle. Ports, automobile, aéronautique, chemins de fer, autoroutes, transition énergétique, déploiement en Afrique, protection sociale : les transformations sont visibles. Mais une politique publique réussie ne produit pas automatiquement de la confiance politique. C’est même l’un des paradoxes de la période. Plus l’État est capable de réaliser, plus le niveau d’exigence peut monter. Une route construite devient la norme. Un service public qui fonctionne crée l’attente d’un service meilleur. Une réforme sociale ne clôt pas la demande sociale ; elle peut en déplacer le centre de gravité.

Le citoyen ne demande donc plus seulement si l’Etat agit. Il regarde comment il agit, avec quelle efficacité, au bénéfice de qui et avec quelle équité. Et il cherche aussi à comprendre ce que cette transformation du pays change concrètement pour lui. C’est ici que le problème de la médiation politique réapparaît.

L’Etat peut décider et réaliser. Les partis sont censés donner une traduction politique aux attentes de la société, les agréger, les hiérarchiser, les confronter et, finalement, les transformer en choix collectifs. Lorsque cette fonction de médiation se fragilise, une difficulté apparaît : la performance de l’action publique et la perception qu’en a la société peuvent évoluer à des vitesses différentes.

C’est probablement le point le plus intéressant du raisonnement de l’ex-leader PAMiste. Non pas l’idée, difficile à mesurer directement, d’un affaiblissement général de la politique, mais la question de savoir si les instruments traditionnels de représentation sont encore adaptés à une société qui n’attend plus tout à fait la même chose de l’Etat.

Et les chiffres des candidatures ramènent précisément à cette interrogation. Sur 7.288 candidatures, 227 députés sortants figurent parmi les candidats. Ces chiffres, pris isolément, ne permettent pas de décréter que le système politique ne se renouvelle pas. Mais leur juxtaposition est difficile à ignorer. Elle dessine un paysage dans lequel la compétition est large, mais où les canaux d’accès à cette compétition restent relativement concentrés. Les candidats sont nombreux mais les voies d’entrée ne le sont peut-être pas autant. C’est une nuance essentielle.

Le problème du renouvellement politique ne se résume pas à compter les nouveaux candidats. Il faut regarder ce qui se passe après. Qui obtient une place éligible ? Qui transforme sa candidature en mandat ? Qui entre réellement dans les lieux de décision ? Et, parmi ceux qui y entrent, combien parviennent à modifier les équilibres plutôt qu’à simplement rejoindre ceux qui existent déjà ? C’est seulement à ce moment-là que les 7.288 candidatures prendront leur véritable signification.

Pour l’instant, elles disent surtout ceci : la compétition électorale est loin d’être fermée, mais son ouverture ne signifie pas nécessairement une rupture avec les mécanismes traditionnels de sélection politique.

pub

Un commentaire

  1. Énième épisode d’une série turque ou égyptienne passées sur la chaîne 2M
    Même scénario mêmes acteurs mêmes décors et des spectateurs qui passent leur temps devant leurs petits écrans oubliant leurs misères leur faim et leurs maladies.
    Et comme d’habitude lors de la campagne les insultes les menaces les reproches pleuvent.
    Et demain rebelote on redevient amis, frères comme si de rien n’était.
    Et le peuple continuera de payer de pleurer ses malheurs et… d’attendre la fin de la série à la télé

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire