Depuis le blocage du détroit d’Ormuz, le baril de Brent s’est installé confortablement au-dessus des 100 dollars, une première depuis août 2022. Malgré les tentatives de Donald Trump pour faire baisser les prix, le marché reste sous tension. Les effets sont immédiats sur l’économie. Un pétrole à 100 dollars, c’est une inflation qui remonte et une croissance qui ralentit. Selon le FMI, chaque hausse de 10% du brut ajoute jusqu’à 0,4 point d’inflation. Le choc pétrolier se propage en cascade à l’ensemble des entreprises avant d’atteindre les consommateurs, via les coûts du transport, des matières premières, des emballages et des engrais. En quelques mois, toute l’économie est contaminée.
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La décarbonation à la peine
Ce choc révèle une réalité que l’on préfère ignorer. Malgré trente ans de discours sur la transition énergétique, le monde reste massivement dépendant des hydrocarbures. En 2024, 86% du mix énergétique mondial repose encore sur les énergies fossiles, contre 81% en 1990. Les renouvelables progressent rapidement, mais partent de trop loin. Le pétrole, à lui seul, représente encore plus d’un tiers de l’énergie mondiale et près de 40% de la consommation finale. Les transports, responsables de 56% de la consommation mondiale de pétrole, n’ont aucune alternative sérieuse à court terme. Le pétrole alimente aussi la pétrochimie avec les plastiques, les engrais azotés (un tiers transite par Ormuz, aussi stratégiques que les phosphates marocains), les textiles. Même les économies dites « décarbonées » en restent dépendantes par une composante structurelle difficilement substituable.
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Le paradoxe est là. Le monde consomme moins de pétrole par unité de richesse produite, mais en consomme toujours plus en volume. La transition existe, mais elle n’a pas encore remplacé le système. À chaque crise, Ukraine hier, Iran aujourd’hui, cette dépendance réapparaît brutalement. Parce que le pétrole n’est pas seulement une énergie, c’est un levier de puissance. Celui qui contrôle les flux contrôle tout bonnement l’économie !
Le pétrole comme arme économique
Dans les années 70, après l’échec du système de Bretton Woods (1944-1971) résultant de l’inconvertibilité du dollar en or, Richard Nixon, Henry Kissinger et le prince Fahd d’Arabie saoudite scellent un pacte pour que le pétrole soit vendu en dollars. Tous les pays doivent donc en détenir pour s’approvisionner en or noir. Ce mécanisme alimente la demande mondiale de dollars et permet aux États-Unis de financer leurs déficits à moindre coût. Les excédents sont recyclés dans l’économie américaine, soutenant leurs marchés et leur puissance financière et militaire. Dans ce contexte, contester ce système revient à s’attaquer à un pilier stratégique des États-Unis. L’Irak avait annoncé en 2000 qu’il vendrait son pétrole en euros. La Libye avait proposé en 2009 un dinar-or panafricain. En 2017, le Venezuela, sous sanction, a annoncé se libérer de la dépendance au dollar américain. L’Iran a commencé à chercher à réduire sa dépendance au dollar américain dès 2007, en demandant le paiement de son pétrole dans d’autres devises. À chaque fois, la question énergétique s’est mêlée à la question monétaire.
De son côté, la Chine avance ses pions. Elle multiplie les échanges en yuan, développe des alternatives aux circuits dominés par le dollar et accumule massivement de l’or pour sécuriser ses réserves. Début 2026, ses stocks dépassent 2 300 tonnes, afin de réduire sa dépendance au dollar et crédibiliser une alternative à la devise américaine. Face à cela, Washington n’a pas d’autre choix que de défendre son statut de monnaie de référence pour préserver son économie. Ce n’est pas pour rien que l’administration Trump pousse pour faire des États-Unis « la capitale mondiale de la crypto ».
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La guerre au Moyen-Orient ne se limite pas à un changement de régime en Iran. Au fond, la question dépasse le pétrole. Elle touche à la structure même du système. Dans ce contexte, les crises se répètent, mais la dépendance demeure, mais c’est toujours le consommateur qui trinque. Pas les pétrolières, qui engrangent des profits records. Pas les États-Unis, qui maintiennent leur pétrodollar. Pas les producteurs, qui touchent leur rente. Les pays riches, eux, absorbent le choc. Les pays pauvres, importateurs et endettés en dollars, subissent une double peine. Parce que ce système est conçu ainsi, les pertes sont partagées, les gains concentrés. Dès lors, pourquoi Trump s’en priverait-il ? Et si le vrai problème n’était pas le pétrole… mais notre incapacité (ou refus) à en sortir ?
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