Arnaud Blasquez Publié le 04/11/26 à 11:23
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Carton bleu

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Cette nuit, les électeurs américains ont sorti le carton bleu, synonyme d’exclusion temporaire, que Gianni Infantino, grand ami de Donald Trump, refusait d’introduire lors de cette belle Coupe du monde. Les démocrates ont infligé une sévère défaite au président américain en lui ravissant les deux chambres du Congrès. Les résultats encore partiels font état de sept sièges sénatoriaux arrachés aux républicains, du Maine à la Caroline du Sud. Au Texas, bastion républicain depuis plus de trente ans et terre d’élection du mouvement MAGA, les démocrates remportent même le siège de sénateur et le poste de gouverneur. Trump, qui avait demandé aux électeurs de voter comme si son nom figurait sur le bulletin, explique maintenant que c’est précisément son absence qui a coûté la victoire.

Un bilan maquillé, une sanction réelle

Les Américains ont surtout sanctionné un pouvoir qui promettait de réduire leurs factures et n’a fait que les alourdir. Au troisième trimestre, le PIB progressait bien de 3,4% en rythme annualisé, mais le revenu disponible réel reculait de 0,3%. L’inflation atteignait 3,7% et la confiance des ménages tombait à 48, un niveau historiquement bas. La guerre contre l’Iran, lancée par celui qui promettait de ne plus engager de guerres, a fait bondir le gallon d’essence de plus de 40%. Les droits de douane, invalidés par la Cour suprême puis rétablis sur une autre base juridique, ont encore renchéri le coût de la vie. Avec la suppression des aides renforcées de l’Obamacare, les cotisations mensuelles d’assurance santé ont augmenté de 58% en moyenne en 2026, pour des couvertures souvent moins protectrices, avec des franchises en hausse de 37%. À cette colère sociale s’ajoute celle contre la corruption : 76% des Américains estiment que leurs élus privilégient leur enrichissement personnel. Une accusation embarrassante pour Trump, qui promettait de nettoyer Washington, alors que sa fortune personnelle a presque triplé depuis sa réélection et que sa famille aurait tiré 4 milliards de dollars de l’exploitation commerciale de sa présidence, selon The New Yorker.

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Trois victoires peuvent illustrer ce virage. Au Texas, James Talarico, 37 ans, ancien enseignant et séminariste, bat Ken Paxton, champion MAGA destitué puis acquitté, et devient le premier sénateur démocrate de l’État depuis 1988. Dans le Michigan, le médecin progressiste Abdul El-Sayed devient le premier sénateur musulman, malgré les attaques islamophobes et le soutien de son ancienne rivale démocrate Haley Stevens à son adversaire républicain. Sa volonté de conditionner l’aide militaire à Israël marque aussi une rupture avec le soutien longtemps quasi inconditionnel de Washington à son allié, y compris sous les administrations démocrates. En Caroline du Nord, le centriste Roy Cooper défait Michael Whatley, choisi par Trump, mais délaissé par ses financeurs. Un séminariste, un progressiste, un centriste et une même démonstration : la fidélité au président ne suffit plus à gagner.

L’argent non plus. Les midterms les plus chères de l’histoire devraient coûter 12 milliards de dollars, soit 127 fois les dépenses de la présidentielle française de 2022, ou 6% du PIB annuel marocain. Elon Musk a engagé à lui seul 474 millions de dollars, dont deux chèques de 75 et 83 millions pour soutenir Paxton. Sans succès. Dans le Michigan, les 30 millions investis par l’AIPAC pour écarter El-Sayed dès la primaire n’ont pas davantage suffi. En Californie, en revanche, 316 millions de dollars ont été mobilisés contre la Prop 40, une taxe exceptionnelle de 5% sur la fortune des milliardaires. Encore majoritairement favorable six mois plus tôt, l’opinion s’est retournée au fil d’une campagne massivement financée par les grandes fortunes. L’argent n’achète pas toujours les élections, mais il a très bien réussi à défendre ses propres intérêts.

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Et maintenant ?

Que va changer ce carton ? La Chambre des représentants tiendra les cordons de la bourse et pourra ouvrir des enquêtes, tandis que le Sénat pourra bloquer les nominations. Trump a prévenu : « Je mets mon veto à tout. Ensuite, les démocrates viendront négocier ». Pour passer outre, il faudra réunir les deux tiers des voix dans chaque chambre et une procédure de destitution demande les deux tiers du Sénat. Les démocrates pourront donc entraver Trump, sans pour autant gouverner à sa place. Surtout, le carton bleu ne vaut que pour le jeu législatif. Le président conserve le commandement des armées et la conduite de la diplomatie, notamment face à l’Iran. En 2006, George W. Bush avait perdu le Congrès sur fond de guerre en Irak. Deux mois plus tard, il annonçait l’envoi de plus de 20.000 soldats supplémentaires.

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Le cycle populiste ouvert en 2016 par le Brexit et Trump encaisse un nouveau revers, après le Brésil, la Serbie et la prolongation israélienne. Il n’est pas clos malgré tout. Le 29 novembre, l’Espagne pourrait prendre le chemin inverse. La droite traditionnelle pactise déjà avec Vox, parti nationaliste d’extrême droite opposé à l’immigration, dont le président Santiago Abascal prévient que les élections « ne seront pas propres ». Contester le verdict avant même le vote : la méthode traverse l’Atlantique sans difficulté. Le carton bleu écarte temporairement le chef de file du populisme américain du jeu législatif. Il ne retire pas pour autant ses idées du terrain.

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