Législatives 2026 : santé, les réponses des partis face aux défis de l’accès aux soins
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Généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), pénurie de professionnels, répartition inégale des médecins, capacité hospitalière, coût des soins, médicaments, urgences et développement de la médecine de proximité… La santé s’impose comme l’un des principaux terrains de confrontation entre les formations politiques à l’approche des législatives 2026. Si les programmes mettent l’accent sur des priorités différentes, un seul constat revient avec insistance, celui d’un écart persistant entre l’élargissement de la couverture et l’accès effectif à des soins de qualité.
Les propositions les plus détaillées font apparaître plusieurs approches. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) défend la poursuite de la réforme structurelle engagée depuis 2021, avec la généralisation des Groupements sanitaires territoriaux. Le Parti authenticité et modernité (PAM) avance une série d’objectifs chiffrés pour renforcer l’hôpital public et l’offre de proximité.
À gauche, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) propose un effort massif de recrutement et d’investissement, tandis que l’Union socialiste des forces populaires (USFP) met l’accent sur le caractère public du système et la réduction du coût supporté par les familles. Le Parti de la justice et du développement (PJD) privilégie notamment la protection des ménages contre les dépenses médicales et la réforme de l’accès aux médicaments. Le Mouvement populaire, l’Istiqlal et l’Union constitutionnelle insistent, chacun à leur manière, sur la proximité, la justice territoriale et la réorganisation du parcours de soins.
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RNI : prolonger la réforme et généraliser les Groupements sanitaires territoriaux
Pour le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirige le gouvernement sortant, l’enjeu est avant tout de poursuivre et d’approfondir la transformation institutionnelle du système de santé. Le programme des Indépendants prévoit la généralisation des Groupements sanitaires territoriaux (GST) d’ici 2027, avec un groupement par région. L’objectif affiché est de construire un parcours de soins intégré allant du centre de santé de proximité jusqu’au centre hospitalier universitaire, dans une organisation territoriale unifiée.
Le parti place également le médecin de famille au cœur de ce parcours. Il prévoit la généralisation d’environ 5.000 assistants de santé dans le monde rural, ainsi que le recours à la télémédecine afin de rapprocher l’offre sanitaire des populations éloignées. Le programme prévoit en parallèle la réhabilitation de 1.600 établissements de soins primaires, la création de 200 structures supplémentaires dans les zones confrontées à un déficit médical et le déploiement de 100 unités médicales mobiles.
Concernant les ressources humaines, le RNI fixe un objectif de passage de 30 à 45 professionnels de santé pour 10.000 habitants à l’horizon 2030. Le parti annonce également l’achèvement des CHU en cours en 2029 et le développement du dispositif d’aide médicale urgente autour du numéro 141 et de services régionaux. Il prévoit enfin une mise en œuvre progressive du tiers payant dans le secteur public, accompagnée d’une révision des prix des médicaments et des mécanismes de remboursement, afin de réduire les dépenses directement supportées par les patients.
PAM : remettre l’hôpital public au centre et fixer des objectifs chiffrés
Le Parti authenticité et modernité (PAM) veut, pour sa part, renforcer nettement le service public hospitalier. Son programme électoral 2026 place la santé dans le « Pacte de la citoyenneté » et part du constat que l’extension de la couverture sanitaire n’aurait pas été accompagnée, à un niveau suffisant, par la mise à niveau de l’offre publique.
La formation propose ainsi d’activer pleinement le nouveau statut des professionnels de santé, notamment en matière de rémunération, tout en encadrant l’exercice concomitant de médecins employés à temps plein dans le public dans des structures privées. Elle annonce la construction de quatre nouveaux hôpitaux universitaires régionaux à Béni Mellal, Guelmim, Errachidia et Casablanca avant la fin de 2028, ainsi que la mise à niveau de 1.600 centres de santé de premier niveau et de 90 hôpitaux régionaux et provinciaux.
Le PAM avance également un engagement particulièrement précis concernant les maternités : assurer une présence médicale spécialisée 24 heures sur 24 au niveau national. Le parti entend parallèlement agir sur la soutenabilité financière de l’AMO à partir de la loi de finances 2027 à travers la maîtrise des dépenses médicales, la généralisation de protocoles thérapeutiques, le dossier médical partagé et un encadrement du recours aux césariennes. Il fixe sur ce dernier point un objectif particulièrement ambitieux, faisant passer leur taux de 68% à 25%.
Istiqlal : renforcer l’hôpital public et coordonner le parcours de soins
Le Parti de l’Istiqlal place la santé dans son quatrième grand engagement, consacré au renforcement du service public dans le cadre de l’État social. Son programme 2026-2031 privilégie notamment l’hôpital public, la qualité de la prise en charge et une meilleure organisation institutionnelle.
La formation propose d’abord la création d’une agence nationale des urgences régie par une loi spécifique. Elle veut également réformer la gouvernance des hôpitaux publics et renforcer leur autonomie de gestion. Le parti entend, parallèlement, structurer un parcours de soins coordonné et gradué autour d’un médecin référent.
À cela s’ajoutent une restructuration de l’offre de soins territoriale et un renforcement des soins de santé primaires. L’Istiqlal prévoit également un nouveau modèle de partenariat avec le secteur privé, sans en faire le centre de gravité du système.
USFP : « la santé est un droit, pas une chance »
L’Union socialiste des forces populaires (USFP) adopte une orientation plus nettement centrée sur le renforcement du secteur public. Dans son programme 2026, la formation socialiste consacre un engagement spécifique à la santé sous le titre : « La santé est un droit, pas une chance ».
Le parti veut mettre à niveau les hôpitaux et accroître les effectifs médicaux. Il fixe comme objectif une densité de 4,5 prestataires de soins pour 1.000 habitants. Il vise aussi une réduction de moitié du temps d’attente et une diminution de 20% du coût des soins pour les familles.
La formation prévoit en outre un contrôle plus strict des cliniques privées et entend limiter le recours au secteur privé. Elle appelle à achever les CHU en construction et à étendre l’offre publique de santé à l’ensemble des régions. Sur la formation, son programme prévoit de doubler le nombre de diplômés des instituts formant aux métiers de la santé, qu’ils soient publics ou privés.
PPS : 47 milliards de dirhams et un vaste plan de recrutements
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) figure parmi les formations qui affichent les objectifs sanitaires les plus détaillés et les plus chiffrés. Dans son programme gouvernemental 2027-2031, le parti prévoit de consacrer 47 milliards de dirhams sur cinq ans au secteur de la santé.
La proposition la plus spectaculaire concerne les ressources humaines. Le PPS veut recruter 15.000 médecins supplémentaires et 33.500 infirmiers, en combinant l’augmentation des capacités de formation avec des primes destinées à encourager l’installation des professionnels dans les territoires déficitaires. Le parti veut ainsi répondre simultanément au manque global de personnel et à sa concentration géographique.
Sur l’hôpital, la formation fixe l’objectif d’atteindre une capacité de 10 lits pour 10.000 habitants, ce qui représenterait 9.000 lits supplémentaires. Parmi ceux-ci, 7.000 seraient créés dans de nouveaux hôpitaux de proximité et 2.000 obtenus par la réhabilitation de structures existantes.
Le PPS veut aussi réduire de moitié les délais d’attente, de prise en charge et de remboursement. Il mise pour cela sur la généralisation du dossier patient numérique et la création d’une plateforme nationale de rendez-vous.
Le programme prévoit par ailleurs de revoir les stratégies nationales de santé à travers des assises nationales réunissant les professionnels du secteur. Le parti veut renforcer la prise en charge des maladies chroniques et interdire la consommation de tabac et de cigarettes électroniques dans les lieux publics.
La santé mentale constitue également un volet distinct. Le PPS propose la création d’unités consacrées à la santé mentale des jeunes dans au moins un tiers des centres de santé de proximité, avec des consultations gratuites pour les 15-25 ans.
PJD : agir sur le coût des soins et sécuriser les médicaments
Le Parti de la justice et du développement (PJD) aborde la santé sous l’angle de l’accès effectif à la couverture et de la protection du citoyen contre les dépenses médicales. Dans son programme pour les législatives 2026, la formation affirme vouloir traiter la situation de plus de huit millions de personnes qu’elle considère comme exclues de l’AMO.
Le parti propose notamment de rétablir une couverture sanitaire spécifique pour les étudiants, indépendamment de la situation d’affiliation de leurs parents, et de revoir les taux de remboursement des maladies graves et chroniques. Il souhaite également interdire les chèques de garantie demandés par certaines cliniques avant la prise en charge des patients.
La politique du médicament constitue un autre axe. Le PJD réclame une révision globale du système de fixation des prix et propose la mise en place d’un dispositif destiné à sécuriser l’approvisionnement. Le parti veut également lutter contre la fuite des compétences médicales.
Sur le terrain numérique, il prévoit la généralisation du dossier médical électronique ainsi que la numérisation des rendez-vous et des prescriptions.
Mouvement populaire : rapprocher les soins des zones rurales et numériser le parcours
Le Mouvement populaire fait de la réduction des fractures territoriales l’un des principaux axes de son « Pacte Haraki ». La formation veut particulièrement agir dans les zones rurales, montagneuses et enclavées, où l’accès aux médecins et aux structures spécialisées reste plus difficile.
Le parti propose d’abord la création d’un dossier médical unifié attribué dès la naissance et destiné à accompagner le citoyen tout au long de sa vie. L’objectif est de centraliser l’historique médical, les vaccinations et les traitements afin de faciliter le partage des informations entre les différents niveaux de prise en charge.
Cette mesure serait complétée par une plateforme nationale des rendez-vous et des services de santé, destinée à réduire les délais d’attente et à simplifier l’accès aux soins. Le MP envisage par ailleurs de permettre au secteur public de recruter des médecins et des compétences étrangères dans des conditions définies par la réglementation, afin de répondre aux déficits en ressources humaines.
Le volet territorial est particulièrement marqué. Le parti propose des pôles ruraux intégrés associant les principaux services publics, notamment un centre de santé, une maternité et une ambulance médicalisée. L’objectif est d’éviter que les habitants des zones rurales aient à parcourir de longues distances pour accéder à des prestations élémentaires.
Le MP défend également une évolution du système d’assurance santé et une plus grande diversification des acteurs dans sa gestion.
Union constitutionnelle : médecin de famille, prévention et souveraineté pharmaceutique
L’Union constitutionnelle présente l’une des plateformes les plus détaillées sur la réorganisation globale du système sanitaire. Son programme 2026 repose d’abord sur la garantie d’un accès effectif à la couverture sanitaire obligatoire et sur la réduction des dépenses directes supportées par les patients, notamment pour les maladies chroniques et coûteuses.
La formation prévoit une hausse progressive du budget de la santé à l’horizon 2031 et l’adoption d’une programmation financière pluriannuelle. Les ressources supplémentaires devraient être orientées vers les ressources humaines, les soins primaires, la prévention, les infrastructures et les équipements.
Sur le personnel, l’UC propose un plan national de recrutement basé sur les besoins définis par une carte sanitaire nationale et régionale. Elle veut aussi améliorer les conditions de travail et lutter contre la fuite des compétences, notamment en élaborant une politique nationale permettant de mieux valoriser l’expérience des professionnels marocains établis à l’étranger.
Comme d’autres formations, l’UC fait du médecin de famille le point d’entrée du système de soins. Elle prévoit un parcours thérapeutique clairement organisé et un système national unifié de prise de rendez-vous.
La prévention occupe aussi une place importante : dépistage précoce des cancers et maladies chroniques, santé maternelle et infantile, santé scolaire, santé mentale et développement des unités médicales mobiles sont au programme.
Par ailleurs, l’UC associe la réforme sanitaire à la souveraineté pharmaceutique. Elle propose un stock stratégique national de médicaments et de produits médicaux essentiels, le soutien à l’industrie pharmaceutique et aux dispositifs médicaux nationaux ainsi que la promotion des médicaments génériques. Elle prévoit également un dossier médical électronique unifié et l’utilisation encadrée de l’intelligence artificielle dans le diagnostic et la gestion des ressources.
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Des convergences, mais des modèles différents
Malgré leurs différences idéologiques et programmatiques, les formations convergent sur plusieurs diagnostics. La première priorité est la question des ressources humaines. RNI, PAM, USFP, PPS, MP et UC proposent tous, sous des formes différentes, d’augmenter les effectifs, de mieux les répartir ou de rendre les carrières médicales plus attractives.
La deuxième convergence concerne la territorialisation. Le médecin de famille apparaît dans les programmes du RNI et de l’UC, tandis que le PAM, le PPS, le MP, l’USFP et l’Istiqlal mettent tous l’accent sur le développement des structures de proximité et la réduction des écarts entre régions.
La troisième est la numérisation. Dossier médical électronique, plateformes de rendez-vous et circulation des informations médicales figurent dans plusieurs programmes, avec l’ambition commune de réduire les files d’attente, d’améliorer la coordination des soins et de rationaliser les dépenses.
Mais les différences sont également nettes. Le RNI mise sur la continuité de la réforme institutionnelle et la généralisation des GST. Le PAM veut investir fortement dans l’hôpital public et fixe des objectifs précis en matière d’infrastructures. L’USFP et le PPS défendent une conception plus fortement centrée sur le service public, avec des recrutements massifs et une réduction du recours au secteur privé.
Le PJD privilégie la protection du patient contre le coût de la maladie et les dysfonctionnements de l’accès à la couverture. L’Istiqlal se concentre sur la gouvernance hospitalière et la coordination du parcours. Le MP met l’accent sur les territoires isolés, tandis que l’UC propose une refonte très large allant de la prévention à la souveraineté pharmaceutique.
Les partis sont désormais confrontés à une problématique plus concrète : comment transformer la couverture en accès réel à des soins disponibles, abordables et de qualité, partout sur le territoire ? Sur cette question, les réponses divergent fortement en matière de financement, de gouvernance, de rôle du secteur privé et de priorité accordée à l’hôpital ou aux soins primaires.
À l’approche des législatives 2026, la comparaison entre ces programmes ne se joue donc pas seulement sur le nombre de médecins, de lits ou d’hôpitaux promis. Elle porte également sur la capacité des futures politiques publiques à résoudre simultanément trois problèmes : le déficit de ressources humaines, la concentration de l’offre médicale et le poids financier des soins pour les ménages.
Ce sont ces trois contraintes qui détermineront, au-delà des annonces électorales, la portée réelle de la prochaine étape de la réforme du système de santé marocain.
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