Maroc : nomadisme politique, quand les convictions changent de parti plus vite que les électeurs

À l’approche des élections de 2026, une question mérite d’être posée sans détour : que signifie encore l’appartenance à un parti politique lorsque certains responsables peuvent passer d’une formation à une autre au rythme des échéances électorales ?

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Tribune

Marouane Bichichi

Analyste politique

Temps de lecture : Publié le 10/09/2026 à 12:40
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Le changement de parti n’est évidemment pas un délit, pas plus qu’un changement d’opinion. En démocratie, personne ne devrait être prisonnier d’une étiquette politique. Un élu peut évoluer, revoir ses positions et choisir une nouvelle famille politique.

Mais il existe une différence entre changer de conviction et changer d’étiquette. Et c’est précisément dans cet espace que s’installe le malaise.

Quand l’étiquette prend le dessus sur le projet

Un parti politique est censé être davantage qu’un logo, une investiture ou une machine à gagner des sièges. Il devrait porter une histoire, une vision, des valeurs et une certaine conception de l’avenir du pays.

Lorsque les passages d’une formation à une autre se multiplient sans explication idéologique convaincante, le citoyen peut légitimement se demander ce qui distingue encore les partis entre eux. Hier sous une couleur, demain sous une autre, parfois sans véritable rupture politique annoncée : le parcours peut alors donner l’impression que l’étiquette devient une variable électorale.

Et lorsque l’appartenance politique devient interchangeable, c’est le parti lui-même qui perd de sa valeur. Le problème dépasse donc la trajectoire d’un individu. Il touche à la crédibilité du système partisan. L’élu peut changer de parti. Le citoyen, beaucoup moins.

Il y a dans ce phénomène un contraste que l’on oublie souvent. L’élu peut changer de formation. L’électeur, lui, reste dans le même quartier, la même commune, le même territoire. Il continue de vivre les mêmes difficultés, d’attendre les mêmes réponses et de voter sur la base de promesses auxquelles il demande simplement d’être fidèle.

Lorsqu’il voit un responsable passer d’un parti à un autre sans explication politique suffisamment claire, il peut avoir le sentiment que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. C’est là que le nomadisme politique devient plus qu’une question de carrière. Il devient une question de confiance.

Le problème ne vient pas uniquement des élus

Pour autant, il serait trop facile de faire du nomadisme politique une affaire de personnes. Les partis portent eux aussi une part de responsabilité.

Lorsque les structures militantes s’affaiblissent, que les débats internes deviennent secondaires et que l’investiture d’un candidat capable de gagner prend le dessus sur la construction d’un parcours politique, le parti finit par privilégier le rendement électoral à la fidélité au projet.

À l’approche de 2026, cette logique risque naturellement de s’intensifier. Les formations politiques chercheront les candidats les plus susceptibles de mobiliser des voix. C’est compréhensible. Mais à force de recruter des personnalités plutôt que de construire des militants, elles prennent le risque de devenir des plateformes électorales plus que des organisations politiques.

Or, une démocratie solide ne se construit pas uniquement avec des candidats capables de gagner une élection. Elle se construit aussi avec des responsables capables d’expliquer pourquoi ils défendent telle vision plutôt qu’une autre.

La vraie question : que défendez-vous ?

Il ne s’agit donc pas d’interdire les changements de parti. Ce serait contraire à l’esprit même du pluralisme politique. Il s’agit plutôt d’exiger davantage de cohérence et de transparence.

Un responsable politique peut changer de formation. Mais il devrait pouvoir répondre simplement à trois questions : qu’a-t-il défendu hier ? Qu’est-ce qui a changé ? Et pourquoi défend-il désormais autre chose ?

C’est peut-être cela, finalement, que les électeurs devraient davantage regarder en 2026. Pas seulement le logo derrière un candidat. Pas seulement la promesse de campagne. Mais son parcours, ses positions et sa capacité à expliquer ses choix. Car les partis peuvent changer de couleur. Les convictions, elles, devraient avoir une mémoire.

 

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