Législatives 2026 : pouvoir d’achat, la bataille des promesses
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Le pouvoir d’achat sera l’un des principaux marqueurs des législatives 2026. Les Marocains sont appelés le 23 septembre à renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Au total, 27 partis participent au scrutin de 2026, contre 31 formations lors des législatives de 2021.
Sur le terrain économique, les principaux partis partagent un seul constat : l’action publique ne peut plus se limiter à la seule maîtrise des équilibres macroéconomiques. Il faut agir sur le revenu disponible des ménages, leur facture quotidienne et les services qu’ils financent directement. Mais les réponses divergent. Certains privilégient les salaires et les transferts sociaux. D’autres veulent réduire la pression fiscale. D’autres encore veulent agir sur les marges, la distribution ou les situations de rente.
RNI : indexer les aides et augmenter les revenus
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) présente un programme 2026-2031 structuré autour du pouvoir d’achat, de l’emploi et des services publics. Sa proposition phare consiste à indexer automatiquement les aides sociales directes sur l’inflation, afin d’éviter qu’une hausse des prix n’en réduise progressivement la valeur réelle. Le dispositif viserait près de quatre millions de ménages.
Le parti propose également une nouvelle hausse du salaire minimum, un rapprochement progressif du SMAG et du SMIG ainsi qu’une revalorisation des retraites. Le RNI prévoit aussi un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 dirhams par enfant et par an au titre des frais de scolarité. Il entend parallèlement développer un compte d’épargne simplifié destiné notamment aux travailleurs de l’informel, avec une contribution publique de 0,25 dirham pour chaque dirham épargné sur la part bloquée de l’épargne.
Le volet emploi fixe, lui, un objectif d’un million d’emplois supplémentaires et d’un taux de chômage inférieur à 9% à l’horizon 2031. Le parti défend enfin un dispositif d’autoproduction solaire destiné à alléger, à terme, les dépenses énergétiques des ménages. Il est à rappeler qu’en termes de création d’emplois, le RNI, parti ayant remporté les élections de 2021, avait le même objectif d’un million d’emplois nets créés. Néanmoins, entre 2021 et 2026, seuls 324.000 emplois ont été créés, selon le HCP, avec une perte marquée de 332.000 emplois dans le secteur agricole.
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PAM : le portefeuille au centre du programme
Le Parti authenticité et modernité (PAM), autre parti de la majorité sortante, est celui qui affiche le dispositif le plus directement orienté vers le portefeuille. Son programme annonce un total de 350 milliards de dirhams sur cinq ans, dont 150 milliards dédiés au « Pacte pour le pouvoir d’achat ».
La mesure fiscale la plus spectaculaire prévoit une exonération d’impôt sur le revenu pour les salaires bruts allant jusqu’à 15.000 dirhams, avant l’application de tranches à 10% et 20%. Le PAM promet aussi de porter la pension minimale à 3.000 dirhams à partir de la deuxième année de la législature et de relever progressivement le soutien social direct jusqu’à 1.000 dirhams.
Le parti veut en parallèle agir sur la facture d’électricité, avec une prise en charge des consommations mensuelles inférieures à 100 dirhams. Mais son approche ne s’arrête pas aux transferts ; le PAM attribue une part importante de la cherté des produits aux intermédiaires, à la spéculation et à l’opacité des chaînes de distribution. Il propose donc d’intervenir sur les marchés de gros, le stockage, la distribution et le suivi des marges.
Istiqlal : surveiller les marges et consolider la classe moyenne
Le Parti de l’Istiqlal, troisième partie de la majorité actuelle, place également le pouvoir d’achat parmi les cinq engagements centraux de son projet. Sa stratégie repose sur plusieurs leviers dont le suivi national des marges, la hausse progressive du salaire minimum et des retraites, l’accompagnement des ménages pauvres et une politique spécifique en faveur de la classe moyenne.
La formation de Nizar Baraka veut notamment mettre en place un mécanisme permettant de suivre la formation des marges sur les produits de consommation courante. L’objectif est de pouvoir identifier plus précisément, dans la chaîne allant du producteur au consommateur, les hausses liées aux coûts et celles résultant d’une intermédiation excessive.
L’Istiqlal prévoit aussi des dispositifs d’accès au premier logement, une carte familiale destinée à lutter contre la pauvreté et différentes mesures fiscales en faveur des familles. Le parti affiche parallèlement une hausse progressive des revenus du travail et des pensions, sans publier toutefois une enveloppe financière globale aussi détaillée que celle du PAM ou du PPS.
USFP : redistribuer davantage
À gauche, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) défend une politique de redistribution beaucoup plus assumée. Le parti vise une hausse de 20% du salaire moyen, une augmentation de 15% du revenu net des salariés et une baisse de 10% de la pression fiscale pesant sur ces derniers.
L’USFP fixe également un objectif de réduction de 20% des dépenses directement supportées par les ménages pour la santé et l’éducation. Sur le logement, il veut accompagner 250.000 familles de la classe moyenne vers l’accession à la propriété. Le parti prévoit par ailleurs la création de 250.000 emplois industriels et veut conditionner les avantages fiscaux accordés aux entreprises à la création effective d’emplois.
Le raisonnement est ici différent de celui des seuls transferts sociaux. Pour l’USFP, le pouvoir d’achat doit être soutenu par la progression des salaires, mais aussi par la baisse des dépenses contraintes et la transformation de la structure productive.
PPS : le choix d’une forte expansion sociale
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) inscrit lui aussi sa stratégie dans une forte augmentation des revenus. Le parti propose une hausse de 15% du SMIG, du SMAG et des traitements des fonctionnaires, en deux phases, ainsi qu’un relèvement du soutien social direct à 1.000 dirhams par mois pour les ménages les plus pauvres.
Le PPS veut aussi créer une allocation de rentrée scolaire de 1.000 dirhams par enfant pour les familles à revenus limités et vise la création d’un million d’emplois sur cinq ans.
La formation affiche également un scénario financier très ambitieux, avec 575 milliards de dirhams de dépenses publiques supplémentaires sur cinq ans et 622 milliards de recettes supplémentaires. Cette architecture budgétaire est l’un des principaux points de débat autour du programme, notamment en raison des hypothèses de croissance et de pression fiscale retenues.
Mouvement populaire : agir sur les prix et les dépenses scolaires
Le Mouvement populaire (MP) fait du pouvoir d’achat le premier axe de son programme. Il propose notamment une plateforme nationale destinée à suivre les prix et les marges et veut pouvoir instaurer une forme de « trêve » sur les exportations lorsqu’il s’agit de stabiliser les prix de certains produits de base.
Le parti prévoit également un « compte fiscal social » permettant de déduire une partie des frais de scolarité, avec une limite annoncée de 500 dirhams par mois et par famille, ainsi qu’une aide pouvant atteindre 500 dirhams pour certaines dépenses liées à la scolarisation des enfants issus de ménages modestes.
Le MP veut aussi renforcer les stocks stratégiques régionaux et intervenir sur certains flux d’exportation agricole ou halieutique lorsqu’ils risquent, selon son diagnostic, d’alimenter les tensions sur les prix intérieurs.
PJD : agir sur les marges et les rentes
Le Parti de la justice et du développement (PJD) présente un programme composé de 467 mesures et place l’emploi au cœur de son projet. Sur le pouvoir d’achat, il entend renforcer le contrôle des prix et de la qualité des produits alimentaires de première nécessité, lutter contre la spéculation et réformer les marchés de gros.
Le parti veut également renforcer la fiscalité sur les secteurs caractérisés par des situations de monopole ou d’oligopole. Il défend notamment une fiscalité plus lourde pour certaines entreprises opérant dans ces configurations économiques, ainsi qu’un encadrement plus strict des relations entre l’État et les grands opérateurs privés.
L’approche du PJD consiste donc moins à annoncer une accumulation d’aides nouvelles qu’à agir sur les structures de marché, la concurrence et la formation des prix.
Alliance de la gauche : justice sociale et rupture avec la rente
L’Alliance de la gauche, formée par la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et le Parti socialiste unifié (PSU), se présente séparément des autres formations de gauche avec une ligne commune. Son projet revendique un changement de modèle économique fondé sur la rupture avec l’économie de rente, le renforcement des services publics et une redistribution plus importante des richesses.
Le dispositif met l’accent sur le plein emploi, les droits des salariés, la réforme des retraites, la santé et l’éducation publiques, le logement et l’économie sociale et solidaire. L’Alliance défend une économie mixte et productive et estime qu’une fiscalité mieux ciblée doit permettre de lutter contre la captation des ressources par les situations de rente.
À ce stade, cependant, l’Alliance ne présente pas un tableau financier détaillé.
FDD : une promesse spectaculaire sur la classe moyenne
Le Front des forces démocratiques (FDD) adopte une approche davantage axée sur les objectifs macroéconomiques. Le parti promet une progression de 25% du pouvoir d’achat de la classe moyenne, la sortie de 1,2 million de ménages de la précarité et un taux de chômage inférieur à 8%. Il remet également au centre de son projet son « Revenu de la dignité ».
Cette promesse est politiquement forte, mais elle reste moins directement traduite en mesures destinées à réduire telle ou telle dépense des ménages. Le FDD présente davantage une trajectoire de transformation sociale et de croissance qu’un catalogue de baisses de prix ou d’impôts.
PML : libéralisme, emploi et soutien aux entrepreneurs
Le Parti marocain libéral (PML) revendique une orientation favorable à l’initiative privée et à l’économie de marché, tout en intégrant la justice sociale dans son programme. Sa plateforme met l’accent sur la construction d’une économie forte et durable, créatrice d’emplois, ainsi que sur le soutien aux entreprises, à l’innovation et aux start-up.
Dans ses propositions présentées en 2026, le PML s’est aussi intéressé aux Marocains résidant à l’étranger, avec des pistes d’allégement sur certains coûts de voyage, de séjour et de fiscalité. Ces mesures peuvent avoir un effet sur le revenu disponible de cette catégorie, mais elles ne constituent pas un plan général de soutien au pouvoir d’achat des ménages résidant au Maroc.
Parti des néo-démocrates : emploi, services publics et approche participative
Le Parti des néo-démocrates place la « compétence », l’efficacité et la participation citoyenne au centre de son projet. Sa plateforme 2026 fait apparaître des propositions portant sur l’emploi des jeunes diplômés, l’amélioration de la situation des travailleurs des secteurs non structurés et la création de nouveaux postes dans le secteur public.
Le parti met également en avant des services publics à coût réduit, notamment avec des propositions de centres publics de langues à tarifs symboliques. Son approche du pouvoir d’achat passe donc davantage par l’emploi et la réduction du coût de certains services que par des transferts monétaires massifs.
Parti de l’unité et de la démocratie : l’État social sans chiffrage massif
Le Parti de l’unité et de la démocratie (PUD), qui a tenu son cinquième congrès national en juin 2026, inscrit explicitement son projet dans la construction de l’« État social ». Il met en avant la justice, l’égalité, la lutte contre les disparités et la responsabilité de l’État dans la protection sociale.
Son programme accessible publiquement insiste surtout sur la réforme de l’action partisane, la participation citoyenne, la justice sociale, le développement durable et la défense des intérêts des Marocains du monde. En revanche, aucun dispositif chiffré n’apparaît dans les éléments publics consultables du parti.
PLJS : emploi, agriculture et justice sociale
Le Parti de la liberté et de la justice sociale (PLJS) inscrit explicitement son programme dans les principes de liberté, de dignité, d’égalité et de justice sociale. Il considère l’emploi comme un secteur vital et un levier majeur pour répondre aux difficultés sociales.
Le parti défend également une politique agricole plus ambitieuse, considérant l’agriculture comme un pilier de l’économie nationale. Son approche du pouvoir d’achat passe donc principalement par la création d’emplois, le développement agricole et le renforcement des mécanismes de justice sociale plutôt que par des mesures fiscales fortement chiffrées.
Trois stratégies distinctes pour améliorer le pouvoir d’achat
Plusieurs autres formations apparaissent dans le paysage partisan, mais leurs programmes 2026 restent soit peu accessibles publiquement, soit insuffisamment détaillés sur le seul sujet du pouvoir d’achat pour permettre une comparaison sérieuse.
Au-delà des étiquettes politiques, les programmes dessinent trois grandes stratégies de pouvoir d’achat.
La première consiste à augmenter directement le revenu. C’est le choix du RNI avec la hausse du salaire minimum et les aides indexées sur l’inflation, de l’USFP avec ses objectifs de progression des salaires et du PPS avec ses revalorisations. L’Istiqlal se situe lui aussi sur cette ligne, en y ajoutant un dispositif de soutien spécifique à la classe moyenne.
La deuxième consiste à réduire les prélèvements ou certaines factures. C’est le terrain privilégié du PAM avec son projet d’exonération d’IR jusqu’à 15.000 dirhams et la prise en charge de certaines petites factures d’électricité. D’autres partis privilégient des mécanismes fiscaux ciblés sur l’éducation, le logement ou les familles.
La troisième est de faire baisser la pression sur les prix eux-mêmes. Le PAM, l’Istiqlal, le MP et le PJD proposent des instruments différents pour agir sur les marchés de gros, les marges, les intermédiaires, la spéculation ou les exportations. L’Alliance de la gauche, pour sa part, attaque le problème par la rupture avec l’économie de rente et par une politique de redistribution.
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Le vrai test : le financement
C’est ici que les programmes se séparent le plus nettement. Une promesse de 1.000 dirhams supplémentaires pour un ménage, une exonération fiscale, une hausse du SMIG ou une nouvelle allocation scolaire ne produisent pas le même impact budgétaire. Surtout, leur coût ne disparaît pas une fois la mesure annoncée.
Le PAM prévoit une enveloppe globale de 350 milliards de dirhams sur cinq ans. Le PPS présente un scénario de dépenses et de recettes sur la même période. À l’inverse, plusieurs autres formations détaillent leurs objectifs sans fournir un chiffrage consolidé de l’ensemble de leurs engagements.
La question du pouvoir d’achat ne se limite donc pas à savoir qui promet le plus. Une hausse salariale peut améliorer immédiatement le revenu d’un salarié, mais elle peut aussi renchérir le coût du travail pour certaines entreprises. Une baisse d’impôt allège la pression fiscale, mais réduit potentiellement les recettes de l’État. Une aide sociale protège les ménages vulnérables, mais crée une dépense récurrente. Une intervention sur les marges peut réduire certains prix, mais elle nécessite des mécanismes de contrôle efficaces et une concurrence réelle.
À moins de deux semaines de l’ouverture de la campagne officielle, le pouvoir d’achat est ainsi devenu le terrain privilégié d’une compétition qui oppose moins des diagnostics que des mécanismes. Les électeurs devront départager des offres qui promettent toutes, à des degrés différents, soit davantage de revenus, soit des dépenses plus faibles, soit une meilleure maîtrise des prix.
Après le 23 septembre, la question sera plus prosaïque : combien coûteront ces engagements, qui les financera et, surtout, quelle part de la promesse se retrouvera effectivement dans le portefeuille des ménages ?
Plus de 3.000 observateurs nationaux et internationaux superviseront les élections de la Chambre des représentants prévues le 23 septembre prochain au Maroc.
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