Le 28 août, Washington et Caracas ont signé ce que Donald Trump a présenté comme « le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Trois jours plus tard, la Maison-Blanche en publiait les termes sous un intitulé qui dit tout : « Reasserting the Monroe Doctrine ». Un bail de cent ans sur dix-sept champs, environ 65 milliards de barils, confiés à une société-relais baptisée North American Blue Energy Partners. Rien d’improvisé. L’accord découle du « Trump Corollary » proclamé le 2 décembre dernier, pour le 202ᵉ anniversaire de la doctrine Monroe : le peuple américain, et non les nations étrangères, contrôlera toujours son destin dans « notre hémisphère ». Un mois plus tard, Nicolás Maduro était capturé par les forces américaines. Huit mois après, Washington organise sa mainmise sur le pétrole vénézuélien. La doctrine n’était pas une posture, c’était un programme.
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Mainmise sur le pétrole vénézuélien
Le détail des clauses vaut mieux qu’un long discours. Le Pentagone, via son Office of Strategic Capital, reçoit 35% du capital de la maison-mère de NABEP, à coût quasi nul. Le département d’État obtient 20% de la production au prix de revient et un droit de premier refus sur les 80% restants. S’ajoutent un veto sur les nominations et une majorité d’administrateurs américains. Les concessions relèvent du droit vénézuélien, la structure de contrôle, des tribunaux américains. Delcy Rodríguez, installée à la présidence après Maduro, promet 209 milliards de dollars de recettes sur vingt-cinq ans et assure que le pays « conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources ». Le 28 août, le Pentagone affirmait pourtant que son Office ne pouvait détenir de participations privées. Trois jours plus tard, il devenait actionnaire à 35% de NABEP. À Washington, on n’est plus à une contradiction près. Celle-ci, au moins, n’avait pas été annoncée sur Truth Social.
Une vieille histoire américaine
Ce scénario n’est pas inédit. En 1952, au Guatemala, Jacobo Árbenz lance une réforme agraire touchant notamment les terres non cultivées de la United Fruit Company. L’indemnisation est calculée sur la valeur fiscale déclarée par l’entreprise elle-même, Washington en réclame près de vingt-cinq fois plus. Le 20 avril 1954, le département d’État proteste officiellement. Pendant ce temps, Washington prépare déjà une autre méthode et l’opération PBSUCCESS, organisée par la CIA, provoquera deux mois plus tard la chute d’Árbenz.
Autre écho historique, plus troublant encore : trente-six ans jour pour jour avant Maduro, Manuel Noriega se rendait, le 3 janvier 1990, aux forces américaines. Ancien collaborateur de la CIA devenu encombrant, le dirigeant panaméen est transféré à Miami puis condamné en 1992 à quarante ans de prison. L’enjeu n’était plus une multinationale, mais le canal de Panama, encore exploité et défendu par les États-Unis, dont George H. W. Bush plaça explicitement la sécurité parmi les motifs de l’intervention.
Noriega avait été un partenaire utile, Maduro était un adversaire déclaré. Les parcours diffèrent, mais la prérogative reste la même. Lorsque ses intérêts régionaux sont menacés, Washington considère pouvoir franchir une frontière, capturer un dirigeant et le juger chez lui. Des terres agricoles au canal, puis au pétrole, les intérêts changent, la conception du pouvoir, beaucoup moins.
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Un deal gagnant/résigné
Aujourd’hui, les États-Unis ont surtout soif. En 2022, Joe Biden avait puisé 180 millions de barils dans la réserve stratégique pour amortir le choc ukrainien. En mars 2026, Trump en autorisait 172 millions supplémentaires face à la crise d’Ormuz. Au 21 août, la réserve tombait à 289,7 millions de barils, son plus bas niveau depuis 1982, soit à peine 40% de sa capacité. Dès juin, le patron de l’American Petroleum Institute avait publiquement alerté sur ce niveau critique. Quelques semaines plus tard, Washington signait avec le Venezuela, détenteur des premières réserves pétrolières mondiales et placé sous forte tutelle américaine depuis la capture de Maduro. Le lien est désormais écrit noir sur blanc : les 20% achetés au coût de production pourront servir à remplir la réserve stratégique et à couvrir certains besoins militaires.
Le peuple vénézuélien, lui, n’a rien choisi. Mais le pays a besoin de capitaux. PDVSA est exsangue, ses infrastructures délabrées et NABEP promet jusqu’à 100 milliards de dollars d’investissements. Sans argent étranger, une partie de ce pétrole restera sous terre. Mais quelle compagnie non américaine acceptera de se positionner sans composer d’abord avec Washington ? La reconstruction risque ainsi de remplacer une dépendance par une autre. Après le séisme du 24 juin, les Vénézuéliens héritent aussi d’une hypothèque pétrolière jusqu’au XXIIᵉ siècle.
En 1823, Monroe voulait tenir les empires européens loin des Amériques. Deux siècles plus tard, son corollaire est encore plus limpide. Notre hémisphère, donc nos ressources.
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