A quatre semaines du scrutin législatif, la fièvre électorale n’a pas atteint son paroxysme, mais les promesses pour les cinq prochaines années fusent de toutes parts. Les rencontres partisanes s’enchaînent avec leurs discours, leurs chiffres. Les grands axes des programmes des partis ont été dévoilés. Les programmes détaillés seront présentés lors des grands meetings de septembre…
Les premières feuilles de route exposées par les leaders des grands partis reprennent les problématiques habituelles. L’eau d’abord. On nous ressort toujours le même mix : barrages, dessalement, gros mots techniques. Dans le Souss, les nappes baissent depuis des années. A Zagora, chaque été c’est la même histoire : restrictions d’irrigation. Comme une fatalité. Personne ne dit jamais combien ça va coûter, encore moins qui va payer.
L’école en tête des priorités également. Généralisation promise pour 2027. Ils ont enlevé une année. Un chantier énorme compressé dans un calendrier électoral trop court. Recruter des profs, ça prend du temps. Les former, encore plus. Deux ans, c’est clairement pas assez. Mais le jour du vote, personne n’y pensera vraiment. Comme d’habitude.
La santé, c’est exactement la même pente. Des groupements sanitaires partout, sur le papier. Essayez juste de trouver un pédiatre un samedi dans certaines provinces du sud-est. Le désert médical, lui, il n’attend pas les élections.
Le logement, ça fait quinze ans qu’on nous le ressort. Aides ciblées, ascenseur social, le grand discours. Pendant ce temps, à Casa et à Rabat, les prix ont continué de grimper. Les jeunes ménages restent chez leurs parents plus longtemps qu’en 2010. La promesse tourne en boucle. Le problème, lui, ne bouge pas.
Et la moralisation de la vie publique… Ça traverse les décennies sans jamais atterrir. Chaque législature l’annonce. La suivante hérite du même dossier, intact.
Le pouvoir d’achat, c’est le point où tout se cristallise. Boucliers pour les aides sociales, pour l’épargne informelle, pour les salaires… Sur le papier d’un communiqué, ça a l’air solide.
La réalité, elle, résiste. Un beau taux de croissance ne remplit pas le panier de courses. On peut afficher une inflation maîtrisée et sentir, au marché du dimanche, que le poisson n’a pas suivi la même trajectoire.
Deux histoires. La macro raconte l’une, le citoyen vit l’autre. Un chercheur a dit quelque chose de très simple : la qualité d’une politique publique dépend moins de la taille de la promesse que de la solidité des institutions qui sont censées l’exécuter. Cette phrase-là, à elle seule, démonte tout le marketing électoral en cours. Parce que le vrai trou, c’est celui-là.
Aucun programme n’a pour l’instant expliqué comment le citoyen pourra contrôler. Personne ne dit qui viendra vérifier, en 2031, si l’école a vraiment été généralisée. Sans ça, une promesse reste juste une intention écrite sur du papier glacé.
Les électeurs doivent prendre conscience de tout ça. Ils ont déjà vu des chiffres ambitieux fondre dans l’administration. Le mot « eau » revient à chaque campagne depuis vingt ans. Le mot « école » aussi. Quant à l’emploi, le nombre de postes promis par certains partis est risible et sans commentaire. La question n’est plus qui promet le plus. C’est qui acceptera d’être jugé sur ses propres mots, une fois élu.
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