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Anass Hajoui Publié le 13/08/26 à 11:03
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Partir pour compter

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Le Maroc célébrait le 10 août sa Journée nationale du migrant, consacrée à ces millions de Marocains établis à l’étranger qui continuent de participer à la vie économique, sociale et culturelle du Royaume. Une diaspora que l’on célèbre pour son attachement au pays, ses compétences, ses investissements et sa contribution à son rayonnement.

Le symbole est pourtant troublant. Quelques jours auparavant, à Sebta et Melilia, d’autres Marocains tentaient précisément de rejoindre cette autre rive, parfois au péril de leur vie. Et de nouveaux appels circulent déjà sur les réseaux sociaux pour une nouvelle tentative de passage massif.

D’un côté, nous célébrons ceux qui sont partis. De l’autre, nous cherchons à retenir ceux qui veulent partir dans des conditions dramatiques. Entre les deux se trouve peut-être une question que nous ne nous posons pas suffisamment : pourquoi le départ continue-t-il d’apparaître, pour une partie de notre jeunesse, comme le chemin le plus court vers une vie meilleure ?

Le phénomène n’est finalement pas si éloigné de ce que l’on observe dans certaines entreprises. Il arrive qu’un collaborateur travaille pendant des années sans que sa valeur soit réellement reconnue. Puis vient sa démission. Soudain, les discussions commencent, les possibilités apparaissent et ce qui semblait impossible quelques semaines auparavant devient négociable. Il aura fallu qu’il décide de partir pour que l’on mesure ce que l’on risquait de perdre.

Avec les talents, les compétences et la jeunesse d’un pays, la logique ne devrait pas être différente. Le Maroc a raison de vouloir renforcer ses liens avec sa diaspora et de mobiliser les Marocains du monde dans son développement. Leur réussite constitue une richesse considérable et leur attachement au Royaume ne doit jamais être considéré comme acquis.

Mais la meilleure politique envers ceux qui partent commence peut-être par ceux qui sont encore là.

Créer des emplois ne suffit pas si ces emplois ne permettent pas de se projeter. Former ne suffit pas si la formation ne mène nulle part. Parler d’opportunités ne suffit pas si une partie de la jeunesse reste convaincue que les plus intéressantes se trouvent nécessairement ailleurs.

Partir doit rester une possibilité, une expérience, parfois même une formidable opportunité. Cela ne devrait jamais devenir une fuite.

Un pays doit savoir garder le lien avec ceux qui sont partis.

Son premier défi reste de ne pas attendre leur départ pour comprendre ce qu’ils valent.

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