Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 21/08/26 à 10:39
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Fauchés, mais pas trop

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Il faut reconnaître une chose à notre jeunesse, elle sait nous faire rire tbarkelah ! Le Maroc ne produit peut-être pas assez d’emplois, mais il produit beaucoup de fous rires.

On croyait que cette jeunesse voulait du travail, un salaire, un avenir, en réalité elle veut surtout une vie. Bon, on en veut tous une à vrai dire, mais on n’a pas la même définition de vie. Une partie de notre jeunesse, ce qu’elle veut, c’est une vie avec voyage, brunch, boîte de nuit, bikini, hôtel avec piscine et, si possible, une petite story au coucher du soleil avec la légende bien inspirée d’un vieil auteur pas du tout cité. Et j’insiste bien sur UNE PARTIE de notre jeunesse, ne mettons pas tout le monde dans le même panier.

Le chômage, ok, mais avec vue mer s’il vous plaît.

Ces derniers jours, l’histoire de Wafae, cette jeune Marocaine arrivée à Sebta à la nage, a beaucoup fait parler… et rire, d’ailleurs merci pour le fou rire. Dans une interview à El País, elle explique notamment que sa famille l’empêchait d’étudier et de voyager. Un récit difficile, évidemment, puisqu’il touche à la liberté des femmes et à leur poids dans certaines familles. Puis les experts du net sont arrivés. Et Internet, contrairement aux humains, a une mémoire éééééénorme.

Des internautes ont retrouvé des photos de Wafae au Qatar, en Turquie, et d’autres images lui sont attribuées à Dubaï ou en Malaisie (franchement, j’ai arrêté de scroller). Nous voilà donc avec un nouveau concept, à savoir le voyage interdit qui laisse quand même beaucoup de photos sur Instagram.

Attention, avant que quelqu’un m’accuse de faire le procès d’une jeune femme, voyager ne signifie pas nécessairement être libre. Une famille peut parfaitement autoriser un voyage et en interdire un autre. Une personne peut avoir connu des périodes de liberté puis de restrictions. Et les réseaux sociaux ne racontent jamais toute une vie. Mais enfin… avouez que le scénario est bizarrement contradictoire.

Instagram est décidément un très mauvais avocat, il plaide toujours coupable avec pièces à conviction.

Et c’est là que je me suis demandée si nous n’étions pas en train d’assister à l’apparition de la nouvelle catégorie du migrant premium, comme dirait le journal espagnol. Essayons de faire le portrait-robot de ce nouveau type de migrant. Il ne fuit pas seulement le chômage, il fuit surtout l’écart entre sa vie et celle qu’il voit sur TikTok. Il ne veut pas nécessairement devenir riche, il veut simplement vivre comme quelqu’un qui l’est. Nuance, s’il vous plaît !

Il veut le salaire européen, mais aussi le brunch du dimanche, les vacances à Istanbul, le téléphone dernier cri, le café à 50 dirhams, les festivals, les rooftops, les billets d’avion et la photo devant la Tour Eiffel. Le tout, idéalement, avant 25 ans.

Et quand on lui demande ce qu’il veut faire dans la vie, il répond : « Je veux réussir ». Comment ? Bin il n’en a aucune idée, pourquoi l’embêter avec des détails !

Et puisqu’on met carte sur table, expliquez-moi cette mystérieuse économie parallèle qui permet au jeune sans argent de sortir trois fois par semaine, de commander des cafés à 45 dirhams, de s’habiller comme s’il avait un partenariat, de payer son abonnement à la salle, son téléphone à 12.000 dirhams et de partir à Marrakech dès qu’un week-end de trois jours apparaît sur le calendrier.

Il n’a pas d’argent, mais il a une capacité de consommation qui mérite une étude du HCP. Le jeune Marocain pauvre est un phénomène économique à lui tout seul.

Il faut arrêter de sous-estimer la jeunesse marocaine. Elle a développé la compétence extraordinaire de vivre une vie de luxe avec un budget qui ne devrait même pas permettre de vivre tout court.

Et puis il y a le travail. Là encore, soyons justes, non, les jeunes ne sont pas tous paresseux, et non, demander un salaire correct, des horaires décents et des conditions de travail dignes n’est pas du luxe. Mais il faut aussi avoir le courage de regarder certaines absurdités en face.

Sans expérience, au premier entretien, certains réclament déjà un salaire à 5 chiffres en télétravail avec une restriction de tâches dignes du régime de Beyoncé. Et à la fin, le jeune explique qu’il ne trouve pas de travail, mais même le travail ne sait plus quoi faire pour lui.

Et tiens, puisqu’on en parle, une idée me vient, celle de la différence de paradigme. Alors que la génération précédente était fière de se lever à 5 heures du matin et de ne jamais sortir du bureau avant 18 heures, cette génération ne veut surtout pas avoir l’air de travailler dur, elle doit montrer qu’elle gagne vite et sans effort.

Parce qu’au fond, le problème n’est peut-être pas que cette jeunesse ne veut rien, au contraire, elle veut énormément. Et elle a parfaitement raison de le vouloir, mais la vie n’est pas une story Instagram. Cette génération voit la liberté avant les sacrifices qui l’ont rendue possible. Alors certains veulent partir, et parfois même à la nage.

Allez, sans rancune, on a été jeunes nous aussi… Mais quand nos parents nous refusaient une sortie, on ne fuguait pas à la nage.

Tout, tout de suite

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