La campagne pour les législatives n’a pas encore officiellement commencé qu’elle est déjà dans toutes les conversations. Les partis affinent leurs messages, mettent leurs candidats en avant et commencent à occuper, un peu trop, le terrain. Chacun veut arriver en septembre avec le discours qui fera mouche auprès des électeurs.
Tout cela, on le sait déjà, parlons de la campagne parallèle qui a commencé. L’audio attribué à Rachid Talbi Alami, dans lequel Fouzi Lekjaa est notamment visé, donne un aperçu de ce qui nous attend avant le 23 septembre. Il y est question de candidats, de rapports de force au sein de la majorité, mais aussi de ce qui pourrait se passer après le scrutin. Le ministère des Finances est même évoqué, avec les noms de ceux qui pourraient, ou non, en prendre les commandes.
Mais de quoi parlons-nous, le vote n’a pas encore eu lieu. Les programmes ne sont même pas tous connus et personne ne sait quelle configuration sortira des urnes le 23 septembre. Pourtant, certains semblent déjà occupés à parier la suite.
Ce n’est pas vraiment surprenant, en politique, on ne découvre pas les alliances le soir des élections. Les partis discutent, négocient, testent leurs rapports de force et envisagent plusieurs scénarios. Rien d’anormal jusque-là. Le problème commence lorsque ces calculs prennent le dessus sur ce que les électeurs sont justement appelés à décider.
Et justement, dans toute cette agitation, quelle place donne-t-on encore au citoyen ? Celui qui votera dans quelques semaines est censé choisir un projet. Il doit pouvoir comprendre ce que chaque parti propose et ce que ces promesses changeront concrètement dans sa vie. Or, lorsqu’il entend déjà parler de postes et de futurs équilibres, il peut légitimement avoir le sentiment que le match est déjà joué !
Voilà pourquoi le citoyen est sans cesse méfiant. Pas forcément parce que les promesses sont fausses, mais parce que les électeurs savent très bien que, derrière les discours de campagne, les partis pensent aussi à la suite. Ils le savent. Ils l’acceptent même, jusqu’à un certain point. Ce qu’ils supportent moins, c’est d’avoir l’impression que leur vote arrive après les tractations, alors qu’il devrait en être le point de départ.
Dans une entreprise, le mécanisme serait assez facile à comprendre. Une direction peut présenter un beau plan et multiplier les réunions pour expliquer où elle veut aller. Si, dans le même temps, tout le monde comprend que les dirigeants passent surtout leur temps à préparer la prochaine réorganisation, le message finit par perdre de sa crédibilité. Les salariés regardent ce qui se passe réellement, pas seulement ce qu’on leur raconte.
La politique n’échappe pas à cette règle. Dans les prochaines semaines, les promesses vont se multiplier et les programmes vont occuper l’espace. Mais le plus intéressant commencera après le 23 septembre. Car une fois les résultats connus, les postes attribués et les caméras tournées vers autre chose, il restera à vérifier ce qui a réellement été fait de toutes ces promesses.
Pour l’instant, les électeurs n’ont pas encore parlé.
Il serait quand même préférable de leur laisser le dernier mot.
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