Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 24/04/26 à 10:21
Temps de lecture

La faim du Marocain

A A A A A

En tant que Marocains, on a toujours su tout relativiser, même la pauvreté. On a toujours dit, au moins, au Maroc, on a toujours la famille, les voisins et de quoi manger. Certains n’ont rien de tout cela.

L’Arab Barometer est venu nous gifler dans notre bulle de fantasme mensonger. Cette statistique est tout bonnement le visage d’un Maroc qui a faim. Ils sont, actuellement, 29%, soit près d’un tiers de nos concitoyens, à sauter un repas par obligation face à un porte-monnaie qui a rendu les armes. Chaque passage en caisse est un supplice.

Et dire qu’on nous sert, avec une autosatisfaction qui frise l’indécence, le narratif d’une situation « sous contrôle ». Sous contrôle pour qui ? Certainement pas pour les 56% de Marocains qui en sont réduits à trancher dans le vif de leur budget alimentaire pour espérer tenir jusqu’à la fin du mois.

Surtout en ce moment, avec la flambée des carburants, on passe à la caisse pour manger, ou à la pompe pour se rendre au travail ?

Le plus insupportable dans cette communication officielle, c’est cette manie de se rassurer en regardant la misère des autres. On nous explique doctement que nous sommes mieux lotis que le Liban ou une Syrie dévastés par la guerre. C’est donc ça, l’étalon du succès ? Se réjouir d’avoir la tête juste au-dessus de l’eau pendant que les voisins se noient ? Quelle fierté ! Utiliser les 70% de détresse syrienne pour masquer nos propres failles… Mon Dieu, quelle puissance.

Soyons francs, ne noyez pas le poisson, ne changez pas de sujet, concentrez-vous sur les 33% de Marocains qui craignent de ne plus pouvoir nourrir leur famille. Comment pouvons-nous être fiers d’être comparés à des pays en guerre ? Hallucinant.

pub

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire