Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 29/05/26 à 10:20
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Mossiba ke7la !

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Walayni mossiba ke7la ! Ahhhh Aïd Al Adha au Maroc, c’est toute une affaire ! Normalement pour une fête, on est censées se reposer, bien manger, se faire jolies, rigoler avec la famille… Bin non, pas chez nous ! Pour beaucoup de femmes, c’est plutôt… Koh-Lanta version tripes.

On passe toute l’année à parler d’évolution des mentalités, partage des tâches, homme moderne… puis arrive l’Aïd, et soudainement tout le monde redevient traditionnel à une vitesse incroyable.

Quelques jours avant, la femme marocaine entre dans un état qu’aucun scientifique n’a encore étudié. Un mélange de stress, d’organisation militaire et de fatigue anticipée. Elle court partout, les épices, les sachets, le charbon, le bicarbonate, le gros sel, les brochettes, le persil, les oignons… Tu la vois faire des allers-retours dans toute la ville comme si elle préparait le mariage de sa fille.

Pendant ce temps-là, monsieur a une seule mission : « voir le mouton ». Et encore, « voir » est un grand mot.

Le jour de l’Aïd… Allah yster o safé. Seul Dieu peut venir au secours des femmes ! A 7h du matin, la maison ressemble déjà à un épisode de catastrophe naturelle.

Ça court dans tous les sens, ça chauffe de l’eau, ça cherche des couteaux, la grand-mère crie déjà sur tout le monde, allez savoir pourquoi, une tante insulte intérieurement son mari d’avoir pris ce mouton, une autre lui rappelle que ceci ne se fait pas ainsi… et au milieu de tout ça, t’as toujours une tante assise calmement qui donne des ordres sans bouger d’un centimètre. Elle est essentielle au bon déroulement de cette journée, car à elle seule, elle arrive à cristalliser la haine de toutes les autres. Donc au lieu de se battre entre elles, elles la détestent en commun.

Puis arrive le moment des tripes. Le vrai test psychologique.

Parce qu’il faut arrêter de mentir aux gens, l’Aïd pour beaucoup de femmes, c’est surtout passer la journée entière à nettoyer des organes qu’on ne savait même pas qu’un mouton possédait.

Et les hommes ? Alors avant, au Maroc, ils étaient là, ils égorgeaient, s’occupaient de la carcasse, de dépecer… Puis mystérieusement, avec le temps, ils ont disparu. Tu les retrouves une heure plus tard en train de boire un café en disant « Alors ? Vous avancez ? ». Aucune ne prend la peine de lui répondre, au risque de lui en mettre une. ELLE AVANCE OUI !

Depuis 8h du matin elle manipule des intestins dans une chaleur de 40 degrés mais Al hamdollah, elle avance. Parce qu’au final, on n’a rien appris d’autre à la Marocaine que d’avancer, encore et toujours. Quoiqu’il se passe, elle avancera toujours sans se poser de question. Vous ne la trouverez jamais, contrairement aux hommes, à philosopher sur une décision, elle réfléchit en agissant.

Et puis, quand elle en a fini des tripes et du sang, elle gambade à la recherche d’un gezzar qui voudra bien lui découper son mouton et ça, ça peut prendre des heures.

Et malgré tout ça, il y a toujours cette phrase incroyable qu’on entend chaque année « l’Aïd rassemble les familles ». Oui bien sûr. Principalement autour d’une bassine de tripes.

Bon, au-delà de toute critique, il y a quelque chose de très marocain dans cette folie collective. C’est épuisant, mais c’est aussi notre cinéma national annuel.

Même si, soyons honnêtes, si les femmes avaient le droit d’annuler officiellement une tradition… beaucoup commenceraient par les tripes.

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3 commentaires

  1. Je regrette, vous voyez les choses du mauvais œil. Chez nous c’est un plaisir et tout le monde s’entraide à nettoyer les tripes. Il faut voir la joie des enfants et petits enfants à cette occasion.

  2. j’ai bien ri de cette article, chapeau pour le style 🙂 je valide en tout cas, j’avais l’impression que l’on décrivait ma mère le jour de l’aid

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