Quatre députés dans une salle prévue pour 395. Le débat ô combien important sur la réforme de la profession d’avocat a été boudé par nos élus. C’est tout de même un texte qui touche les avocats et les justiciables. Un texte qui a soulevé un tollé et envenimé les relations entre les robes noires et le ministre de la Justice… Et ce n’est pas le seul texte qui a été débattu devant des chaises vides.
L’absentéisme n’est pas une nouveauté marocaine. Un hémicycle n’a jamais été un amphithéâtre plein. Mais il y a une ligne entre l’absence discrète et l’absence assumée voire revendiquée, entre le député qui manque une séance et celui qui ne monte plus à Rabat du tout, préférant sa résidence, son confort, la certitude que son indemnité tombera le premier du mois quoi qu’il arrive.
Cette ligne-là a été franchie. Depuis longtemps, en réalité. Ce qui est nouveau, c’est que personne ne prend plus la peine de faire semblant. Certains présidents de groupes sont furieux. Quelques élus ont lancé une « fronde » pour pousser leurs collègues à renoncer volontairement aux privilèges. Beau geste même si le résultat est connu d’avance. Ceux qui appellent ça des « acquis » – et ils sont nombreux – ne lâcheront rien sur la foi d’un appel à la conscience.
Dans les couloirs de la Chambre des représentants, on se plaint de la proposition d’un consultant proche du président de la chambre basse. Il lui a suggéré de supprimer les indemnités de déplacement des députés absents et de mettre fin aux forfaits carburant des élus récidivistes. Tout cela est raisonnable, mais tout cela restera sur le papier.
Ce qui frappe, au fond, ce n’est pas l’absentéisme en lui-même. C’est ce qu’il dit sur la nature du mandat tel qu’il est vécu de l’intérieur. Un député qui reste chez lui n’a pas renoncé à son poste. Il a juste redéfini ce que le poste signifie, c’est-à-dire une position, un statut, un accès. Le contrat avec l’électeur s’est évaporé quelque part entre deux législatures, sans que personne ne le pleure officiellement.
Septembre 2026 arrive. Les listes seront préparées, les bilans affichés et les mêmes noms, souvent, reviendront solliciter les suffrages de ceux qu’ils n’ont pas représentés. L’électeur a la mémoire courte, dit-on. Peut-être… Ou peut-être qu’il a simplement compris, lui aussi, que le jeu est joué d’avance et qu’il a arrêté d’y croire bien avant ses élus. Ce qui est plus grave, finalement.
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