Science Week 2026 : la faim invisible, un défi stratégique pour le développement humain
Intervention du professeur Nada Benajiba, professeure affiliée à l’université internationale de Rabat, le 1 Avril 2026, UM6P Benguerir © LeBrief
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Lors de son intervention à la 6ᵉ édition de la Science Week à l’UM6P de Benguerir, Nada Benajiba, professeure affiliée à l’université internationale de Rabat, a indiqué que « la faim invisible ne se limite pas à un problème de santé publique, mais constitue un enjeu stratégique pour le développement humain et économique des nations ». Ce phénomène touche deux milliards de personnes dans le monde, soit une personne sur quatre, selon les dernières estimations. Ses conséquences sont dévastatrices : retard de croissance chez les enfants, baisse de la productivité chez les adultes, et aggravation des inégalités sociales.
Qu’est-ce que la faim invisible ?
La faim invisible se caractérise par un déséquilibre entre les nutriments dont le corps a besoin et ceux qu’il reçoit. Elle ne se manifeste pas par une maigreur extrême ou une faim aiguë, mais par des carences en micronutriments essentiels, tels que les vitamines A, B, C, D, E, K et les minéraux comme le fer, l’iode, le zinc, le cuivre, le magnésium et le calcium.
Ces carences peuvent survenir même chez des individus en apparence bien nourris, voire en surpoids. Nada Benajiba explique que « la faim invisible est souvent associée à une alimentation déséquilibrée, riche en calories mais pauvre en nutriments, un paradoxe fréquent dans les pays en transition nutritionnelle ».
La faim invisible s’inscrit dans ce que les experts appellent le « triple fardeau de la malnutrition », qui comprend la sous-nutrition, la surnutrition (excès de calories conduisant à l’obésité) et les carences en micronutriments, également appelées faim invisible.
Ce fardeau peut toucher un même individu, un même foyer, ou une même population. Par exemple, au Maroc, des enfants souffrent de retards de croissance tout en vivant dans des foyers où l’obésité est présente. « Ce paradoxe illustre la complexité des défis nutritionnels contemporains », souligne Nada Benajiba.
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Les conséquences de la faim invisible
Les carences en micronutriments ont des répercussions à toutes les étapes de la vie, formant un cercle vicieux difficile à briser. Chez les femmes enceintes, des carences en fer ou en acide folique augmentent les risques d’accouchement prématuré et de faible poids à la naissance. Une carence en vitamine A affaiblit le système immunitaire, tandis qu’un déficit en iode peut entraîner des retards mentaux irréversibles. Chez les adultes, l’anémie ferriprive réduit la productivité et accroît les risques de maladies chroniques.
Par ailleurs, la faim invisible représente un fardeau économique colossal, avec une perte pouvant atteindre jusqu’à 5% du PIB dans les pays en développement, en raison de la baisse de productivité liée aux carences. De plus, la prise en charge de l’anémie peut coûter entre 7.000 et 37.000 dollars par individu, selon la gravité.
Face à ce constat, la professeure Nada Benajiba souligne que « ces chiffres montrent que la faim invisible n’est pas seulement un problème de santé, mais aussi un frein au développement économique », ajoutant qu’un dollar investi dans la nutrition rapporte 18 dollars en gains économiques, selon la Banque mondiale.
Les solutions : vers une approche intégrée
Pour lutter contre la faim invisible, une approche multidimensionnelle est nécessaire. Parmi les stratégies les plus prometteuses, la biofortification se distingue comme une solution durable.
Concrètement, la biofortification consiste à enrichir les cultures en micronutriments grâce à des techniques agricoles innovantes. C’est le cas du riz doré, enrichi en vitamine A, ainsi que du maïs et du blé, enrichis en zinc et en fer.
« 95% de notre alimentation provient du sol. En améliorant la qualité nutritionnelle des sols, nous pouvons réduire les carences de manière durable », explique Nada Benajiba. Cette approche est reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une stratégie clé pour améliorer la nutrition mondiale.
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D’autre part, la sensibilisation des populations à une alimentation équilibrée est essentielle. « Il ne suffit pas de produire des aliments nutritifs, il faut aussi éduquer les consommateurs », souligne Nada Benajiba.
En outre, les gouvernements doivent, de leur côté, intégrer la nutrition dans leurs stratégies de développement, comme le préconisent les Objectifs de développement durable (ODD). Douze des dix-sept ODD sont directement liés à la nutrition, témoignant de son rôle central dans le développement humain.
La faim invisible est un défi discret mais urgent. Comme le rappelle Nada Benajiba, « investir dans la nutrition, c’est investir dans l’avenir des nations ». Les solutions existent, mais elles exigent une volonté politique, une innovation agricole et une mobilisation collective.
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