Législatives 2026 : le pouvoir face au miroir des urnes
En 2021, les partis demandaient aux Marocains de leur accorder leur confiance. En 2026, ceux qui ont gouverné pendant cinq ans doivent accepter une autre exigence : rendre des comptes.
C’est probablement la meilleure manière de lire les législatives du 23 septembre.
La campagne est lancée. Les affiches sont sorties, les meetings se multiplient, les programmes sont dévoilés et les candidats occupent progressivement l’espace public. Mais derrière cette agitation électorale, une question domine : le gouvernement sortant a-t-il suffisamment transformé le quotidien des Marocains pour mériter une nouvelle confiance ?
Cette question dépasse largement le RNI. Elle concerne l’ensemble de la majorité.
Le RNI ne peut plus demander qu’on le juge sur ses intentions
Le parti de Aziz Akhannouch possède un avantage : il peut revendiquer des réalisations.
La généralisation de la protection sociale, les aides sociales directes, les investissements publics, les réformes engagées dans plusieurs secteurs constituent des éléments concrets de son argumentaire. Mais le même bilan comporte une faiblesse politique : il doit désormais être évalué par ceux qui en ont vécu les effets.
Et c’est là que commence la difficulté.
Un gouvernement raisonne en réformes, en budgets et en indicateurs. Le citoyen, lui, raisonne en fin de mois. Il regarde son salaire, le prix des produits alimentaires, l’accès aux soins, l’école de ses enfants, la possibilité de trouver un emploi et la qualité des services publics.
Entre ces deux lectures peut exister un fossé considérable. Une politique publique peut être ambitieuse sur le papier et insuffisante dans la perception du citoyen. C’est précisément cet écart que l’élection pourrait mesurer.
Le paradoxe du PAM
Face au RNI, le PAM se trouve dans une position plus complexe qu’il n’y paraît. Le parti a participé au gouvernement sortant. Il ne peut donc pas construire une opposition classique au bilan des cinq dernières années. Son discours consiste davantage à proposer une correction de trajectoire.
C’est politiquement habile, mais électoralement risqué, car l’électeur pourrait poser une question simple : si la trajectoire devait être corrigée, pourquoi ne l’avoir pas suffisamment corrigée lorsqu’on était aux responsabilités ?
Le PAM devra donc convaincre qu’il représente une évolution crédible, sans donner l’impression de vouloir effacer sa propre participation au pouvoir. C’est l’une des principales contradictions de cette campagne.
Lekjaa donne une autre dimension au duel
La montée en visibilité de Fouzi Lekjaa ajoute une dimension particulière à cette compétition. Son profil dépasse les frontières traditionnelles de la politique partisane. Budget, finances publiques, sport, grands événements internationaux : il se trouve au croisement de plusieurs dossiers stratégiques pour le Maroc.
Ses prises de position récentes et les réponses qu’elles ont suscitées montrent surtout que la compétition politique commence déjà à dépasser la seule question des programmes.
Elle touche également à la représentation du Maroc de demain. Le Maroc se projette vers 2030 avec la Coupe du monde, les infrastructures, le tourisme, l’investissement et une ambition internationale renforcée.
Mais attention à ne pas réduire cette élection à un duel Akhannouch-Lekjaa. Ce serait passer à côté de l’essentiel.
Le véritable enjeu reste beaucoup plus large : qui sera capable de transformer cette ambition nationale en amélioration perceptible du quotidien ?
L’Istiqlal peut devenir l’arbitre
Dans cette configuration, l’Istiqlal pourrait jouer un rôle déterminant. Partenaire de la majorité sortante, le parti dispose d’une implantation historique et d’un discours davantage centré sur le pouvoir d’achat, les classes moyennes, la famille et les préoccupations sociales.
Son défi sera de transformer cette position en poids parlementaire, car le 23 septembre ne désignera pas seulement le premier parti. Il dessinera surtout la prochaine majorité. Et dans un Parlement fragmenté, quelques dizaines de sièges peuvent modifier complètement les rapports de force.
Le retour du PJD mérite d’être surveillé
Le PJD, largement sanctionné en 2021, tente de reconstruire son influence. Son retour ne signifie pas nécessairement un retour à la situation d’avant 2021. Mais il pourrait récupérer suffisamment de terrain pour redevenir un acteur important du prochain Parlement.
Cette remontée éventuelle aurait une conséquence : elle compliquerait davantage les équilibres et pourrait rendre les négociations de coalition plus déterminantes encore.
L’élection ne sera donc pas uniquement une bataille pour arriver premier. Elle sera aussi une bataille pour disposer des partenaires nécessaires afin de gouverner.
Et puis il y a l’électeur silencieux
Tous les partis parlent des électeurs. Mais le véritable arbitre pourrait être celui qui ne parle pas : l’abstentionniste. Une faible participation ne signifie pas nécessairement une absence d’intérêt pour la politique. Elle peut traduire de la déception, de la méfiance ou simplement le sentiment que le vote ne changera pas suffisamment les choses.
Pourtant, dans un système électoral, l’absence ne crée pas automatiquement une sanction. Elle peut au contraire laisser les électorats les plus mobilisés décider à la place des autres.
Voilà pourquoi le 23 septembre sera aussi un test de confiance entre les citoyens et les partis.
Le véritable verdict sera celui du quotidien
Au fond, les législatives de 2026 pourraient être beaucoup plus simples à comprendre qu’on ne le croit.
Le RNI demandera aux Marocains de regarder ses réalisations. Le PAM leur demandera d’accepter une nouvelle trajectoire. L’Istiqlal cherchera à consolider son poids. Le PJD tentera de démontrer qu’il n’a pas disparu. Les autres formations chercheront à exister dans un paysage dominé par quelques grandes forces.
Mais l’électeur, lui, pourrait poser une question beaucoup plus directe :
Après cinq ans, qu’est-ce qui a changé pour moi ?
C’est cette question qui pourrait déterminer le scrutin. Car une élection ne récompense pas uniquement les discours les mieux écrits. Elle mesure aussi la distance entre ce que les responsables politiques promettent et ce que les citoyens ressentent.
Le 23 septembre, les Marocains ne choisiront donc pas seulement des députés. Ils rendront un jugement. Sur un bilan. Sur une méthode. Et surtout, sur une promesse de Maroc à venir.
Cette fois, le pouvoir ne demandera plus seulement à être cru. Il devra être convaincant.
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