Akhannouch et Lekjaa : le match qui a commencé avant le coup d’envoi du Mondial
Les joueurs ne courent pas derrière un ballon et ne cherchent pas à inscrire un but dans les dernières minutes. Ils évoluent sur un autre terrain : celui de la politique, de l’économie, du sport et de l’image du pays.
Sur ce terrain, deux noms s’imposent : Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa.
Le premier entre dans la partie avec le maillot de chef du gouvernement, d’homme d’affaires et de dirigeant politique. Le second avec celui de responsable financier devenu l’une des figures les plus visibles du football marocain.
Mais c’est précisément ici que la comparaison devient intéressante.
Un même pays, deux lectures de la performance
Aziz Akhannouch est arrivé à la tête du gouvernement avec un niveau élevé d’attentes et de promesses. Après plusieurs années de gouvernance, la question n’est donc plus seulement de savoir ce que le gouvernement avait promis de faire, mais ce qu’il a réellement accompli.
C’est probablement là que se situe le principal défi politique du chef du gouvernement.
Car les citoyens ne jugent pas une politique publique à travers les communiqués ou les discours. Ils la mesurent à partir de ce qu’ils vivent au quotidien : le coût de la vie, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’emploi et la qualité des services publics.
Un gouvernement peut présenter des réformes, des chiffres et des indicateurs. Mais le citoyen dispose lui aussi de son propre tableau de bord : son salaire, ses dépenses et ce qu’il lui reste à la fin du mois.
C’est là que le bilan d’Akhannouch devient politiquement plus difficile à défendre.
Plus les attentes étaient élevées, plus l’exigence de résultats concrets l’est également. Et lorsque le discours sur les progrès réalisés ne correspond pas pleinement au ressenti d’une partie de la population, un espace se crée entre la communication gouvernementale et la perception citoyenne.
Lekjaa joue une autre partie
Face à lui, Fouzi Lekjaa occupe un terrain différent. Son influence dans le football marocain ne repose pas uniquement sur la parole. Elle s’est progressivement construite autour de résultats qui ont profondément changé la perception du football national.
Le parcours historique des Lions de l’Atlas au Qatar, la montée en puissance du football marocain sur la scène internationale et la préparation de la Coupe du monde 2030 ont contribué à faire de Lekjaa l’un des visages les plus identifiés à cette dynamique.
Surtout, il a contribué à faire du football davantage qu’un simple spectacle : un projet sportif, institutionnel, économique et diplomatique.
C’est ce qui distingue aujourd’hui son parcours de celui de nombreux responsables publics : une partie importante de son bilan est visible, mesurable et immédiatement identifiable par le public.
Dans le football, le débat peut être intense, les stratégies discutables et les choix toujours perfectibles. Mais au bout du compte, le tableau d’affichage reste difficile à contourner.
Akhannouch face à la politique, Lekjaa face au chronomètre
La comparaison entre les deux hommes a évidemment ses limites. Ils n’occupent ni les mêmes fonctions ni le même terrain. Mais la politique et le sport partagent une règle fondamentale : le public finit toujours par demander des résultats.
Akhannouch dispose de l’autorité de l’exécutif. Il porte donc une responsabilité politique directe dans l’évaluation de l’action gouvernementale. Lekjaa, lui, a progressivement construit un capital de crédibilité autour d’un projet sportif dont les résultats ont renforcé la visibilité du Maroc. C’est peut-être là que réside la principale différence.
En politique, le bilan peut encore être discuté à travers les promesses, les contraintes et les justifications. Dans le football, le résultat est affiché au tableau. Et c’est précisément pour cette raison que Lekjaa bénéficie aujourd’hui d’un avantage particulier : son image publique est fortement associée à une dynamique de résultats.
Akhannouch, à l’inverse, doit encore convaincre qu’au-delà des annonces et des indicateurs, son gouvernement a produit une transformation suffisamment tangible pour être reconnue comme telle par les citoyens.
2030, le véritable test
La Coupe du monde 2030 constituera un test d’une autre dimension. Un projet de cette ampleur dépasse largement le cadre sportif. Il mobilise les infrastructures, l’investissement, la logistique, la gouvernance, l’économie et l’image internationale du Maroc.
Les frontières entre ces différents domaines deviennent alors moins nettes. Et c’est précisément ce qui rend la période à venir particulièrement intéressante.
Akhannouch sera jugé sur sa capacité à défendre et à prolonger le bilan de son gouvernement. Lekjaa sera attendu sur sa capacité à poursuivre la dynamique du football marocain et à accompagner un projet sportif devenu un enjeu national et international.
Deux trajectoires différentes. Deux responsabilités différentes. Mais une même exigence : transformer les ambitions en résultats. Car au bout du compte, ce ne sont ni les slogans ni les promesses qui restent. Ce sont les résultats.
Le coup d’envoi du Mondial 2030 n’a pas encore été donné. Mais le match, lui, a déjà commencé. Et dans les tribunes, le public marocain observe. Il ne demande pas nécessairement de choisir entre Akhannouch et Lekjaa. Il demande simplement de pouvoir constater, juger et, surtout, voir le résultat sur le terrain.
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