Législatives 2026 : l’éducation au cœur de visions politiques contrastées

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Éducation : quatre visions se dessinent pour l’après-2026Des élèves suivent un cours dans la salle de classe © DR

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Derrière le même diagnostic d’une école à réformer, les formations engagées dans les législatives 2026 ne défendent ni les mêmes priorités ni les mêmes remèdes. De la consolidation des écoles pionnières à leur suppression, de la bataille contre le décrochage à la refonte du recrutement des enseignants, les programmes dessinent plusieurs conceptions du rôle de l’État dans l’éducation.

L’éducation s’impose comme l’un des terrains où les différences entre formations politiques apparaissent avec le plus de netteté à l’approche des législatives 2026. Le sujet figure, à des degrés divers, dans les programmes des principales forces en compétition ; préscolaire, décrochage scolaire, conditions des enseignants, disparités territoriales, formation professionnelle, université, recherche et langues d’enseignement sont ainsi au cœur de nombreuses propositions.

Mais l’exercice comparatif se heurte à une première réalité : toutes les formations ne publient pas un programme éducatif de même ampleur. Les données actuellement accessibles permettent de documenter précisément les propositions du RNI, du PAM, du Parti de l’Istiqlal, de l’USFP, du PPS, du PJD, du Mouvement populaire ou encore du FFD et de l’Alliance de la gauche. Pour plusieurs autres partis, les documents de campagne disponibles publiquement restent trop généraux pour permettre une comparaison sérieuse sur l’ensemble de la politique éducative.

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Le RNI : prolonger et étendre le chantier engagé

Pour le Rassemblement national des indépendants (RNI), l’éducation relève d’abord d’une logique de continuité. Le parti entend poursuivre la réforme de l’école publique engagée durant la précédente législature et amplifier plusieurs dispositifs déjà mis en œuvre.

Son programme fixe notamment la généralisation du préscolaire à l’horizon 2028. Il prévoit parallèlement de généraliser les écoles et collèges pionniers d’ici 2028, puis les lycées pionniers à l’horizon 2031. L’objectif affiché est également de réduire d’au moins moitié le décrochage scolaire. Le parti prévoit, à cette fin, de renforcer le transport scolaire dans le monde rural, de développer la restauration scolaire et d’utiliser davantage les outils numériques pour assurer un accompagnement individualisé des élèves.

Dans le supérieur, le RNI avance des objectifs particulièrement visibles : faire passer le nombre d’universités de 12 à 27 et achever le déploiement de 12 Cités des métiers et des compétences. Son approche est donc essentiellement fondée sur l’extension de réformes existantes et sur la généralisation de dispositifs pilotes.

Cette orientation correspond aussi au discours de bilan défendu par le parti. Le gouvernement affirme avoir atteint environ 80% de couverture du préscolaire et prévoit que les établissements pionniers couvriront 80% des écoles primaires à partir de l’année scolaire 2026-2027.

Le PAM : agir sur l’école dans le détail du quotidien

Le Parti authenticité et modernité (PAM) pousse plus loin la déclinaison opérationnelle. Dans son programme de septembre 2026, l’éducation est intégrée au « Pacte de la citoyenneté » et au volet consacré à l’insertion des jeunes.

Le PAM propose de généraliser le préscolaire dès quatre ans, de fixer à 9 heures le début de la journée scolaire et d’instaurer 20 minutes quotidiennes consacrées à la lecture. Il veut également garantir un socle minimal d’apprentissages à tous les enfants jusqu’à l’âge de 15 ans, tout en consacrant trois heures hebdomadaires à l’éducation physique dans le primaire et le collège.

La dimension territoriale est également centrale. Le parti prévoit de généraliser le transport scolaire dans les zones rurales, de développer l’alimentation scolaire dans les territoires vulnérables et de systématiser certains examens médicaux, notamment pour détecter les déficiences auditives et visuelles susceptibles de perturber la scolarité.

Le PAM propose enfin de restructurer l’enseignement supérieur autour de trois ensembles : un pôle d’excellence à vocation internationale centré notamment sur les sciences et technologies, un pôle technique et professionnel lié aux besoins des territoires, et un système de passerelles entre les deux.

L’Istiqlal : le service public comme pilier éducatif

Le Parti de l’Istiqlal inscrit son projet éducatif dans une conception plus large de l’État social et des services publics. Son programme met l’accent sur une école publique de qualité, la relation entre l’établissement et la famille ainsi que le renforcement des deux langues officielles.

Le parti entend notamment institutionnaliser davantage le lien entre école et famille à travers des unités d’accompagnement social. Il prévoit également de renforcer l’arabe et l’amazighe dans les politiques publiques liées à l’éducation et à la culture.

Parmi les orientations mises en avant figure également la lutte contre le décrochage et une volonté de mieux mesurer la qualité des établissements, ainsi que le recours au numérique et à l’intelligence artificielle dans l’apprentissage. Le programme de l’Istiqlal insiste par ailleurs sur la réduction des écarts entre les territoires.

L’USFP : réduire les effectifs, renforcer le préscolaire et investir dans la recherche

L’Union socialiste des forces populaires (USFP) se distingue par la précision de plusieurs objectifs chiffrés. Son programme prévoit de limiter à 30 le nombre maximal d’élèves par classe, de réduire de 50% la déperdition scolaire et de parvenir à une généralisation à 100% du préscolaire.

Dans l’enseignement supérieur, le parti veut porter les dépenses consacrées à la recherche scientifique à 2% du PIB, réduire de 40% le sureffectif dans les filières à accès ouvert et porter à 60% le taux d’insertion des diplômés sur le marché du travail. Il propose également dix nouveaux pôles universitaires consacrés à des secteurs d’avenir tels que l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables ou les biotechnologies, ainsi qu’une numérisation intégrale des services universitaires.

Le PPS : la massification des moyens

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) adopte une démarche encore plus directement fondée sur les moyens. Son programme pour la période 2027-2031 prévoit le recrutement de 18.000 enseignants et enseignantes par an dans le préscolaire, le primaire et le collège, ainsi que la construction et l’équipement de 30.000 salles de classe supplémentaires en cinq ans. Les priorités doivent aller au monde rural et aux territoires souffrant de déficits en infrastructures ou en ressources humaines.

Le PPS fixe également un objectif de réduction de 50% du décrochage scolaire à l’horizon 2031. Sur l’amazighe, il propose de recruter et de former 2.000 enseignants spécialisés par an et de renforcer les moyens budgétaires consacrés à sa généralisation. Dans la formation professionnelle, il vise à orienter 15% des élèves du secondaire vers des filières professionnelles reconnues.

Pour l’université et la recherche, le parti veut qu’au moins une université publique marocaine figure parmi les 500 meilleures au monde et porte l’effort consacré à la recherche et à l’innovation à 1,5% du PIB.

Le PJD : changer la doctrine de l’école publique

Le Parti de la justice et du développement (PJD) présente probablement la rupture programmatique la plus nette concernant l’architecture du système scolaire. Il propose de supprimer la distinction entre les établissements ordinaires et les « écoles pionnières » afin de revenir à une école publique unifiée.

Le parti défend également une doctrine linguistique différente. Il entend faire de l’arabe la langue principale d’enseignement et prévoit une alternance linguistique pour certaines matières scientifiques et techniques, dans une limite de 30% du volume d’enseignement concerné. L’amazighe devrait parallèlement occuper une place renforcée à l’école.

Sur les ressources humaines, le PJD veut supprimer la limite d’âge actuellement fixée à 35 ans pour participer aux concours de recrutement des cadres éducatifs et revenir aux règles appliquées dans la fonction publique. Il propose en outre un plan prospectif sur dix ans pour anticiper les besoins en personnel, revoir les conditions de sélection et renforcer la formation initiale et continue des enseignants.

Le décrochage constitue un autre axe central, avec des programmes de seconde chance et un ciblage particulier des filles du milieu rural grâce au transport, aux internats et au soutien social. Le parti veut aussi mettre en place un programme national pour améliorer immédiatement les acquis fondamentaux en lecture, écriture et mathématiques dans le primaire. Par ailleurs, la recherche scientifique devrait progressivement atteindre 1,5% du PIB.

Le Mouvement populaire : enseignants, gratuité et formation

Le Mouvement populaire (MP) articule pour sa part la politique éducative autour de l’accès, de la formation et du statut professionnel. Dans son programme électoral, le parti propose de supprimer le plafond d’âge pour accéder aux concours d’enseignement et défend la gratuité de l’enseignement supérieur public, la revalorisation des bourses ainsi que la création d’un « chèque formation » destiné notamment aux stagiaires de la formation professionnelle.

Le parti avait déjà annoncé, dans son « contrat social », que les activités parascolaires devraient devenir une composante obligatoire de la scolarité, à raison d’au moins quatre heures par semaine. Il défend également une généralisation de l’enseignement de l’amazighe dans les régions où la langue est fortement implantée.

UC : moderniser l’éducation et rapprocher formation et emploi

L’Union constitutionnelle (UC) inscrit la réforme de l’éducation dans une approche plus large de développement du capital humain et de réduction des inégalités. Le parti propose de revoir les programmes et curricula autour des compétences fondamentales, des langues et du numérique, tout en renforçant l’éducation à la citoyenneté et à l’initiative. Il entend également généraliser un préscolaire de qualité, améliorer les conditions de travail des enseignants et mettre à niveau les infrastructures scolaires. La réduction des écarts entre les milieux urbain et rural constitue également un axe du programme, de même que le renforcement de la gouvernance des établissements et la revalorisation de l’école publique.

L’UC veut parallèlement rapprocher davantage le système de formation des besoins de l’économie et du marché du travail. Le parti mise ainsi sur une meilleure orientation scolaire et professionnelle, l’adaptation des filières et le développement de la formation professionnelle et de l’apprentissage tout au long de la vie. Dans l’enseignement supérieur, il propose d’actualiser les formations, de renforcer la recherche scientifique et les partenariats entre universités et entreprises, tout en développant l’innovation, les compétences numériques et l’intelligence artificielle. L’université est ainsi présentée comme un levier de développement économique, de production de connaissances et d’insertion professionnelle des jeunes.

FFD et Alliance de la gauche : l’éducation comme service public

Le Front des forces démocratiques (FFD) adopte une approche davantage axée sur l’égalité territoriale, l’alimentation scolaire et les résultats internationaux. Son programme participatif prévoit notamment de généraliser l’enseignement préscolaire à partir de trois ans, de généraliser l’alimentation et la médecine scolaires et de viser une présence du Maroc parmi les 50 meilleurs pays des classements PISA et TIMSS.

L’Alliance de la gauche, créée par le PSU et la Fédération de la gauche démocratique, inscrit quant à elle l’éducation dans un projet plus explicitement orienté vers les services publics et la justice sociale. Sa charte défend le droit de tous à une éducation publique gratuite, moderne et de qualité et fait de la recherche scientifique un levier de développement et de souveraineté des connaissances.

Lire aussi : Législatives 2026 : santé, les réponses des partis face aux défis de l’accès aux soins

Quatre visions distinctes se dégagent pour l’éducation

Au-delà des slogans, quatre grandes orientations se dessinent.

La première est celle de la continuité et de la consolidation de l’école publique. Le RNI entend prolonger la réforme engagée, notamment à travers le préscolaire, les écoles pionnières, le soutien scolaire et l’extension des infrastructures universitaires.

La deuxième est une approche opérationnelle et territoriale, particulièrement lisible dans le programme du PAM, qui descend jusqu’aux modalités concrètes de la vie scolaire : horaires, lecture, sport, transport, restauration, dépistage médical et organisation de l’enseignement supérieur.

La troisième correspond à une réorientation du modèle scolaire, portée par le PJD. La suppression de la distinction entre écoles pionnières et autres établissements, la primauté accordée à l’arabe et la modification des règles d’accès aux concours enseignants en constituent les marqueurs les plus nets.

La quatrième privilégie la massification des moyens et une intervention renforcée de l’État, avec le PPS comme illustration la plus chiffrée à travers des recrutements annuels, de nouvelles salles de classe, l’enseignement de l’amazighe et le financement accru de la recherche.

Au fond, le principal enseignement de ce comparatif n’est pas qu’une majorité de partis considèrent l’éducation comme une priorité, ce qui est devenu quasiment incontournable dans le discours politique marocain. Il réside dans l’écart entre vision politique, promesse quantifiée, financement et mécanisme d’exécution.

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