Législatives 2026 : combien coûte réellement une campagne électorale au Maroc ?

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Législatives 2026 : combien coûte réellement une campagne électorale au Maroc ?Photo d'illustration © DR

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À l’approche des élections législatives du 23 septembre, le financement des campagnes est encadré par de nouvelles règles. Le plafond individuel des dépenses passe à 600.000 dirhams, tandis que l’État prévoit 400 millions de dirhams pour les partis et une enveloppe distincte de 50 millions destinée aux candidats de 35 ans au plus. Mais ces montants ne constituent ni le « prix » d’une candidature ni le coût total du scrutin. Les comptes contrôlés après les élections de 2021, à titre d’exemple, montrent au contraire des dépenses déclarées très inférieures au plafond légal. Décryptage.

Combien faut-il débourser pour faire campagne au Maroc ? À quelques jours de l’ouverture de la campagne officielle pour les législatives du 23 septembre 2026, la question prend une nouvelle dimension. Le cadre réglementaire a été révisé et plusieurs dispositifs financiers ont été renforcés. Le plafond des dépenses électorales autorisées pour un candidat aux élections législatives a ainsi été relevé de 500.000 à 600.000 dirhams. Le gouvernement justifie cette augmentation par l’évolution du niveau des dépenses engagées lors des campagnes électorales. Le nouveau plafond est fixé par le décret n°2.26.279, publié au Bulletin officiel le 23 avril 2026.

Ce chiffre de 600.000 dirhams doit toutefois être manié avec précaution. Il constitue un plafond légal, et non un budget moyen ou obligatoire. Un candidat peut dépenser nettement moins et mener une campagne principalement fondée sur le réseau militant de son parti, son implantation locale et le travail de terrain. À l’inverse, une campagne ambitieuse peut mobiliser des moyens importants en matière d’impression, d’affichage, de déplacements, de réunions, de production audiovisuelle et de communication numérique, jusqu’à atteindre le plafond autorisé. Les dépenses déclarées dépendent donc fortement de la circonscription, de la structure du parti, de la notoriété du candidat et de l’organisation de son équipe.

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600.000 DH : un plafond, pas un « prix de campagne »

Le décret de 2026 conserve une logique d’encadrement des dépenses qui existait déjà dans le dispositif précédent. Les dépenses considérées comme électorales couvrent notamment l’impression des documents de campagne, leur affichage et leur distribution, l’organisation des réunions électorales ainsi que les dépenses liées à l’acquisition de matériel de propagande. Le nouveau texte intègre également explicitement les moyens numériques dans le dispositif réglementaire.

Cette dernière évolution constitue l’un des changements importants du scrutin de 2026. Les réseaux sociaux, les plateformes électroniques, les outils d’intelligence artificielle et les autres moyens numériques utilisés dans le cadre de la campagne entrent désormais dans le périmètre réglementaire. Le décret n°2.26.279 fixe pour ces dépenses un plafond correspondant à un tiers des dépenses électorales de la campagne pour chaque candidat, avec des plafonds spécifiques au niveau des listes (800.000 dirhams pour une liste locale et 1,5 million de dirhams pour une liste régionale).

Ce changement traduit une évolution des pratiques électorales. La campagne n’est plus limitée aux affiches, réunions et déplacements. Une partie croissante de la bataille se joue également sur Facebook, Instagram, TikTok, YouTube ou d’autres plateformes, via des vidéos, des publications sponsorisées, des visuels, des contenus produits par des équipes spécialisées et, désormais, des outils d’intelligence artificielle. Le législateur cherche donc à faire entrer ces nouvelles formes de communication dans le champ du contrôle financier.

La réalité des comptes : des dépenses très inférieures au plafond

Pour mesurer ce qu’une campagne coûte réellement, la référence la plus solide reste encore le dernier scrutin législatif ayant fait l’objet d’un contrôle complet de la Cour des comptes. Pour les élections législatives du 8 septembre 2021, les mandataires des listes de candidature ont déclaré 205,52 millions de dirhams de dépenses électorales. La dépense moyenne déclarée s’est établie à 34.668,75 dirhams par candidat, soit environ 7% du plafond de 500.000 dirhams qui était alors en vigueur.

Cette moyenne permet de relativiser fortement le chiffre de 600.000 dirhams. Elle ne signifie pas qu’une campagne législative coûte en moyenne 34.669 dirhams aujourd’hui, et encore moins qu’elle ne peut coûter davantage. Il s’agit d’une moyenne calculée à partir des dépenses déclarées et contrôlées pour le scrutin de 2021. Les pratiques ont depuis évolué et le gouvernement lui-même affirme que le niveau des dépenses électorales justifie une actualisation du plafond.

Les données de la Cour montrent en outre l’importance du financement apporté directement aux candidats. Pour le scrutin de 2021, les ressources déclarées par les mandataires des listes s’élevaient à 209,85 millions de dirhams pour les élections législatives. Ces ressources provenaient pour l’essentiel de fonds propres, complétés par les contributions de certains partis. Les dépenses correspondantes atteignaient 205,52 millions de dirhams.

L’impression et l’affichage restent des postes majeurs

Les comptes des partis pour les élections législatives de 2021 fournissent également des indications sur la structure des dépenses. Les formations politiques avaient déclaré 175,92 millions de dirhams de dépenses au titre de la campagne pour la Chambre des représentants. Parmi les principaux postes figuraient le soutien financier versé aux mandataires des listes, pour 74,38 millions de dirhams, soit 42% des dépenses, l’impression et l’affichage, pour 54,13 millions de dirhams, soit 31%, ainsi que la publicité et la communication, pour 18,39 millions de dirhams, soit 10%.

Ces données sont particulièrement éclairantes. Elles montrent que l’économie d’une campagne électorale repose traditionnellement sur une combinaison de dépenses de terrain et de communication. L’affichage reste coûteux, tout comme l’impression de documents destinés à être distribués aux électeurs. À cela s’ajoutent l’organisation de réunions, les déplacements et l’ensemble des prestations nécessaires au fonctionnement d’une campagne.

Il faut cependant éviter de transformer cette ventilation de 2021 en budget-type pour 2026. Les dépenses numériques prennent aujourd’hui une place plus importante et le cadre juridique a précisément évolué pour les intégrer. Le coût d’une campagne dépend également de la superficie de la circonscription et de la densité de la population à couvrir. Une candidature nécessitant de parcourir quotidiennement un territoire vaste n’aura évidemment pas les mêmes besoins logistiques qu’une candidature concentrée dans un périmètre urbain plus restreint.

À côté des candidats, l’État finance les partis

L’autre chiffre important du scrutin de 2026 est celui du financement public des formations politiques. Une décision datée du 4 juin 2026 et publiée au Bulletin officiel fixe à 400 millions de dirhams le montant global de la contribution de l’État au financement des campagnes électorales menées par les partis participant aux élections législatives du 23 septembre. Une enveloppe supplémentaire de 50 millions de dirhams est destinée aux listes présentées par des candidates et candidats âgés de 35 ans au plus, sous réserve du respect des conditions prévues par les textes.

Le financement public destiné aux partis connaît ainsi une progression substantielle par rapport au scrutin de 2021. À cette époque, l’enveloppe correspondante était de 160 millions de dirhams. Le montant prévu pour les législatives de 2026 atteint donc 400 millions, soit une augmentation de 240 millions de dirhams, ou 150%.

Les 400 millions de dirhams ne constituent néanmoins pas une somme versée directement et uniformément aux candidats. Il s’agit d’une contribution publique destinée aux partis politiques participant au scrutin, selon un mécanisme de répartition défini par la réglementation. Le gouvernement a justement adopté en avril 2026 les décrets n°2.26.300 et n°2.26.301, qui révisent respectivement les règles de participation de l’État au financement des campagnes et les modalités d’utilisation et de justification de cette contribution.

Autrement dit, trois niveaux doivent être distingués : l’argent public versé aux partis, les éventuelles contributions des formations à leurs candidats et les dépenses engagées par ces derniers dans le cadre de leurs campagnes.

Un dispositif spécifique pour les moins de 35 ans

Le scrutin de 2026 introduit par ailleurs un mécanisme destiné à réduire la barrière financière à l’entrée en politique pour les jeunes. Le décret n°2.26.311 prévoit un soutien financier public en faveur des listes de candidature présentées par des candidats âgés de 35 ans au plus. Le dispositif peut couvrir jusqu’à 75% du montant maximal autorisé des dépenses électorales ainsi que 75% des dépenses effectivement engagées et validées, dans les limites et selon les conditions prévues par le texte.

Cette aide n’est donc pas un remboursement automatique de n’importe quelle dépense. Elle est conditionnée à des obligations de traçabilité et de justification. Les bénéficiaires doivent notamment disposer d’un compte bancaire dédié à la liste et établir un compte de campagne soumis aux exigences prévues par la réglementation.

L’objectif politique affiché est de favoriser le renouvellement générationnel de la représentation parlementaire. Pour un jeune candidat, le financement public peut ainsi modifier significativement le rapport entre les ressources personnelles nécessaires et les dépenses engagées. Là encore, toutefois, il serait excessif d’affirmer que tout candidat de moins de 35 ans bénéficie automatiquement d’une prise en charge de 75% de son budget. Le versement dépend du respect des conditions légales, des dépenses reconnues comme éligibles et des règles de justification.

Le financement public ne supprime pas le problème du coût

La question du coût d’une campagne ne se résume donc pas à la recherche d’un chiffre unique. Deux candidats pouvant se présenter dans des circonscriptions comparables peuvent mobiliser des moyens très différents. L’un peut disposer d’un important réseau militant, d’un local fourni par sa formation et d’une forte implantation personnelle. L’autre peut devoir financer davantage de communication, de déplacements et de prestations extérieures.

Le contexte partisan joue également un rôle. La Cour des comptes avait relevé, pour 2021, que certains partis avaient apporté un soutien financier important à leurs mandataires tandis que d’autres n’en avaient pas accordé. Cinq formations citées dans le rapport (le PAM, le PND, le PML, le PCS et le Parti de l’action) n’avaient ainsi pas accordé de soutien financier à leurs mandataires de listes pour contribuer au financement de leurs campagnes.

Pour les candidats, la différence peut être considérable. Le coût apparent d’une campagne dépend donc aussi de ce que le candidat fournit lui-même, de ce que le parti prend en charge et de ce qui repose sur des prestataires extérieurs.

Lire aussi : Législatives 2026

Des comptes soumis au contrôle de la Cour des comptes

Cette architecture financière repose enfin sur une obligation centrale, à savoir la traçabilité. La loi organique relative à la Chambre des représentants impose à chaque mandataire de liste ou candidat d’établir un compte de campagne comprenant le détail des sources de financement et des dépenses, accompagné des justificatifs correspondants. Le compte doit être transmis à la Cour des comptes dans un délai de 60 jours à compter de la proclamation des résultats.

L’expérience de 2021 montre toutefois que le contrôle ne se réduit pas à la vérification du montant total des dépenses. La Cour a relevé des insuffisances dans les pièces justificatives. Pour la Chambre des représentants, 200,59 millions de dirhams de dépenses, sur les 205,52 millions déclarés, n’avaient fait l’objet d’aucune observation sur ce point, soit 98%. En revanche, des dépenses représentant 4,93 millions de dirhams avaient soulevé des insuffisances liées notamment à l’absence de justificatifs requis ou au caractère incomplet des pièces produites.

À l’échelle de l’ensemble des scrutins de 2021, la Cour avait par ailleurs constaté que 4.545 mandataires de listes et candidats sur 5.146 avaient déposé leurs comptes, soit 88%. Mais 42% des comptes déposés l’avaient été hors du délai légal, tandis que 601 mandataires de listes et candidats n’avaient pas respecté l’obligation de dépôt.

Les chiffres dont disposent les pouvoirs publics sont donc ceux des dépenses déclarées et contrôlées. Ils permettent de mesurer l’argent officiellement retracé dans les campagnes, mais ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer avec certitude le coût économique complet d’une compétition électorale.

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