Élections 2026 : TikTok et Instagram vont-ils bouleverser la campagne ?
Réseaux sociaux © Depositphotos
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Il fut un temps où une campagne électorale se mesurait à la taille d’un meeting, au nombre de tracts distribués ou à l’animation d’une caravane sillonnant les quartiers et les villages. Désormais, une autre bataille se joue sur les écrans des smartphones. Facebook, Instagram, TikTok et les autres plateformes numériques sont devenus des espaces incontournables pour les formations politiques marocaines.
Cette évolution ne constitue pas uniquement un changement de support. Elle modifie également la manière dont les partis s’adressent aux citoyens, construisent leur image et tentent d’influencer les intentions de vote. Le discours politique se veut plus court, plus visuel et davantage adapté aux habitudes de consommation des contenus numériques.
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La transformation s’est accélérée à partir de 2021, année marquée par les restrictions sanitaires liées à la pandémie. Privées de la possibilité d’organiser leurs traditionnels rassemblements dans les mêmes conditions, les formations politiques ont été contraintes d’investir davantage l’espace numérique. Une dynamique qui, loin de disparaître avec la fin des restrictions, s’est durablement installée dans les pratiques électorales.
2021, le tournant qui a accéléré la mutation
Le scrutin législatif de septembre 2021 constitue un moment important dans cette transformation. Les contraintes imposées par la crise sanitaire ont obligé les partis à repenser leurs méthodes de communication et à renforcer leur présence sur Internet.
Les réseaux sociaux ont alors permis de maintenir un contact avec les électeurs malgré la limitation des rassemblements. Mais ils ont également ouvert la voie à une nouvelle professionnalisation des campagnes. Communication digitale, production vidéo, gestion des communautés en ligne et publicité ciblée sont progressivement devenues des composantes à part entière du travail politique.
Le succès du Rassemblement national des indépendants (RNI) lors de ces élections a notamment été associé à une campagne numérique particulièrement visible et structurée. À l’inverse, le recul spectaculaire du Parti de la justice et du développement (PJD), qui avait remporté le précédent scrutin, a nourri les réflexions sur l’évolution des méthodes de communication politique.
Il serait toutefois réducteur d’expliquer les résultats électoraux uniquement par la présence numérique des partis. Les performances électorales résultent d’une combinaison de facteurs politiques, économiques, sociaux et territoriaux. Mais une chose s’est imposée : la maîtrise des réseaux sociaux est devenue un élément important de la compétition politique.
Les circonscriptions de la mort ou le grand théâtre de l’égo politique
Des meetings aux vidéos de quelques secondes
Depuis, les partis ont adapté leurs contenus aux nouveaux usages. Les longs discours et les communiqués institutionnels ne suffisent plus à capter l’attention d’un public habitué à faire défiler rapidement les contenus sur son téléphone.
Les vidéos verticales, les reels et les formats courts occupent ainsi une place grandissante. Instagram et TikTok permettent notamment de toucher un public plus jeune grâce à des contenus conçus pour être consommés rapidement.
Cette évolution entraîne aussi une transformation du langage politique. Les candidats cherchent davantage à apparaître accessibles, spontanés et proches du quotidien des citoyens. Certains reprennent les codes de la culture numérique : musique populaire, humour, montage dynamique, mise en scène du quotidien ou réponses rapides aux questions des internautes.
L’objectif est de rompre avec l’image traditionnelle d’une politique jugée parfois trop institutionnelle ou distante.
Cette stratégie comporte néanmoins une limite. La nécessité de transmettre un message en quelques secondes peut conduire à simplifier des propositions complexes. Les programmes électoraux, souvent constitués de mesures économiques, sociales et institutionnelles détaillées, doivent alors être transformés en messages facilement mémorisables.
@partirniعبد الصمد عندو الموهبة فإصلاح الآلات والهواتف، والقدرة والخبرة باش يدير مشروعو الخاص، ولكن الإمكانيات المادية مازال ما كتسمحش ليه يجمع رأس المال اللي محتاج. بفضل درع الادخار اللي كيقترح « برنامج الأحرار »، غيمكن لعبد الصمد إنشاء حساب للادخار، مبسط ومدعوم من الدولة، كيشجع على بناء احتياط مالي لمواجهة الطوارئ والاستعداد للمستقبل. #برنامج_الأحرار #كرامة_وفرص_للجميع♬ original sound – حزب التجمع الوطني للأحرار
@pam_officiel1تصورنا شامل للمواطنين فأجلموس وجميع مناطق المملكة، وغنشرحوا ليهم بوضوح الإشكاليات والحلول ديال الخمس سنوات الجاية.♬ son original – pam_officiel
@pjdmarocكلمة الأخ الأمين العام للحزب ذ. عبد الإله ابن كيران خلال اللقاء التواصلي مع ساكنة بني تجيت♬ original sound – pjd
La publicité ciblée au cœur de la bataille
La révolution numérique ne concerne pas seulement les contenus publiés gratuitement. Elle repose également sur le développement de la publicité ciblée.
Les outils mis à disposition par les grandes plateformes permettent aux annonceurs de définir précisément les publics auxquels leurs messages seront présentés. Dans le domaine politique, cette capacité de segmentation change profondément les méthodes de campagne.
Un message consacré à l’emploi peut ainsi être conçu pour toucher prioritairement une catégorie de jeunes internautes, tandis qu’une communication consacrée à l’agriculture peut être orientée vers des publics spécifiques dans les régions concernées.
La communication politique devient donc de plus en plus personnalisée. Au lieu d’adresser exactement le même message à l’ensemble de la population, les partis peuvent adapter leurs contenus aux préoccupations supposées de différents groupes d’électeurs.
La bibliothèque publicitaire de Meta constitue à cet égard un outil de transparence permettant de consulter les annonces diffusées sur ses plateformes et certaines informations relatives à leur financement. Elle offre ainsi un aperçu de l’ampleur prise par la publicité politique numérique.
Mais cette nouvelle puissance soulève une interrogation fondamentale : jusqu’où peut aller le ciblage électoral sans porter atteinte à la transparence du débat démocratique ?
Fake news, bots et intelligence artificielle : les nouveaux risques
L’essor des réseaux sociaux a également fait apparaître de nouvelles vulnérabilités. Une information trompeuse peut aujourd’hui circuler beaucoup plus rapidement qu’un démenti. Les campagnes de désinformation, les faux comptes, les publications coordonnées ou les contenus manipulés peuvent contribuer à brouiller la perception de l’opinion publique.
L’arrivée de l’intelligence artificielle générative accentue encore ce phénomène. La production de textes, d’images, de sons ou de vidéos falsifiés devient plus accessible. Les deepfakes peuvent notamment donner l’apparence qu’une personnalité politique a tenu des propos qu’elle n’a jamais prononcés.
Dans un contexte électoral, les conséquences peuvent être particulièrement importantes. Une vidéo manipulée diffusée à quelques jours du scrutin peut provoquer une polémique avant même que son authenticité soit vérifiée.
La question n’est donc plus seulement celle de la visibilité des partis sur Internet, mais également celle de l’intégrité de l’information proposée aux électeurs.
Vers un encadrement renforcé des campagnes numériques
Face à ces évolutions, l’encadrement juridique de la communication électorale doit lui aussi s’adapter. Les règles conçues à l’époque où la propagande reposait principalement sur les affiches, les réunions publiques et les médias traditionnels ne répondent pas nécessairement à toutes les problématiques posées par les plateformes numériques.
Les discussions engagées autour du renforcement de l’encadrement des activités électorales témoignent de cette volonté de mieux contrôler les nouvelles pratiques. L’enjeu porte notamment sur la transparence des financements, la publicité politique et l’utilisation de contenus susceptibles d’induire les électeurs en erreur.
L’intelligence artificielle constitue désormais un nouveau terrain de vigilance. La fabrication de faux sondages, la manipulation de contenus audiovisuels ou la diffusion de fausses informations destinées à influencer les électeurs représentent autant de défis pour les autorités.
Cette évolution réglementaire traduit une volonté de préserver un minimum d’équilibre dans un espace numérique où la vitesse de diffusion peut parfois dépasser largement la capacité de vérification.
Casablanca-Anfa : une circonscription électorale sous haute tension
La jeunesse au centre de toutes les stratégies
Derrière cette transformation se trouve surtout une bataille pour l’attention des jeunes. Les partis politiques cherchent à atteindre une génération dont les habitudes médiatiques diffèrent sensiblement de celles des générations précédentes.
Pour une partie de cette population, l’information politique ne passe plus nécessairement par les journaux télévisés ou les réunions publiques. Elle peut apparaître entre deux vidéos de divertissement sur TikTok, dans une story Instagram ou à travers une publication partagée par un créateur de contenu.
Cette réalité pousse les formations politiques à recruter de nouveaux profils : community managers, vidéastes, graphistes, spécialistes de la communication digitale ou encore créateurs de contenu.
La campagne électorale devient ainsi une activité qui exige des compétences dépassant largement la politique traditionnelle. Savoir formuler une proposition ne suffit plus. Il faut également savoir la transformer en contenu susceptible d’être vu, partagé et commenté.
Un nouvel équilibre à trouver
Le numérique offre incontestablement aux partis politiques des possibilités inédites. Il facilite la diffusion des programmes, permet un contact direct avec les électeurs et donne aux candidats la possibilité de contourner certains intermédiaires traditionnels.
Mais cette démocratisation apparente de la communication comporte aussi des risques. La course à la visibilité peut favoriser les contenus les plus polémiques au détriment des propositions de fond. Le ciblage peut fragmenter le débat public et la désinformation peut fragiliser la confiance dans le processus électoral.
Le défi pour la politique marocaine consiste donc désormais à trouver un équilibre entre innovation et régulation. Les réseaux sociaux sont devenus incontournables et il serait difficile d’imaginer une campagne électorale moderne sans eux. Mais leur puissance impose aussi davantage de transparence et de responsabilité.
Depuis 2021, la transformation est devenue irréversible. La politique marocaine ne se joue plus uniquement dans les salles de réunion, les marchés ou les meetings. Elle se déroule également dans les fils d’actualité, les stories et les vidéos courtes. La prochaine étape sera de déterminer jusqu’où cette révolution numérique peut aller sans que la recherche de visibilité ne prenne le pas sur la qualité du débat démocratique.
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