C’est la guerre ! Le Rubicon est franchi… Samedi, des frappes conjointes américano-israéliennes ont frappé au cœur de l’Iran : infrastructures militaires, sites de commandement, etc. L’ayatollah, guide de la révolution islamique depuis 1989, figure tutélaire d’un système que l’on croyait inébranlable, a péri dans les bombardements. 37 ans de pouvoir absolu, effacés en une nuit. Avec lui, c’est toute une époque qui s’effondre – et une autre, infiniment plus imprévisible, qui s’ouvre.
La riposte iranienne n’a pas tardé. Depuis samedi, vagues de missiles balistiques, essaims de drones, cieux embrasés d’Israël jusqu’au Golfe. Les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït, le Sultanat d’Oman… Aucun pays abritant des bases militaires américaines n’a été épargné. Téhéran a promis de poursuivre ses opérations jusqu’à la « défaite décisive » des États-Unis et de leurs alliés.
Les missiles balistiques traversent les cieux en quelques minutes. Les systèmes de défense décident en quelques secondes. Les dirigeants agissent sous des délais comprimés, avec des renseignements incomplets et des vies à épargner. Plus de 555 personnes ont déjà péri dans cette nouvelle guerre. L’histoire enseigne que lorsque des sites de commandement sont frappés, lorsque la tête du pouvoir est éliminée, lorsque des missiles obscurcissent plusieurs cieux simultanément, les conflits ne se referment pas d’eux-mêmes. Ils s’élargissent.
Le transport aérien s’est effondré. Le trafic maritime perturbé. La guerre ne distingue plus le militaire du civil – si tant est qu’elle l’ait jamais fait. La Jordanie, le Liban et l’Irak ont aussi été touchés. La région risque de s’embraser. Ce que l’on vit n’est pas une escalade de plus dans le cycle familier des tensions dans la région. C’est un saut vers l’inconnu. Peut-être irréversible. Le Maroc, lui, n’est pas directement impliqué dans cette guerre qui se passe à des milliers de kilomètres de son territoire. Pour autant, le Royaume a pris position à sa façon.
Rabat entretient des relations normalisées avec Israël depuis les accords d’Abraham, un partenariat stratégique avec Washington et une méfiance historique à l’égard de Téhéran qui ne doit rien au hasard. Depuis 1979, le régime des ayatollahs a affiché son hostilité au Royaume et cherché à le fragiliser, à travers de multiples ingérences et surtout dans le dossier du Sahara.
Mais là où le calcul achoppe à une partie de l’opinion publique, c’est dans l’asymétrie du traitement. Quand les missiles iraniens ont ciblé des bases américaines sur sol arabe, Rabat a exprimé sa solidarité avec les pays du Golfe. Quand les frappes américano-israéliennes ont visé l’Iran ? Silence. Cette géométrie variable est lisible. Difficile de demander aux autorités marocaines de s’émouvoir publiquement de la mort d’un guide qui avait fait de l’inimitié envers Rabat une constante de sa politique étrangère. Dans la même lignée, des rassemblements de solidarité avec l’Iran ont été interdits à Rabat et Tanger.
A vrai dire, à l’intérieur du Royaume, le tableau n’est pas monolithique. Le PJD a dénoncé l’agression américano-israélienne – par cohérence idéologique, non par sympathie pour Téhéran, dont il rejette l’expansionnisme chiite et les ingérences confessionnelles. Le parti de la lampe a aussi rejeté la riposte iranienne visant les pays du Golfe. Idem pour le PPS. D’autres courants politiques estiment que ce conflit ne regarde pas le Maroc. Notre pays n’est finalement pas indifférent. Il est traversé, comme toute société qui n’a pas encore décidé ce qu’elle pense d’une guerre qui la dépasse et la concerne à la fois…
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