Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 17/07/26 à 12:47
Temps de lecture

Tous complices ?

A A A A A

Si le job de caméraman de lynchage existait, on n’aurait plus aucun chômeur au Maroc !

Le recrutement serait très simple. Aucun diplôme requis, il suffit d’avoir un smartphone chargé, une bonne connexion et surtout un sens aigu des priorités. Ah bin oui, il faut filmer d’abord et réfléchir ensuite !

C’est aberrant ! Dès qu’une personne est frappée, insultée, traquée… vous voyez une dizaine de téléphones se lever instantanément. On ne sait plus si les gens assistent à une agression ou à une avant-première.

Cette semaine encore, une vidéo d’une violence insoutenable a envahi les réseaux sociaux. Peu importe la raison de cette violence, il y a une loi divine et une loi d’Etat. Ce n’est pas à nous, simple citoyen de lyncher les gens car « nous avons jugés que ce qu’ils font est mal ! »

Lyncher quelqu’un en public et l’humilier à coups de shorts… je n’ai même pas les mots. Sachez qu’en le filmant et en l’exposant, le « mal » a changé de camp. C’est vous qui êtes à présent dans l’illégalité divine ET étatique.

Alors comme d’habitude, les commentaires se sont multipliés. Il y a ceux qui trouvent ça honteux, et ceux qui donnent raison aux bourreaux (oui parce qu’ils étaient plusieurs contre une seule personne). Puis tout le monde est passé à la vidéo suivante.

Mais c’est fou quand même ce sens des priorités. Pour appeler la police, personne ne trouve son téléphone. En revanche, pour ouvrir TikTok, Instagram, Facebook ou Snapchat, les doigts deviennent soudainement d’une agilité olympique.

On dit souvent que les réseaux sociaux ne sont qu’un miroir de la société. Non, c’est faux. Un miroir ne vous encourage pas à rester regarder quelqu’un se faire humilier, un algorithme, si !

La violence a changé de métier. Avant, elle cherchait à faire peur, aujourd’hui, elle cherche un public. Une gifle sans vidéo est presque une gifle ratée, une humiliation sans audience, quel gâchis !

Et nous, confortablement installés derrière nos écrans, nous jouons les jurés populaires. On visionne, on juge, on partage. Il faudra qu’on m’explique à quel moment porter secours à une personne en danger est devenu moins instinctif que filmer.

On accuse souvent les réseaux sociaux de fabriquer des monstres. Ils n’ont rien fabriqué du tout. Ils ont simplement offert une scène et un compteur de vues. Le reste, c’est nous. Et comme d’habitude on détourne le progrès à mauvais escient.

pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire