On parle, on parle, mais inconsciemment on décrit sa vie à travers ses mAUX. Il y a une phrase qui m’a glacée le sang. « On s’y est habitués ». Ces trois mots racontent mieux l’état du marché du travail au Maroc que tous les rapports !
S’habituer à être insulté par son responsable. S’habituer à travailler sous une chaleur étouffante sans avoir le droit de souffler cinq minutes. S’habituer à cacher son diplôme parce qu’il ne sert plus à rien. S’habituer à voir ses heures supplémentaires disparaître. S’habituer à rentrer chez soi épuisé pour un salaire qui ne permet même pas de finir le mois. O zid o zid !
Voilà où nous en sommes. Et dire qu’à eux aussi, leurs parents ont dit « Etudiez, décrochez un diplôme et vous aurez une vie meilleure ». Voiiilà, ils ont étudié, ils ont décroché leurs diplômes.
Et aujourd’hui, beaucoup découvrent que le diplôme ne protège plus de la précarité, il protège encore moins de l’humiliation.
Les vidéos s’enchaînent et on constate avec effroi que certains gagnent 3.600 dirhams pour des semaines interminables de 82 heures. Mais dans quel monde on vit ?! Le plus délirant, c’est que tout cela finit par devenir normal.
Et après, on s’étonne que les jeunes rêvent d’ailleurs.
On leur reproche de vouloir partir, de changer d’entreprise tous les six mois, de manquer de patience. Mais de quelle patience on parle ? Celle d’accepter l’inacceptable ? Celle de travailler comme si leur vie ne valait que quelques milliers de dirhams par mois ?
Près de quatre jeunes sur dix sont au chômage. Parmi ceux qui travaillent, plus d’un million sont en situation de sous-emploi. Et combien d’autres ont un emploi… sans pouvoir vivre dignement de leur salaire ? Tu m’étonnes qu’ils aient peur de perdre leur emploi !
On a fini par croire qu’avoir un travail suffisait. Non. Ou alors on se mentait. Avoir un emploi qui vous maintient dans la pauvreté n’est pas une victoire.
Cette génération ne rêve plus de construire ici, mais de partir.
Ils demandent qu’on les traite comme des salariés, pas comme des pièces interchangeables.
Est-ce vraiment trop demander ?
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Cette génération ne rêve plus de construire ici , mais de partir.
Et pourtant cette génération ne rate aucun festival, aucun match de football, aucune occasion de s’éclater et se contente de rêver, d’attendre que la providence lui tombe du ciel.
Et faute de construire ou de se construire… elle décide de partir,mais partir où
Comme si de l’autre côté les gens les attendent à bras ouverts.
Au lieu de se battre ici (pas avec des armes) insister,exiger ses droits à la vie,eh non on abandonne laissant le terrain libre aux responsables de leurs malheur.
Ce qui arrive à cette génération et aux générations montantes n’est que le fruit de ceux qui occupent des postes clés sans avoir été à l’école ou qui se sont débrouillés des diplômes frauduleux.