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Hafid El Jaï Publié le 02/11/26 à 11:05
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Le défi

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« Le défi ». Ce titre retenu par le défunt Souverain pour son livre publié au printemps 1976, quelques mois après la Marche verte, résume bien les derniers développements enregistrés ces derniers jours dans le dossier du Sahara. Le Maroc s’est lancé le défi de clore définitivement ce dossier avec ou sans l’ONU…

Mercredi, le ministre marocain des Affaires étrangères se trouvait à Moscou, face à son homologue russe, en marge du troisième sommet Russie-Afrique. Le lendemain, l’avion du chef de la diplomatie russe, en route vers Atlanta pour le G20 des MAE, faisait une escale de plus de deux heures à Casablanca. Il y repassera dimanche, au retour. Aucune rencontre avec des responsables marocains n’a été officiellement confirmée. Vendredi, à New York, le Conseil de sécurité se séparait sans avoir trouvé d’issue pour la MINURSO. Le projet américain s’est heurté au veto russe. Celui présenté par Moscou a subi un rejet américain et n’a pas obtenu les neuf voix requises. Une première depuis 1991.

Le représentant américain a dénoncé l’inacceptabilité d’un statu quo vieux de 50 ans. Son homologue russe a, lui, présenté son vote comme un acte salutaire. A minuit samedi, le mandat arrivait à expiration. La dernière version du projet américain prévoyait un changement de dénomination pour la MINURSO en enlevant le « R » de référendum et la consécration du plan d’autonomie marocain comme base unique de règlement du conflit. Il a été soutenu par 11 pays membres du CS. Trois pays se sont abstenus et la Russie a opposé son veto.

Que cherchait Moscou dans cette séquence ? Adresser un signal de complaisance à Alger, sans doute. Mais surtout tenter d’enrayer une évolution diplomatique qui, depuis plusieurs années, semble progressivement tourner à l’avantage du Maroc sur la question du Sahara. L’opération a produit l’effet inverse. En bloquant le projet américain sans parvenir à faire adopter le sien, la Russie a surtout mis en évidence l’essoufflement d’une stratégie qui ne progresse plus par conviction, mais par obstruction. Le veto est parfois l’ultime recours de ceux qui ne parviennent plus à faire prévaloir leurs arguments.

Le pays des tsars a certes entravé la démarche état-unisienne, mais sans offrir la moindre perspective nouvelle. Le texte de Moscou se contentait lui de reconduire, pour 12 mois, un dispositif dont l’inefficacité est devenue difficile à contester. Reconduire quoi, au juste ? Un mécanisme installé en 1991, censé ouvrir la voie à un référendum qui n’a jamais vu le jour. Le communiqué du Cabinet royal, publié dans la soirée, à la veille de la fête de l’Unité dont le premier anniversaire était célébré samedi est incisif. Alors que l’on pensait que le véto russe était une catastrophe, le communiqué inscrit l’épisode dans une lecture politique plus large : celle d’une étape significative vers le règlement du dossier et de la clôture d’une séquence vieille de 35 ans. Il présente la MINURSO comme l’héritage d’un contexte désormais dépassé, une mission qui, au fil du temps, aurait davantage contribué à l’internationalisation du différend qu’à son règlement.

Samedi, sur la deuxième chaîne, le ministre des Affaires étrangères a levé une partie du voile sur la position marocaine. Rabat, a-t-il expliqué, n’a pas été surpris par le comportement russe et n’a entrepris aucune démarche pour dissuader Moscou d’exercer son droit de veto contre le projet américain. Le choix était, selon lui, relativement simple. Soit édulcorer le texte jusqu’à le priver de sa substance, dans l’espoir de neutraliser le veto russe (cela revient à prolonger une logique de gestion qui a prévalu pendant cinq décennies). Soit maintenir le fond du projet et assumer une rupture avec les règles d’un jeu diplomatique devenu stérile. C’est cette seconde option que le Roi avait résumé par le passage de la gestion au changement (discours royal au Parlement le 11 octobre 2024).

Dans cette perspective, le veto russe n’aurait donc pas constitué une menace, mais une occasion de mettre un terme à une situation que Rabat jugeait depuis longtemps intenable. Une manière de solder les comptes avec les ambiguïtés d’un processus qui, sous couvert de préserver les chances d’un règlement, a fini par entretenir son immobilisme. La mission elle-même posait problème. Son appellation demeurait attachée à un référendum qui n’a jamais et ne peut être organisé. Mais derrière cette référence originelle, que reste-t-il réellement de sa raison d’être ? Depuis deux décennies, les difficultés de la MINURSO à remplir son mandat initial sont manifestes. Les rapports successifs, y compris les exposés de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, en rendent compte à leur manière.

Depuis 2020 et la dénonciation du cessez-le-feu par le Polisario, son activité de surveillance s’est, de surcroît, trouvée considérablement réduite. 43 observateurs militaires, dont les déplacements à l’est du mur de défense étaient limités : tel était, selon le chef de la diplomatie, le dispositif opérationnel sur le terrain. Interrogé à ce sujet sur 2M, le chef de diplomatie a également tenu à rappeler un point essentiel : l’engagement du Maroc remonte à septembre 1991. Il relève d’un cadre politique et juridique qui ne saurait être réduit à la présence de quelques dizaines d’observateurs militaires. Autrement dit, la participation du Royaume au processus ne se confond pas avec le maintien indéfini d’une mission dont la finalité initiale s’est progressivement diluée.

Les conséquences de l’expiration du mandat débordent largement le sort administratif de la MINURSO. C’est tout un rendez-vous diplomatique qui disparaît. Avec lui s’effacent, pour l’heure, l’échéance annuelle de fin octobre, les rapports du SG et les briefings de l’envoyé personnel. Pendant des années, le dossier saharien revenait chaque automne selon un rituel désormais bien installé. Ce qui était devenu une sorte d’impôt diplomatique annuel devrait sortir de l’agenda du Conseil de sécurité qui s’est saisi de la question en 1988.

Sur le terrain, une autre séquence s’est ouverte dimanche : celle du retrait et de la liquidation du dispositif onusien. La MINURSO comptait entre 200 et 300 personnes, entre civils, observateurs militaires et officiers issus de plus de 35 pays. Ses effectifs étaient répartis sur neuf sites d’équipe, quatre à l’ouest du mur de défense et cinq à l’est. Une équipe réduite doit désormais organiser le rapatriement des équipements appartenant aux pays contributeurs et le traitement du matériel des Nations Unies. Le SG de l’ONU demande que cette opération soit conduite avec méthode, mais sans retard. Il n’a pas caché, par ailleurs, ses inquiétudes quant au risque d’escalade, appelant les parties à faire preuve de la plus grande retenue.

Cette préoccupation appelle néanmoins une clarification politique et sécuritaire. Le retrait des observateurs ne saurait créer un vide. L’armée marocaine continuera à assumer pleinement sa présence dans les zones relevant de la souveraineté du Royaume, y compris celles qualifiées de tampons dans le dispositif antérieur. Une zone dépourvue d’observateurs internationaux ne devient pas pour autant une zone sans maître. Elle devient, au contraire, un espace où la responsabilité de l’Etat s’exerce sans le dispositif de surveillance qui prévalait jusque-là. Le Cabinet royal a d’ailleurs réaffirmé l’attachement du Maroc au cessez-le-feu, dans le respect de son intégrité territoriale et de la quiétude de ses citoyens.

La question est désormais celle de l’après-MINURSO et, plus largement, de l’avenir du processus politique. Celui-ci se trouve suspendu, le communiqué royal imputant cette impasse aux tergiversations des autres parties.
Pour le Maroc, toute reprise sérieuse des discussions suppose désormais une base clairement définie : l’Initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine, présentée en 2007 et détaillée et mise à jour en 2025. Le cadre des Nations Unies demeure acceptable, à condition qu’il ne serve plus de prétexte à la perpétuation d’un processus sans horizon. A défaut, Rabat entend poursuivre son action sur d’autres terrains diplomatiques, fort du soutien de partenaires comme la France, les Etats-Unis et l’Espagne, tout en s’appuyant sur la transformation économique et sociale des provinces du Sud. Un chantier qui, lui, ne s’est jamais suspendu aux aléas des négociations. Le Cabinet royal rappelle, à cet égard, que plus des deux tiers des Etats membres des Nations Unies soutiennent le cadre proposé par le Maroc.

La prochaine échéance annoncée se situe à la 4e Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, chargée des questions de décolonisation. Cette commission devant laquelle le Maroc avait lui-même introduit le dossier du Sahara. En 1957, notre représentant intervenait déjà à la 4e Commission au sujet du Sahara et d’Ifni. Et en 1963, le territoire entre dans les travaux du C24 (Comité spécial de décolonisation). Le territoire était alors occupé par l’Espagne. Mais attention ! La 4e Commission est tout sauf une enceinte anodine. C’est l’une des commissions principales de l’Assemblée générale de l’ONU. N’oublions pas, soit dit en passant, que c’est l’AG qui a reconnu le Polisario comme représentant des Sahraouis. Sans perdre de vue le C24, ce Comité spécial de décolonisation qui compte le Sahara parmi les territoires non autonomes et qui examine sa situation annuellement. L’étape décisive consistera à persuader ces deux organes onusiens à reconnaître la portée des faits historiques ainsi que la pleine justice de la cause marocaine. Autant dire que le défi est grand. Ce n’est que par son unité que le Maroc le remportera.

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