Maroc – UE : vers une nouvelle approche de la coopération migratoire

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Maroc - UE : vers une nouvelle approche de la coopération migratoireDrapeaux du Maroc et de l'Union européenne © DR

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Évoqué lors du dernier discours royal au Parlement, le modèle de coopération migratoire entre le Maroc et l’Union européenne, longtemps centré sur le contrôle des frontières et la lutte contre l’immigration irrégulière, montre ses limites.

Les crises successives de migration illustrent les fragilités de cette approche. Pour Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat et chercheur en migration, l’enjeu consiste désormais à bâtir un partenariat plus équilibré, fondé sur le codéveloppement, la coopération économique et la responsabilité partagée.

Depuis le début des années 2000, plusieurs tentatives de franchissement des points de passage ont entraîné des pertes humaines. En septembre et octobre 2005, des migrants avaient trouvé la mort lors d’assauts à Sebta et Melilia. En mai 2021, des arrivées massives avaient également été enregistrées à Sebta. Le 24 juin 2022, une tentative de franchissement collectif à Melilia a également fait 23 morts et 217 blessés, parmi lesquels des migrants et des membres des forces de l’ordre.

Plus récemment, la crise des 30 et 31 juillet 2026 à Sebta, marquée par un afflux massif de personnes en l’espace de 48 heures, a de nouveau mis en évidence la complexité des dynamiques migratoires. Les causes précises de cet épisode restent toutefois à élucider.

Dans son analyse, Abdelkrim Belguendouz remet en question l’efficacité d’un dispositif reposant essentiellement sur la sécurisation des points de passage. « La répétition des crises migratoires montre que le contrôle sécuritaire, à lui seul, ne permet pas de répondre durablement aux dynamiques migratoires », résume-t-il à LeBrief. 

Cette approche demeure au cœur des politiques européennes, notamment à travers le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile. Pour le chercheur, l’accumulation des crises plaide pour une révision des fondements de la coopération entre les deux rives de la Méditerranée.

Lire aussi : Bruxelles veut maintenir la coopération migratoire avec le Maroc

Un partenariat migratoire à rééquilibrer

Le discours royal marque, dans cette lecture, une évolution de la position marocaine face à ses partenaires européens. Selon l’analyse développée par Abdelkrim Belguendouz, Rabat entend passer d’un rôle principalement exécutif à une position plus active dans la définition des orientations migratoires.

« Le Maroc ne peut pas être réduit à un simple instrument de contrôle des frontières européennes ; il doit participer à la définition des politiques qui engagent ses intérêts et ses responsabilités », détaille l’expert.

Cette évolution s’accompagne d’une remise en question des cadres juridiques européens, notamment concernant le rapatriement des mineurs non accompagnés et le traitement des demandes d’asile. Le chercheur souligne néanmoins la nécessité de respecter le droit international protecteur de l’enfance.

La coopération migratoire doit également, selon cette approche, être débarrassée des rapports de force et des pressions diplomatiques. Le partenariat avec l’Europe relève d’un choix souverain et d’un engagement volontaire du Maroc.

« La coopération migratoire ne saurait reposer sur des pressions ou sur une répartition déséquilibrée des obligations entre les partenaires », résume Abdelkrim Belguendouz.

Cette position soulève la question du partage des responsabilités entre les deux rives de la Méditerranée. Elle invite l’Union européenne à ne pas faire dépendre exclusivement sa coopération avec les pays partenaires de leur capacité à empêcher les départs ou à faciliter les expulsions.

Le codéveloppement au cœur de la nouvelle approche

Pour dépasser les blocages actuels, Abdelkrim Belguendouz met en avant trois piliers : le codéveloppement structurel, la compétitivité économique commune et la stabilité régionale fondée sur une responsabilité partagée.

Le premier implique de sortir d’une logique dans laquelle les pays du Sud assurent une partie du contrôle migratoire pour le compte de l’Europe. Le deuxième suppose de renforcer les intérêts économiques communs, tandis que le troisième vise à inscrire la coopération dans une perspective régionale plus large.

« Il s’agit de substituer à la sous-traitance sécuritaire un partenariat qui traite également les facteurs structurels des migrations et les intérêts économiques communs », résume Abdelkrim Belguendouz.

Lire aussi : Maroc-UE : 112 millions d’euros débloqués sur fond de question migratoire

Cette approche se distingue des accords conclus par l’Union européenne avec d’autres pays du Sud, notamment l’Égypte, la Tunisie et la Mauritanie, présentés dans le document comme largement dominés par l’externalisation du contrôle migratoire et par des financements conditionnés aux efforts de surveillance des frontières.

Dans cette perspective, le Maroc serait appelé à défendre un partenariat qui ne se limite pas à la gestion des flux migratoires, mais prenne également en considération les enjeux économiques et les déséquilibres structurels entre les deux rives.

Des réformes nationales jugées nécessaires

La refonte du partenariat avec l’Union européenne suppose également des évolutions sur le plan intérieur. Abdelkrim Belguendouz préconise une réforme de la loi 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étrangers, à l’émigration et à l’immigration irrégulière, ainsi que l’adoption d’une législation spécifique sur l’asile.

Le chercheur plaide également pour la relance de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA) et pour le renforcement des structures institutionnelles chargées de ces questions. Il recommande notamment de dynamiser l’Observatoire national des migrations afin d’améliorer le suivi des dynamiques migratoires.

L’organisation d’un colloque national consacré au volet migratoire du discours royal figure aussi parmi les pistes avancées, de même que la mobilisation de l’Agenda africain sur la migration élaboré sous l’impulsion du Maroc au sein de l’Union africaine.

« La refondation du partenariat avec l’Europe doit s’accompagner d’une politique nationale cohérente, dotée d’un cadre juridique adapté et d’institutions capables d’assurer sa mise en œuvre », résume Abdelkrim Belguendouz.

Au-delà de la gestion immédiate des frontières, l’enjeu consiste ainsi à construire une coopération dans laquelle le Maroc participe à la définition des orientations, tout en défendant ses priorités nationales et ses engagements internationaux.

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