Législatives 2026 : IA, faux comptes et dérives du débat électoral

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Législatives 2026 : 93 plaintes enregistréesEléctions législatives 2026 © Image générée par IA

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Un rapport de l’Observatoire marocain de veille médiatique et numérique met en évidence les transformations de la communication politique lors des législatives du 23 septembre. Entre écarts considérables de dépenses publicitaires, recours à l’intelligence artificielle, circulation de faux comptes et prédominance des polémiques, les réseaux sociaux se sont imposés comme un espace central de compétition, sans pour autant favoriser la confrontation des programmes.

La campagne électorale des législatives de 2026 confirme la place désormais structurante des réseaux sociaux dans la compétition politique. Selon le rapport « Suivi et veille numérique des élections législatives de 2026 » de l’Observatoire marocain de veille médiatique et numérique, Internet a dépassé le rôle d’outil complémentaire de communication pour devenir l’un des principaux terrains de conquête électorale. Cette évolution s’accompagne toutefois de déséquilibres financiers, de pratiques numériques opaques et d’un débat politique davantage porté sur les confrontations que sur les solutions proposées aux électeurs.

Le nombre d’internautes recensés pendant cette séquence électorale a atteint 35,5 millions, contre environ 27,62 millions lors des législatives de septembre 2021, selon les chiffres rapportés par le document. Lors du précédent scrutin, organisé dans le contexte de la pandémie de Covid-19 et des restrictions visant les grands rassemblements, les partis avaient largement investi les plateformes numériques pour maintenir le contact avec les électeurs. En 2026, alors que les meetings et les rassemblements étaient de nouveau possibles, Internet s’est tout de même maintenu au centre des stratégies de campagne.

Ce changement témoigne d’une évolution durable des pratiques de communication politique. Les réseaux sociaux ne servent plus seulement à relayer les discours prononcés dans les salles de meeting ou à diffuser les affiches des candidats. Ils constituent un espace autonome où se construisent la notoriété des personnalités, la circulation des accusations et, parfois, la perception même des enjeux électoraux. Mais cette visibilité accrue ne garantit ni une meilleure information des citoyens ni une compréhension plus approfondie des programmes.

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Des écarts financiers qui interrogent l’égalité de visibilité

L’un des principaux enseignements du rapport concerne les disparités dans les dépenses consacrées à la publicité politique numérique. D’après les montants cités dans le document, le parti ayant le plus investi dans ce domaine a engagé 836.075 dollars, contre 2.724 dollars pour celui dont les dépenses étaient les plus faibles parmi les formations comparées. L’écart dépasse ainsi un rapport de 300 à 1.

Cette différence illustre le poids des ressources financières dans la capacité des partis à diffuser leurs messages, à toucher des publics ciblés et à maintenir une présence importante sur les plateformes. Dans un environnement où la visibilité dépend en partie des investissements publicitaires, les formations disposant de moyens plus importants bénéficient d’un avantage potentiel pour multiplier les contacts avec les électeurs.

Le rapport reprend également des données du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), qui fait état de 538 publicités politiques diffusées par sept partis sur Facebook et Instagram en onze jours. Ces chiffres témoignent de l’importance prise par les contenus sponsorisés dans les stratégies électorales. Ils soulèvent aussi la question de la transparence des dépenses et des conditions dans lesquelles les différents partis peuvent accéder à l’attention des internautes.

Pour autant, l’écart budgétaire ne suffit pas à démontrer qu’un investissement publicitaire plus élevé entraîne mécaniquement un meilleur résultat électoral. La portée d’une campagne dépend aussi de la nature des contenus, de la popularité des candidats, de la mobilisation militante et des réseaux locaux. Le rapport souligne d’ailleurs que le nombre d’abonnés ne constitue pas, à lui seul, un indicateur fiable de l’engagement du public.

Les données d’une étude de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), reprises dans le document, illustrent ce décalage. Sur TikTok, 52 vidéos publiées par un parti ont enregistré environ 19 fois plus de vues que les 686 vidéos diffusées par une autre formation. La fréquence des publications ne suffit donc pas à mesurer leur efficacité, pas plus qu’une large communauté d’abonnés ne garantit que les messages suscitent des réactions ou influencent les choix électoraux.

Le rapport relève aussi que le parti ayant dominé les interactions sur Facebook et les vues sur TikTok avant la campagne officielle est arrivé en tête du scrutin. Cette concordance est significative, mais elle ne permet pas d’établir un lien de causalité direct entre visibilité numérique et victoire électorale. Le poids des affiliations politiques, l’implantation territoriale et le travail de terrain demeurent autant de facteurs à prendre en compte.

Intelligence artificielle et faux comptes : une transparence insuffisante

La place de l’intelligence artificielle constitue un autre enjeu majeur soulevé par le rapport. Citant des constats du CNDH, le document relève que certaines formations politiques ont eu recours à des outils capables de répondre aux questions des électeurs, à des personnages numériques s’exprimant au nom de candidats ainsi qu’à des images et des séquences vidéo générées artificiellement.

Le problème ne réside pas uniquement dans l’utilisation de ces technologies. Les contenus concernés n’étaient, pour la plupart, pas explicitement signalés comme ayant été produits par intelligence artificielle, selon le rapport. Cette absence de mention peut compliquer l’identification de la nature des images, des vidéos ou des interlocuteurs présentés au public. Elle prive également les électeurs d’un élément utile pour apprécier les contenus qui leur sont proposés et distinguer les prises de parole authentiques des productions synthétiques.

La création artificielle de contenus ne signifie pas nécessairement que ceux-ci sont mensongers. Un outil conversationnel peut servir à fournir des informations sur un programme, tandis qu’une image générée peut répondre à un objectif illustratif. La difficulté apparaît lorsque la nature du contenu n’est pas identifiable, ou lorsque des productions artificielles sont utilisées de manière à entretenir la confusion sur l’identité d’une personne, l’origine d’une déclaration ou la réalité d’un événement.

La circulation de faux comptes ajoute une autre dimension à cette question. Le rapport les identifie parmi les contenus et les pratiques observés pendant la campagne, aux côtés des publications exploitant le registre religieux, des publicités politiques et des séquences produites automatiquement. Toutefois, les éléments rendus publics dans le compte rendu ne permettent pas de quantifier précisément l’ampleur de ces comptes ni d’établir, pour chaque cas, l’existence d’une coordination organisée. Il convient donc de distinguer le signalement de ces pratiques de la démonstration d’une opération systématique de manipulation.

Leur présence soulève néanmoins une question fondamentale : dans quelle mesure les réactions visibles sur les plateformes reflètent-elles des opinions réellement exprimées par des électeurs ? Lorsqu’un contenu recueille de nombreux commentaires ou qu’une accusation semble largement partagée, l’utilisateur ne dispose pas toujours des informations nécessaires pour déterminer si cette activité correspond à une mobilisation authentique, à des comptes automatisés ou à une stratégie coordonnée.

Dans ces conditions, le nombre de vues, de mentions ou de partages ne peut être considéré comme un indicateur direct de l’opinion publique. La difficulté est d’autant plus importante que les plateformes constituent désormais un espace de circulation de contenus politiques dont les effets peuvent dépasser le cadre numérique, en influençant les discussions publiques et la réputation des candidats.

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Législatives 2026, quand les polémiques prennent le pas sur la confrontation des idées

Au-delà des outils utilisés, le rapport met en évidence une faiblesse du débat programmatique. Les contenus les plus visibles et les plus diffusés pendant la campagne étaient principalement liés aux conflits, aux personnalités et aux événements (fuites audio, accusations réciproques, vidéos dénonçant des irrégularités, interventions individuelles en direct et séquences personnelles). Les programmes et les propositions des partis ont, en comparaison, suscité une circulation moins importante.

Cette hiérarchie des contenus contribue à modifier les conditions dans lesquelles les électeurs appréhendent la compétition politique. Une déclaration polémique ou une vidéo mettant en cause un adversaire peut se diffuser rapidement, tandis qu’une proposition détaillée sur la santé, l’éducation ou l’emploi exige souvent davantage de temps et de contexte pour être comprise. Le rapport ne démontre pas que les plateformes imposent mécaniquement cette dynamique, mais il souligne que les contenus liés au conflit, aux personnes et aux événements produisent davantage d’effets visibles que les programmes.

Les formations politiques ont, par ailleurs, largement privilégié des stratégies séparées plutôt qu’une confrontation directe de leurs propositions. Six des dix partis étudiés ont placé le pouvoir d’achat ou les services publics au premier rang de leurs engagements. Les autres ont notamment mis l’accent sur l’emploi et le soutien aux ménages. Malgré cette proximité thématique, le rapport ne relève pas de véritables débats permettant de comparer systématiquement les mesures avancées, leurs modalités d’application et leurs conséquences attendues.

La campagne a ainsi été marquée par des controverses sur la crédibilité des promesses et les accusations de populisme, davantage que par une discussion approfondie des réponses à apporter aux difficultés économiques et sociales. L’affaire des aides à l’importation de moutons en offre une illustration. Ce dossier a alimenté les accusations entre des partis appartenant à l’ancienne majorité, sans que l’espace numérique se transforme, selon le rapport, en lieu de comparaison structurée des solutions proposées.

La question des libertés publiques et des réformes démocratiques a, elle aussi, occupé une place limitée dans les messages analysés. D’après le document, seuls trois partis sur dix ont abordé ces thèmes de manière suffisamment explicite. La prédominance des préoccupations sociales et économiques ne signifie pas que les autres enjeux ont disparu du débat politique, mais elle révèle leur faible visibilité dans les contenus étudiés.

Cette situation limite la capacité des électeurs à saisir les différences entre les formations. Lorsque plusieurs partis mettent en avant des priorités similaires sans expliciter leurs arbitrages budgétaires, les mécanismes de financement ou les délais d’exécution, le choix électoral risque de reposer davantage sur la confiance accordée aux personnes, les rivalités partisanes et la circulation des controverses que sur une comparaison argumentée des politiques publiques.

La notoriété individuelle devient un capital électoral

Le rapport observe également que les réseaux sociaux peuvent contribuer à faire émerger des candidats dont la visibilité personnelle dépasse celle de leur formation politique. Il cite des cas de personnalités connues sur ces plateformes qui ont obtenu des sièges à la Chambre des représentants sous les couleurs de petites formations, en s’appuyant notamment sur les diffusions en direct et les vidéos spontanées.

Cette évolution peut ouvrir l’espace électoral à des candidats qui ne disposent pas nécessairement des ressources ou de l’implantation des grandes formations. Elle permet à des personnalités locales de toucher directement leur public, sans dépendre exclusivement des canaux traditionnels de communication politique. Elle peut aussi renforcer la personnalisation de la compétition, lorsque la popularité d’un candidat prend le dessus sur la visibilité de son programme ou sur l’identité de son parti.

Le document relève en parallèle les changements d’affiliation de certains élus, passés vers des formations concurrentes quelques semaines avant le scrutin. Ces mouvements interrogent la lisibilité de l’offre politique ; pour les électeurs, distinguer les orientations des partis devient plus difficile lorsque les personnalités changent d’étiquette sans que les divergences programmatiques soient clairement expliquées.

Les réseaux numériques jouent enfin un rôle croissant dans la révélation et le traitement des affaires politiques. Le rapport mentionne des séquences diffusées en ligne à la suite desquelles une enquête judiciaire a été ouverte. Il relève aussi que des publications peuvent être mobilisées dans le cadre de recours électoraux. Le numérique n’est donc pas seulement un espace de communication ou de polémique ; il peut également contribuer à la circulation d’éléments susceptibles d’appeler une vérification institutionnelle ou judiciaire. La diffusion d’un contenu ne suffit toutefois pas à établir la véracité des accusations qu’il contient, laquelle doit être examinée par les autorités compétentes.

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De la visibilité numérique à la responsabilité politique

Face à ces constats, l’Observatoire recommande de renforcer la transparence et les possibilités de comparaison. Le rapport préconise notamment l’organisation de débats télévisés et numériques confrontant directement les programmes, ainsi que la publication des données relatives aux dépenses publicitaires politiques en ligne. Il propose également de signaler explicitement les contenus générés par intelligence artificielle.

Ces mesures viseraient à permettre aux citoyens de mieux comprendre l’origine des contenus, les moyens mobilisés pour les diffuser et les engagements avancés par les candidats. Le rapport recommande en outre que chaque promesse précise qui sera chargé de sa mise en œuvre, les ressources financières nécessaires et le calendrier envisagé. Il appelle aussi à clarifier les engagements des partis en matière de libertés publiques et à expliciter leur rôle lorsqu’ils se trouvent dans l’opposition.

La transparence suppose également de rendre accessibles les données électorales officielles dans des formats ouverts, afin de faciliter leur vérification et leur réutilisation. L’Observatoire souhaite, enfin, pérenniser le suivi numérique au-delà des seules périodes électorales, avec une liste publique de comptes surveillés et une méthode d’observation uniforme. Il préconise aussi de préciser les limites du dispositif, notamment lorsque le suivi repose sur un échantillon de bureaux de vote, et d’en publier la couverture territoriale.

Ces recommandations soulignent que les difficultés soulevées par la campagne de 2026 ne se réduisent pas à l’apparition de nouvelles technologies. Elles renvoient plus largement aux conditions d’un débat démocratique dans un espace où les contenus circulent à des rythmes différents, où les ressources financières pèsent sur la visibilité et où les informations peuvent être sorties de leur contexte ou artificiellement produites.

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