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Hafid El Jaï Publié le 10/08/26 à 10:38
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Citoyens fantômes

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Après avoir longuement parlé des collégiens, NEET, mères et pères de famille et d’autres catégories de nos concitoyens ayant tenté la traversée périlleuse vers Sebta ou Melilia, le Maroc est à nouveau en état d’alerte suite à des appels sur les réseaux sociaux à une nouvelle tentative d’immigration clandestine de masse. Cette nouvelle vague redoutée suscite l’inquiétude au moment où le Royaume célèbre ce 10 août la journée nationale du migrant. Une journée qui célèbre la diaspora, la communauté des Marocains du monde établis légalement sur tous les continents.

Quelques jours avant la célébration de cette journée, une information a fait jaser nos compatriotes installés à l’étranger. Il leur sera possible à partir du 24 août d’accomplir en ligne les démarches nécessaires pour établir une procuration de vote en vue du scrutin législatif du 23 septembre. Le dispositif doit permettre de faciliter la participation électorale des citoyens établis hors du Royaume, sans instaurer pour autant un vote électronique. Mais la question dépasse le simple vote.

Depuis l’adoption de la Constitution de 2011, le chapitre des droits politiques des Marocains du monde figure parmi les dispositions les plus claires et les plus ambitieuses du texte fondamental. L’article 17 affirme, sans ambiguïté, que les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de citoyenneté pleine et entière, y compris le droit de vote et d’éligibilité. Il appelle en outre à garantir leur plus large participation aux institutions consultatives et aux instances de gouvernance. L’article 18, quant à lui, charge les pouvoirs publics de préserver les liens humains, culturels et nationaux avec cette communauté et de favoriser sa contribution au développement du pays ainsi qu’à son rayonnement international. Ces dispositions ne sont pas des vœux pieux. Elles constituent un engagement constitutionnel.

Or, 15 ans plus tard, la réalité demeure celle d’une citoyenneté à géométrie variable. L’Etat continue de mesurer la relation avec les Marocains de l’étranger à l’aune des transferts de fonds et des investissements, tout en maintenant un silence assourdissant sur leurs droits politiques. Cette réduction purement économique d’un rapport qui devrait être politique et civique constitue une paradoxe inacceptable. Elle institue une forme de citoyenneté incomplète, en contradiction ouverte avec la lettre et l’esprit de la Constitution comme avec les orientations royales répétées en faveur d’une inclusion pleine et entière.

Les élections législatives de 2026, une occasion historique ratée pour rompre avec cette situation. Ces élections auraient pu marquer l’entrée des Marocains du monde dans la représentation nationale directe. Il n’en a rien été. Ni le gouvernement ni le Parlement n’ont engagé les réformes juridiques et institutionnelles nécessaires à la création de circonscriptions dédiées et à l’élection directe de représentants au sein de la Chambre des représentants.

Plus de six millions de citoyens se trouvent ainsi privés de représentation parlementaire. Un tel état de fait ne saurait s’accorder avec les principes de la démocratie représentative. Il érode, au contraire, la confiance dans les institutions et laisse prospérer le sentiment d’un double standard. Ces millions de Marocains, résidant dans plus de 100 pays, n’ont jamais cessé d’affirmer leur attachement au pays. Ils défendent ses intérêts, promeuvent son image et maintiennent des liens familiaux et culturels vivaces.

Leur fidélité ne saurait être récompensée par un statut de citoyens de second rang. Il est temps de sortir de l’immobilisme. L’adoption des lois organiques permettant l’exercice effectif du droit de vote et d’éligibilité s’impose pour les législatives de 2031. La création de circonscriptions électorales spécifiques aux Marocains résidant à l’étranger doit accompagner cette réforme. Sans cela, le droit constitutionnel restera lettre morte.

Au-delà du simple vote, il convient d’associer réellement les compétences et les expertises de la diaspora à l’élaboration des politiques publiques, aux stratégies d’investissement et d’innovation, ainsi qu’à la diplomatie parallèle. La question n’est plus celle d’un privilège à concéder, mais celle d’un droit à honorer. Tant que cette dette constitutionnelle ne sera pas soldée, la démocratie demeurera inachevée.

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