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Anass Hajoui Publié le 06/08/26 à 10:53
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NEET, les oubliés de la transition

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Il y a des images qui bouleversent davantage par les questions qu’elles soulèvent que par ce qu’elles montrent. Les scènes observées ces derniers jours à Bab Sebta en font partie. Des milliers de jeunes, mais aussi des familles, des salariés, des adolescents et parfois même des enfants ont convergé vers le préside occupé, portés par une rumeur devenue, l’espace de quelques heures, plus forte que la raison. Les réseaux sociaux ont accéléré le mouvement, mais ils ne l’ont pas créé. Une rumeur ne provoque jamais une telle mobilisation si elle ne rencontre pas, au préalable, un terrain fertile.

Ce terrain existe. Il porte un nom que l’on entend rarement dans le débat public : les NEET. Près de trois millions de NEET Marocains ne sont aujourd’hui ni en emploi, ni en études, ni en formation. Derrière cet acronyme administratif se cache une réalité autrement plus inquiétante. Celle d’une jeunesse qui n’a pas encore trouvé sa place dans la société, au moment même où elle devrait construire son autonomie, son expérience et sa confiance en l’avenir. Lorsqu’un NEET cesse de croire que l’école peut lui ouvrir des portes, que le travail lui permettra de vivre dignement ou que la formation lui offrira une seconde chance, le départ cesse progressivement d’être un rêve. Il devient une échappatoire.

Ce qui s’est passé à Sebta ne peut donc pas être réduit à une simple crise migratoire ni à l’effet pervers des réseaux sociaux. Les fausses informations circulent partout dans le monde. Elles ne produisent pas partout les mêmes conséquences. Si autant de Marocains ont été prêts à tout abandonner, c’est parce que cette promesse, aussi illusoire soit-elle, est venue se poser sur une attente déjà existante. L’épisode révèle moins un désir d’Europe qu’un besoin de perspectives.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Maroc n’est pas un pays immobile. Les infrastructures se développent, les investissements se multiplient, les grands projets s’enchaînent et le Royaume renforce progressivement sa place sur la scène régionale et internationale. Cette dynamique est réelle. Pourtant, une autre réalité s’impose avec la même force : une partie de la jeunesse, ces NEET justement, peine encore à trouver sa place dans cette transformation. Lorsque le progrès collectif avance plus vite que le sentiment de progrès individuel, un décalage finit inévitablement par apparaître.

L’état de la nation

C’est peut-être là que réside le véritable défi des prochaines années. La question n’est pas seulement de créer davantage d’emplois ou de renforcer les dispositifs de formation. Elle est de réussir cette période charnière qui sépare la fin de l’adolescence de l’entrée dans la vie active. Une nation qui laisse une partie de sa jeunesse dans cet entre-deux fragilise bien plus que son marché du travail. Elle fragilise la confiance, le sentiment d’appartenance et, à terme, la capacité de chacun à croire que son avenir peut s’écrire chez lui.

Les événements de Sebta finiront par s’estomper. Les vidéos disparaîtront des réseaux sociaux, les rumeurs laisseront place à d’autres rumeurs et l’émotion retombera. Les trois millions de NEET qui attendent encore une place, une opportunité ou simplement une perspective, eux, seront toujours là. Et c’est peut-être cette réalité, plus silencieuse que les images d’un point de passage, qui mérite aujourd’hui toute notre attention.

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