Le mercredi 22 juillet, à Washington, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont signé un accord de coopération nucléaire civile pour trente ans. Ce type de texte, appelé accord « 123 », permet aux entreprises américaines de vendre des réacteurs, du combustible ou des services nucléaires à un autre pays. Le lendemain, Donald Trump a pourtant ajouté de nouvelles conditions sur Truth Social : Riyad devrait rejoindre les accords d’Abraham et renoncer à l’enrichissement de l’uranium. L’Arabie saoudite n’avait rien annoncé de tel. Le texte complet n’est toujours pas public. Une grande signature le mercredi, suivie d’un chantage improvisé le jeudi.
Un accord avantageux
Ce que l’on connaît, en revanche, c’est une absence importante. L’accord ne semble pas imposer le Protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Derrière ce nom technique se cache une règle simple : donner aux inspecteurs davantage de moyens pour vérifier qu’un programme civil ne dissimule pas d’activités militaires. Washington exige précisément ce niveau de contrôle de l’Iran, dont il bombarde le territoire depuis le 28 février. Le sénateur républicain John Kennedy a résumé la contradiction : « Nous bombardons un pays pour l’empêcher d’avoir l’arme nucléaire », pendant que l’on signe un accord avec un autre.
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Tous les accords nucléaires américains n’interdisent pas l’enrichissement, opération qui prépare l’uranium utilisé dans certains réacteurs et, à un niveau bien plus élevé, dans une bombe. En 2009, les Émirats arabes unis avaient accepté d’y renoncer, ainsi qu’au retraitement du combustible usé. Washington avait présenté cet accord comme le modèle à suivre dans le Golfe. Les Émirats peuvent même demander une renégociation si un voisin obtient de meilleures conditions. Ce n’est donc pas une règle mondiale qui disparaît avec Riyad, mais une référence régionale fixée par les États-Unis eux-mêmes.
Le projet saoudien ne se résume pas à une ambition militaire. Le royaume veut produire davantage d’électricité et dessaler son eau sans brûler autant de pétrole et de gaz, afin de conserver davantage d’hydrocarbures pour l’exportation. Mais le nucléaire civil reste sensible. L’Inde l’a démontré en 1974. Elle a fabriqué sa première bombe avec du plutonium produit dans un réacteur civil fourni par le Canada. Un réacteur ne devient pas automatiquement une arme, mais il peut néanmoins fournir des connaissances, des matières et des infrastructures utiles si un État décide de franchir le pas.
Pourquoi un tel accord ?
Riyad possède aussi une assurance stratégique. En septembre 2025, l’Arabie saoudite a signé avec le Pakistan un pacte de défense prévoyant qu’une attaque contre l’un serait considérée comme une attaque contre l’autre. Le Pakistan possède l’arme nucléaire, mais rien ne prouve qu’il ait promis de défendre Riyad avec elle. L’ambiguïté suffit pourtant à envoyer un message, d’autant que le royaume a longtemps soutenu financièrement le programme pakistanais.
Pourquoi Washington accepte-t-il alors un accord moins strict que celui conclu avec les Émirats ? Parce que l’Arabie saoudite avait d’autres fournisseurs possibles : la Chine, la Russie, la Corée du Sud ou la France. L’argument américain est sérieux. Une installation construite par les États-Unis, sans transfert des technologies les plus sensibles et sous leur surveillance, serait probablement moins risquée qu’un programme développé avec un concurrent moins exigeant. Refuser l’accord n’aurait pas empêché Riyad de construire ailleurs.
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Mais ce raisonnement est commercial avant d’être moral. Il revient à dire qu’une règle devient trop coûteuse dès qu’un concurrent accepte de vendre sans l’imposer. Le département américain de l’Énergie insiste d’ailleurs sur les milliards de dollars et les emplois attendus. Plus Riyad montre qu’il peut acheter chinois, russe ou sud-coréen, plus Washington assouplit ses conditions. En 2023, le simple fait d’accepter le yuan pour certaines ventes à la Chine avait suffi à pousser Washington à ouvrir des négociations de sécurité plus larges.
Seulement, Trump a voulu ajouter une dernière contrepartie : la normalisation avec Israël. Riyad refuse toujours de franchir ce pas sans perspective crédible d’un État palestinien. Les accords d’Abraham, rejoints en 2020 par les Émirats, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, se retrouvent ainsi mêlés à une négociation nucléaire dont les conditions changent selon le nouvel entrant.
L’histoire a déjà connu ce mélange de technologie, de commerce et de stratégie. En 1957, Washington signait un accord nucléaire civil avec l’Iran. Dix ans plus tard, les États-Unis lui livraient un réacteur fonctionnant à l’uranium hautement enrichi. Le programme iranien qu’ils cherchent aujourd’hui à détruire avait commencé avec leur aide. Soixante ans plus tard, Washington ouvre une nouvelle coopération nucléaire de l’autre côté du Golfe. Riyad n’a pas acheté une bombe. Il a acheté l’exception à des conditions très favorables. Un prix d’ami n’est toutefois jamais un cadeau.
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