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Hafid El Jaï Publié le 27/07/26 à 10:52
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Mercato politique

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Le Conseil national du PAM, tenu samedi à Salé, ne relève pas de l’exercice partisan ordinaire. La science politique a un nom pour ce genre de technique : le ralliement élitaire. Le parti n’a pas fabriqué ses cadres par la base militante. Il les a importés. Un ministre technocrate en charge du Budget, aussi président de la fédération de football, gestionnaire de deniers publics, gestionnaire d’image nationale… Et un président de région du sud, dont le poids réel s’illustre dans les réseaux d’influence locale. Les deux ne seront néanmoins pas candidats aux législatives du 23 septembre ni à Berkane ni à Dakhla. Leur mission est beaucoup plus grande qu’un simple siège de député.

Deuxième force en 2021, l’ambition du parti du tracteur ne se cache plus : la première place. Rien d’improvisé. Dans un système partisan où l’ancrage idéologique reste faible, le capital de notabilité l’emporte sur l’adhésion doctrinale. Convertir un électorat prend du temps. Capter les intermédiaires qui le mobilisent déjà en prend beaucoup moins. Et si le parti arrive en tête des législatives, l’actuel argentier du Royaume pourrait être chargé de former le nouvel exécutif, le « gouvernement du Mondial ».

Le RNI a réagi depuis Dakhla. Le chef du gouvernement et ex-patron du parti de la colombe a parlé de « mercato » de dernière minute, empruntant au vocabulaire sportif – la politique et le marché des transferts, même logique, mêmes acteurs qui changent de maillot. Il a rappelé que son parti, lui, avait présenté ses candidats tôt. Mais cet argument tient mal. Ce n’est pas un désaccord de méthode. C’est une inquiétude de position, et elle est assez lisible.

Le RNI domine la coalition sortante. Il voit dans l’offensive du PAM une menace sur son propre vivier, celui des élus locaux qu’il tenait pour acquis depuis des années. Mais enfin. Centaines de milliers d’adhérents, dix mille élus : le RNI brandit sa masse organisationnelle comme un gage de légitimité. L’argumentaire paraît farfelu face à un constat plus incommode – chez lui comme chez son rival, l’appareil sert avant tout à conserver des positions. La socialisation politique, elle, reste secondaire.

Le PJD, de son côté, a préféré l’attaque frontale à la stratégie. Le PAM, « parti de la prévarication et des intérêts », dit le numéro 1 du parti de la lampe, qui convoque au passage les affaires et les condamnations. Un parti en repli électoral depuis 2021 a rarement le luxe de la nuance. Le calcul est ailleurs. Il s’agit moins de disqualifier l’adversaire que de se refaire une légitimité par la morale, faute de pouvoir la rebâtir dans les urnes. D’où ce mot, « réveil », que le PJD oppose à ce qu’il présente comme un mimétisme généralisé chez les autres.

Trois partis, une seule grammaire électorale en réalité. Le PAM assume la captation, le RNI la pratique en la maquillant sous le nombre, le PJD, lui, n’a plus les moyens de la pratiquer alors il la dénonce. A moins de deux mois du scrutin, ce qui se joue à Salé, Dakhla ou ailleurs relève moins du programme que du contrôle des réseaux d’influence locaux. Les figures qui les incarnent changent de veste. Le procédé, lui, reste identique à lui-même. La loi d’airain de l’oligarchie n’est pas un simple concept sociologique du siècle dernier. Cette théorie se matérialise depuis des décennies au sein de nos partis politiques.

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