Espagne : Pedro Sánchez propose une coalition inédite avec le parti Podemos

Avatar de Nora Jaafar

Temps de lecture :

La neutralité sur le Sahara : le PP et ses alliés défient SanchezLe premier ministre espagnol, Pedro Sánchez © DR

A
A
A
A
A

Le Parlement espagnol s’apprête ce mardi à reconduire le leader socialiste Pedro Sánchez au poste de Premier ministre, afin de mettre fin à près de huit mois de paralysie politique. Sánchez devrait être élu par les députés à la tête d’une coalition inédite avec le parti Podemos, de la gauche radicale. De son côté, le Maroc, qui a provoqué l’ire de l’Espagne en annonçant l’adoption de deux projets de loi concernant ses eaux territoriales, suit de très près l’évolution de ce vote.

Ce mardi 7 janvier, et sauf coup de théâtre, le leader socialiste Pedro Sánchez devrait être reconduit pour la deuxième fois au poste de Premier ministre en Espagne. Ce dernier, qui est resté Premier ministre intérimaire depuis les élections peu concluantes de l’année dernière, cherche à former un gouvernement de coalition minoritaire avec le parti d’extrême gauche Podemos. Bien qu’il ait perdu le premier vote de confiance du dimanche 5 janvier, Sánchez détient aujourd’hui « assez de soutiens parmi les 350 députés pour remporter d’une très courte tête un deuxième scrutin où une majorité relative — soit plus de “oui” que de “non” — sera cette fois suffisante », rapporte Courrier International. Selon Le Monde, Sánchez « dépend de l’abstention des treize députés de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), avec qui il a négocié l’ouverture d’un “ dialogue ” entre Madrid et l’exécutif régional, contrôlé par les séparatistes, pour résoudre le conflit catalan ».

France 24 FRrappelle que l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, fait face à une impasse politique depuis près de huit mois. Lepays a souffert d’un vide politique pendant l’année 2019 après l’échec des deux électionsd’avril et de novembre derniers. La même source indique que les socialistes ont remporté le scrutin du 10 novembre, mais n’ont assuré que 120 sièges — trois de moins qu’en avril — lors d’une élection qui a vu le parti d’extrême droite Vox se hisser à la troisième place. La Nouvelle Tribune explique que Sánchez s’est empressé par la suite de conclure un accord avec Podemos pour former ce qui serait le premier gouvernement de coalition post-dictature en Espagne. Une démarche inédite d’autant plus que le leader socialiste avait précédemment affirmé « qu’une coalition avec le parti d’extrême gauche l’empêcherait de dormir ».

Une coalition progressiste

Les deux parties s’engagent à virer vers la gauche, notamment par le biais d’unehausse de la fiscalité pour les plus riches et les grandes entreprises, une abrogation partielle de la réforme controversée du marché du travail adoptée en 2012 par les conservateurs, un encadrement des loyers…., etc, souligne France 24 EN.

Sánchez a précisé en outre que la situation politique en Catalogne reste quant à elle en évolution. Notons que cette riche région du nord-est de l’Espagne, qui a tenté de faire sécession en 2017, a été secouée en octobre par des manifestations parfois violentes après la condamnation à la prison de neuf dirigeants séparatistes, dont le chef d’ERC Oriol Junqueras, explique Les Échos. Ainsi, la nouvelle coalition de Sánchez a promis de lancer des négociations et à soumettre à l’approbation des Catalans le résultat obtenu. Toutefois, ajoute la même source,les libéraux ont dénoncé que cette démarche est « une humiliation nationale »,tandis que les conservateurs ont accusé Sánchez d’être « un mensonge ambulant » et de préparer une « opération de démolition constitutionnelle ». En réponse à ses détracteurs, le leader socialiste a affirmé que sa « coalition progressiste était le meilleur antidote contre la coalition de l’apocalypse » que représentent, selon lui, les partis dedroite, notamment le Parti populaire (PP), le Ciudadanos et Vox.

Le gouvernement Frankenstein

Le leader du PP, Pablo Casado, a accusé Sánchez de former un « gouvernement Frankenstein » composé de « communistes » et de « séparatistes » qui « veulent détruire l’Espagne ».Il a averti que le gouvernement proposé par le leader socialiste serait incapable de gouverner et ne finirait pas les quatre ans de son mandat, rapporte Le Monde. Rappelons queSánchez est arrivé au pouvoir en juin 2018 à la tête d’un gouvernement minoritaire, après avoir évincé son prédécesseur du PP, Mariano Rajoy, par un vote de défiance. Il a cependant été contraint de jeter l’éponge après moins d’un an au pouvoir lorsque les séparatistes catalans, dont l’ERC, ont refusé de soutenir son projet de budget, précise Reuters.

Par ailleurs, le Maroc suit de très près l’évolution de la politique espagnole. En effet, les deux pays sont en proie à un conflit majeur à propos de la délimitation des frontières maritimes du royaume. L’adoption de deux projets de loi sur les eaux territoriales du Marocen commission parlementairea provoqué l’ire de l’Espagne. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait affirmé fin décembre 2019 quele royaumeest « dans son droit souverain, mais ne cherche pas à aller au-delà de ses droits. Les autres pays ont délimité leur espace maritime sans demander d’autorisation. Le Maroc à son tour délimite, mais ne cherche pas à imposer le fait accompli, il est ouvert au dialogue, notamment avec l’Espagne ». Par le biais de cette démarche, le Maroc cherche à fermer la porte à toute éventuelle mise en cause de sa souveraineté sur la totalité de son espace maritime. De nombreuses réunions devraient être organisées dans les semaines à venir afin de trouver un accord commun qui satisferait toutes les parties prenantes.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Statistiques officielles : pourquoi l’éthique devient aujourd’hui un enjeu central

Monde - Les statistiques officielles doivent concilier innovation, qualité des données et exigences éthiques pour préserver la confiance du public.

Mouna Aghlal - 14 avril 2026
Liban–Israël : reprise des pourparlers directs à Washington

Monde - Le Liban et Israël reprennent des discussions directes à Washington, une première depuis 1993. L’absence du Hezbollah limite toutefois les perspectives d’accord, malgré une volonté affichée de relancer le dialogue.

Ilyasse Rhamir - 14 avril 2026
Espagne : 500.000 sans-papiers concernés par la régularisation

Monde - Près de 500.000 migrants pourraient bénéficier d’un plan exceptionnel en Espagne.

Ilyasse Rhamir - 14 avril 2026
Trump met en scène McDonald’s pour défendre les pourboires

À la Maison-Blanche, Trump met en avant une mesure fiscale sur les pourboires. Retour sur une opération politique très encadrée.

Aicha Baghdad - 14 avril 2026
Scrutin chaotique au Pérou : poursuites contre les responsables

Monde - Un scrutin marqué par de lourdes défaillances logistiques plonge le Pérou dans une crise politique et judiciaire. Retards, électeurs privés de vote et poursuites visant des responsables fragilisent la crédibilité du processus électoral.

Ilyasse Rhamir - 14 avril 2026
Pérou : Keiko Fujimori, candidate de droite, en tête d’un scrutin sous tension

Monde - Keiko Fujimori, candidate de droite, arrive en tête d’un scrutin chaotique au Pérou marqué par des dysfonctionnements et des accusations.

El Mehdi El Azhary - 13 avril 2026
Voir plus
Classement Forbes 2026 : 3.428 milliardaires et le Maroc y est bien présent

Monde - Richesse mondiale en forte hausse : le nombre de milliardaires atteint un record avec 3.428 fortunes cumulant plus de 20.100 milliards de dollars. Elon Musk domine largement le classement de Forbes, où figurent aussi plusieurs grandes fortunes marocaines.

Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026
Guerre au Proche-Orient : l’Iran veut maintenir la pression sur le détroit d’Ormuz

Monde - L’escalade militaire au Proche-Orient se poursuit. L’Iran évoque le maintien de la pression sur le détroit d’Ormuz tandis que les frappes s’intensifient dans la région. La flambée du pétrole et les déplacements massifs de populations inquiètent la communauté internationale.

Ilyasse Rhamir - 12 mars 2026
L’Espagne met officiellement fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël

Monde - L'Espagne a décidé de mettre un terme au mandat de son ambassadrice en Israël, rappelée depuis plusieurs mois dans un contexte de fortes tensions diplomatiques.

Ilyasse Rhamir - 11 mars 2026
Israël-Iran : et si ce n’était que le début ?

Monde - Les frappes israéliennes ont endommagé certaines infrastructures, mais elles n’ont pas neutralisé le programme nucléaire iranien.

Sabrina El Faiz - 14 juin 2025
Les États-Unis autorisent temporairement la vente de pétrole russe

Monde - Face à l’envolée des prix du brut provoquée par la guerre en Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, Washington autorise pendant un mois la vente de cargaisons de pétrole russe déjà chargées en mer afin de stabiliser l’offre mondiale.

Ilyasse Rhamir - 13 mars 2026
Proche-Orient : le président français annonce un soutien militaire défensif aux partenaires de la région

Monde - La France a annoncé le déploiement de moyens militaires en Méditerranée et au Proche-Orient, dont une frégate et le porte-avions Charles-de-Gaulle.

El Mehdi El Azhary - 4 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire