Réserves de carburants : le CESE alerte sur les fragilités structurelles du système marocain

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Réserves de carburants : le CESE alerte sur les faillesConseil économique, social et environnemental (CESE) © DR

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Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à une refonte du système marocain de réserves de carburants, qu’il juge vulnérable face aux chocs extérieurs. Dépendance aux importations, cadre juridique ancien, contrôle perfectible et manque de données publiques figurent parmi les principales failles relevées.

Le Maroc doit revoir en profondeur son dispositif de constitution et de gestion des stocks stratégiques de produits pétroliers. C’est l’une des principales conclusions formulées par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son rapport annuel au titre de l’année 2025. L’institution consultative estime que le système actuel présente plusieurs faiblesses susceptibles d’exposer davantage le pays aux perturbations des marchés internationaux et aux ruptures d’approvisionnement.

L’alerte intervient dans un contexte international marqué par la multiplication des tensions géopolitiques, la volatilité des prix de l’énergie et la fragilisation des chaînes logistiques. Pour le CESE, ces évolutions rendent nécessaire une révision du modèle marocain de constitution des réserves afin de renforcer la capacité du pays à absorber d’éventuels chocs extérieurs.

La question revêt une importance particulière pour le Maroc, dont la consommation énergétique demeure largement dominée par les produits pétroliers. Selon les données citées par le Conseil, ces derniers représentaient 51% de la consommation énergétique totale en 2025. La consommation de diesel, d’essence et de fuel a atteint environ 12,8 millions de tonnes sur l’année. Le diesel concentre à lui seul près des trois quarts de cette demande.

Cette dépendance pourrait encore s’accentuer. Le CESE estime que la demande globale en carburants devrait progresser d’environ 16% à l’horizon 2030. Une hausse qui, selon l’institution, renforce l’enjeu de la sécurisation des approvisionnements et de la capacité du pays à disposer de stocks suffisants en cas de perturbation du marché mondial.

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Une dépendance accrue aux importations

Le rapport met notamment en avant les conséquences de l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015. Depuis la fermeture de cette infrastructure, le Maroc ne dispose plus de capacité nationale de raffinage opérationnelle et dépend des importations de produits pétroliers raffinés pour couvrir ses besoins.

Cette situation accroît mécaniquement l’exposition du pays aux évolutions des marchés internationaux. Une interruption des flux commerciaux, une crise géopolitique affectant les pays producteurs ou les routes maritimes, voire une forte hausse des cours internationaux, peut ainsi se répercuter sur les conditions d’approvisionnement du marché marocain.

Le CESE ne présente pas cette dépendance comme un risque théorique. Dans son rapport, il inscrit la problématique des réserves dans un environnement mondial où les perturbations des chaînes d’approvisionnement sont devenues plus fréquentes et où les États cherchent à renforcer leurs mécanismes de résilience énergétique.

Au-delà de la dépendance aux importations, le Conseil pointe également un déficit d’information concernant le niveau réel des stocks disponibles au Maroc. Les données publiques sur les réserves de carburants ne seraient pas publiées de manière régulière et seraient essentiellement dispersées entre différents documents ou rapports officiels.

Cette situation complique l’évaluation du niveau effectif des stocks et, par conséquent, la capacité à déterminer avec précision si les obligations réglementaires en matière de réserves sont respectées. Elle limite également la visibilité dont disposent les acteurs économiques, les décideurs publics et, plus largement, l’opinion publique sur le niveau de préparation du pays face à une éventuelle crise d’approvisionnement.

Pour le CESE, l’absence d’un suivi public, régulier et suffisamment détaillé constitue une faiblesse supplémentaire dans un domaine aussi stratégique que la sécurité énergétique.

Un modèle reposant essentiellement sur les opérateurs privés

Le Conseil critique également l’architecture même du système marocain. Le dispositif actuel repose principalement sur les opérateurs privés, auxquels incombe la constitution des stocks obligatoires. Le Maroc ne disposerait pas, dans ce cadre, d’un stock stratégique public distinct permettant à l’État de disposer directement d’une réserve mobilisable en cas de crise majeure.

Le CESE relève que le recours aux stocks détenus par les entreprises n’est pas une particularité marocaine. Plusieurs pays confient effectivement une partie de leurs réserves stratégiques aux opérateurs privés. Toutefois, d’autres États ont opté pour des dispositifs hybrides associant des stocks obligatoires détenus par les entreprises à des réserves publiques constituées et contrôlées directement par les pouvoirs publics.

Pour le Conseil, cette diversification des mécanismes peut permettre de mieux répartir les responsabilités et de renforcer la capacité de réaction des autorités en situation de crise.

Le rapport appelle ainsi à une évolution vers un système intégré, combinant des capacités publiques de stockage dédiées et le maintien de stocks obligatoires auprès des opérateurs privés. L’objectif serait de ne plus faire reposer la sécurité d’approvisionnement sur un seul mécanisme et de donner aux pouvoirs publics une capacité de mobilisation plus directe en cas de perturbation.

Un cadre juridique jugé dépassé

Le CESE estime par ailleurs que le cadre juridique encadrant les réserves de produits pétroliers n’est plus adapté aux réalités actuelles. Le principal texte législatif applicable remonte à 1971, tandis que plusieurs textes réglementaires d’application ont été adoptés au cours des années 1970 et n’ont fait depuis l’objet que de modifications limitées.

Selon le Conseil, cette ancienneté constitue une difficulté dans un secteur qui a profondément évolué lors des dernières décennies. Les modalités d’approvisionnement, les marchés internationaux de l’énergie, les infrastructures logistiques et les risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement ne sont plus ceux qui prévalaient lors de l’élaboration du dispositif juridique actuel.

Le CESE estime également que la réglementation ne distingue pas suffisamment les stocks constitués pour répondre à une situation d’urgence des stocks commerciaux nécessaires au fonctionnement courant des entreprises. Cette distinction est pourtant importante, car les deux catégories ne répondent pas aux mêmes objectifs et ne devraient pas nécessairement être soumises aux mêmes règles de gestion.

Une réserve stratégique doit, par définition, pouvoir être mobilisée lorsque l’approvisionnement normal du marché est perturbé. Un stock commercial, à l’inverse, répond d’abord aux besoins opérationnels d’un opérateur. Pour le Conseil, l’absence d’une séparation suffisamment claire entre ces deux fonctions peut contribuer à brouiller la lecture du dispositif et à compliquer son contrôle.

Le contrôle des stocks en question

Le mécanisme de contrôle constitue une autre source de préoccupation. Le CESE estime que les inspections s’appuient encore largement sur les déclarations fournies par les opérateurs, plutôt que sur un système reposant de manière systématique sur des vérifications physiques et indépendantes des stocks.

Une telle méthode peut limiter la capacité des autorités à disposer d’une photographie précise et actualisée des réserves effectivement disponibles. Elle pose également la question de l’efficacité des mécanismes de contrôle dans un domaine où les obligations de stockage ont une portée directement liée à la sécurité d’approvisionnement du pays.

À cela s’ajoute, selon le rapport, un dispositif de sanctions jugé insuffisamment dissuasif en cas de non-respect des obligations. Pour le Conseil, le renforcement des pouvoirs de contrôle et l’adoption de sanctions plus efficaces sont donc nécessaires pour garantir le respect des exigences réglementaires.

Le CESE préconise notamment de renforcer les prérogatives des inspecteurs habilités, afin de permettre des contrôles plus systématiques sur les installations concernées. Il recommande également la mise en place d’outils numériques permettant de suivre les niveaux de stocks de manière plus régulière et plus transparente.

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Vers une réforme globale du système ?

Face à ces différentes faiblesses, le CESE plaide pour une refonte d’ensemble plutôt que pour une simple modification ponctuelle des règles existantes.

La première recommandation consiste à actualiser le cadre juridique régissant les réserves de produits pétroliers. Cette réforme devrait notamment clarifier les catégories de stocks, les responsabilités des différents acteurs ainsi que les modalités de constitution, de conservation et de mobilisation des réserves en cas de crise.

Le Conseil propose parallèlement la création d’un dispositif intégré associant des capacités publiques de stockage à des réserves obligatoires détenues par les opérateurs privés. Une telle architecture permettrait, selon lui, de renforcer la résilience du système tout en donnant à l’État un rôle plus important dans la gestion des situations d’urgence.

La numérisation du suivi des stocks figure également parmi les recommandations. L’objectif serait de disposer de données plus fiables et actualisées sur les niveaux de réserves, tout en améliorant la capacité des autorités à détecter rapidement d’éventuelles insuffisances.

Le CESE préconise enfin que le dispositif fasse l’objet d’évaluations indépendantes et régulières. Ces évaluations devraient notamment permettre de mesurer l’efficacité des politiques de stockage en matière de sécurité d’approvisionnement, de stabilité des prix et de protection du pouvoir d’achat des consommateurs.

Au-delà de la seule question des stocks, le débat renvoie ainsi à une problématique plus large, celle de la vulnérabilité énergétique d’une économie fortement dépendante des importations de produits pétroliers. Avec une demande appelée à augmenter et une capacité de raffinage nationale toujours absente, la constitution de réserves suffisantes devient un élément central de la stratégie de résilience du Maroc.

Le rapport du CESE ne signifie pas, à lui seul, qu’une pénurie est imminente ou que le dispositif actuel serait incapable de répondre à une crise. Il met plutôt en évidence les limites structurelles d’un système conçu dans un contexte différent et appelle les pouvoirs publics à l’adapter à un environnement énergétique désormais plus instable.

Pour le Conseil, l’enjeu consiste donc à passer d’une logique essentiellement fondée sur les obligations de stockage des opérateurs à une véritable politique nationale de réserve stratégique, reposant sur des règles actualisées, des contrôles renforcés, des données régulièrement disponibles et une capacité publique de stockage. Une réforme qui viserait, à terme, à réduire l’exposition du Maroc aux chocs extérieurs et à mieux protéger la continuité de l’approvisionnement du marché national.

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