Et si les entreprises publiques étaient plus compétitives que le privé ?

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

Et si les entreprises publiques étaient plus compétitives que le privé ?L'ONCF est l'un des meilleurs exemples de réussite du public. Al Boraq, train à grande vitesse © DR

A
A
A
A
A

Longtemps perçues comme lourdes, coûteuses et peu performantes, les entreprises publiques savent pourtant se réinventer. Le rapport 2026 sur les Établissements et Entreprises Publics (EEP), annexé au Projet de Loi de Finances (PLF), offre un tout autre regard.

Le Maroc compte, à fin septembre 2025, 267 établissements et entreprises publics, parmi lesquels de grands noms comme l’ONCF, l’ONEE, l’ONDA, la RAM ou encore la CDG. A ces structures s’ajoutent plus de 500 filiales et participations dans quasiment tous les secteurs : énergie, transport, eau, agriculture, santé, éducation ou encore infrastructures.

Réforme structurelle : chasse au gaspillage

Depuis 2021, une réforme profonde du secteur public a été enclenchée avec la loi-cadre n°50-21 et la création de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’Etat (ANGSPE). Cette agence permet notamment de simplifier et de rendre cohérente la galaxie des entreprises publiques. Cela passe donc par la fusion ou la liquidation d’entités redondantes ou déficitaires. Ou encore, la mise en place d’une Instance centrale de liquidation pour accélérer les procédures et la révision du contrôle financier de l’Etat, désormais axé sur la performance plutôt que sur l’administratif.

Clairement, cette réforme vise à transformer des organismes parfois lourds en entreprises compétitives, capables de produire de la valeur au même titre que le privé, mais au service de l’intérêt général.

Selon le rapport, les EEP sont les bras armés de la stratégie de développement du Royaume. Ils construisent des infrastructures, soutiennent les politiques sociales et accompagnent la régionalisation. L’Etat continue d’injecter des fonds via des subventions, des dotations en capital et des taxes parafiscales, mais reçoit aussi en retour des dividendes et des contributions fiscales. Cette interdépendance financière crée une boucle où la performance des EEP devient essentielle à l’équilibre budgétaire.

Dans des secteurs comme la santé, l’éducation, l’énergie ou l’agriculture, les EEP jouent un rôle direct :

  • Ils participent à la généralisation de la couverture médicale et à la modernisation des hôpitaux,
  • Ils contribuent à la formation du capital humain, pilier du Nouveau modèle de développement,
  • Et ils investissent dans la réduction des disparités régionales, en lien avec des institutions comme le Fonds Hassan II ou le Fonds d’Equipement Communal.

Public-privé : compétition ou coopération ?

Oui, au lieu de les opposer, nous pourrions revenir sur la montée en puissance des Partenariats Public-Privé (PPP). Près de 60 projets, représentant plus de 50 milliards de dirhams, sont déjà recensés dans des domaines aussi stratégiques que l’eau, l’énergie, l’agriculture, la santé ou l’enseignement supérieur.

Lire aussi : PLF 2026 : la santé et l’éducation au sommet des priorités

Ces partenariats, encadrés par la loi n°46-18, incarnent une vision plus moderne, à savoir que le public et le privé ne sont plus rivaux, mais complémentaires. Une Commission nationale des PPP, présidée par le Chef du gouvernement, veille, d’ailleurs, à la cohérence et à la rentabilité de ces projets.

En parallèle, la dématérialisation des procédures, la normalisation comptable, la lutte contre le blanchiment et la réduction des délais de paiement participent à rendre l’environnement plus sain et plus attractif pour les investisseurs.

Par ailleurs, le rapport n’hésite pas à souligner que les EEP deviennent désormais de grands leaders de la transition écologique. Sous le pilotage du projet international ICAT (Initiative for Climate Action Transparency), le Maroc a commencé à mesurer les financements climatiques de ses entreprises publiques.

Un échantillon de 44 EEP a été évalué, dont 10 ont déjà lancé 58 projets verts entre 2022 et 2024, pour un montant global de 54 milliards de dirhams. Ces projets couvrent l’énergie, l’eau, l’agriculture et les infrastructures et visent à réduire les émissions tout en adaptant l’économie aux impacts du changement climatique.

Certaines institutions, comme la CDG ou le Crédit Agricole du Maroc, disposent déjà d’outils ESG avancés. Le rapport recommande désormais une taxonomie verte nationale et un reporting climat standardisé pour tout le portefeuille public.

Un nouveau modèle de gouvernance

Ce que dessine essentiellement le PLF 2026, c’est une nouvelle manière de gérer le patrimoine public, avec plus de transparence, plus de performance et une vision intégrée, économique, sociale et environnementale. Les EEP deviennent ainsi des leviers du développement, des acteurs de la transition verte et des partenaires du secteur privé.

Lire aussi : PLF 2026 : l’essentiel de la présentation de Nadia Fettah au Parlement

La question n’est donc plus de savoir si le secteur public est trop lourd ou trop coûteux, mais plutôt : et si les entreprises publiques devenaient enfin aussi, voire plus, compétitives que le privé ?

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Le Maroc reste-t-il un pilier des agrumes en Europe ?

Le Maroc demeure un fournisseur majeur d’agrumes de l’Union européenne malgré un recul des volumes exportés durant la campagne 2025/2026.

Ilyasse Rhamir - 4 août 2026
HCP : le marché du travail s’améliore au deuxième trimestre 2026

Le HCP fait état d'une amélioration du marché du travail au T2-2026, avec 279.000 emplois créés et un recul du chômage strict à 9,5%.

Mouna Aghlal - 4 août 2026
Cinéma : l’année 2025 marquée par un regain de dynamisme

Cinéma marocain 2025 : production nationale, tournages étrangers et fréquentation des salles progressent, confirmant la reprise et l'attractivité du secteur.

Mouna Aghlal - 31 juillet 2026
Financement : le secteur financier face au défi du « Maroc émergent »

Le Maroc veut diversifier ses sources de financement pour accompagner ses grands investissements. Épargne nationale, marchés de capitaux et PME seront au cœur de cette stratégie.

El Mehdi El Azhary - 31 juillet 2026
Exécution de la LF 2026 : le déficit budgétaire recule à 20,2 MMDH à fin juin

Le déficit budgétaire s’est établi à 20,2 milliards de dirhams à fin juin 2026, porté par des ressources de 418,2 MMDH et des dépenses de 413,2 MMDH.

Ilyasse Rhamir - 31 juillet 2026
Automobile : Auto Hall devient distributeur exclusif de iCAUR au Maroc

Auto Hall devient le distributeur exclusif d'iCAUR au Maroc. La marque de SUV intelligents et électrifiés vise une implantation durable sur le segment premium.

El Mehdi El Azhary - 31 juillet 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire