Marché du travail : le HCP dévoile la situation au 2ᵉ trimestre 2025

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Marché du travail : le chômage à 10,8% au T1-2026Image d'illustration © DR

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Le marché du travail marocain poursuit sa lente mutation, tiraillé entre les aléas climatiques, les transformations structurelles de l’économie et les tensions sociales persistantes. Au deuxième trimestre de 2025, les indicateurs publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) révèlent une situation à la fois contrastée et préoccupante. Si le volume global de l’emploi enregistre une timide hausse, cette amélioration apparente masque de profondes disparités entre les zones urbaines et rurales, les hommes et les femmes, ou encore les diplômés et les non-diplômés.

Le bilan du HCP intervient dans un contexte marqué par une sécheresse prolongée, qui continue d’impacter lourdement le secteur agricole, principal pourvoyeur d’emplois en milieu rural. Cette conjoncture climatique défavorable a provoqué la suppression de plus de 100.000 postes dans le secteur primaire, compromettant la stabilité économique de vastes pans du territoire. Dans le même temps, les zones urbaines montrent une certaine résilience, avec un regain de dynamisme dans le secteur des BTP et des services, moteurs traditionnels de l’emploi urbain.

Recul de l’activité et baisse du taux d’emploi

Le taux d’activité national a poursuivi sa tendance baissière, chutant de 44,2% à 43,4% en une année. Ce recul s’explique par la croissance de 1,5% de la population en âge de travailler, alors que la population active a légèrement diminué de 0,3%. Cette baisse est particulièrement marquée en milieu rural, où le taux d’activité est passé de 48% à 46,4%, contre une légère contraction en zone urbaine de 42,3% à 42%. Le HCP souligne aussi un décrochage plus prononcé chez les femmes, leur taux d’activité est tombé de 20,1% à 18,9%, tandis que celui des hommes a reculé de 69% à 68,6%.

Parallèlement, le taux d’emploi s’est établi à 37,9%, en baisse de 0,5 point par rapport à l’année précédente. La chute est plus importante en milieu rural avec 44,8% à 43,5%, qu’en zone urbaine avec 35,3% à 35,1%. Fait notable, l’emploi a légèrement progressé chez les hommes pour atteindre 61,2%, tandis qu’il a régressé chez les femmes à 15,2%.

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D’autre part, selon le HCP, les 5.000 emplois créés résultent d’une dynamique contrastée selon le type d’emploi. Le marché a enregistré une hausse de 132.000 postes rémunérés, principalement en milieu urbain avec 124.000, contre une perte importante de 126.000 emplois non rémunérés, touchant surtout les zones rurales avec 115.000. Cette tendance reflète une mutation du marché du travail vers une forme d’emploi plus formelle ou salariée.

Le secteur primaire reste durement frappé, l’Agriculture, forêt et pêche a perdu 108.000 postes, conséquence directe de la sécheresse persistante. En revanche, d’autres secteurs tirent leur épingle du jeu. Le BTP (bâtiment et travaux publics) a créé 74.000 emplois, soit une croissance de 6%, suivi par les services, 35.000 emploie et l’industrie, 2.000 emploie. La création d’emplois dans les services s’est faite exclusivement en milieu urbain 61.000 emploie, masquant une perte notable en milieu rural 26.000 emploie.

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Chômage en légère baisse, mais des disparités criantes

La note du HCP indique un recul de 38.000 chômeurs sur un an, portant le nombre total de personnes sans emploi à 1.595.000. Cette baisse provient essentiellement du monde rural avec 33.000 chômeurs en moins, tandis que la zone urbaine ne connaît qu’un modeste reflux avec 5.000 emploie. Le taux de chômage national passe ainsi de 13% à 12,8%.

Malgré cette évolution favorable en apparence, les disparités restent marquées. Le chômage touche toujours davantage les jeunes âgés de 15 à 24 ans avec un taux de 35,8%, les diplômés avec 19% et surtout les femmes 19,9%, chez qui le taux a bondi de 2,2 points en un an. Chez les hommes, à l’inverse, le taux a reculé de 0,9 point pour s’établir à 10,8%.

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Le chômage progresse aussi parmi les jeunes adultes de 25 à 34 ans, atteignant 21,9%, tandis qu’il diminue dans les autres tranches d’âge. Une amélioration est cependant visible chez les diplômés qualifiés, ceux ayant un diplôme de qualification professionnelle voient leur taux de chômage reculer de 2,4 points, à 20,8%, et ceux titulaires du baccalauréat qualifiant de 1 point, à 25,1%.

Par ailleurs, La face sombre du marché du travail reste le sous-emploi, en hausse significative. Le HCP relève une progression du nombre de travailleurs concernés de 1.042.000 à 1.147.000, soit 10,6% de l’ensemble des actifs occupés. Ce phénomène touche 12,4% des travailleurs ruraux et 9,4% des urbains. Le sous-emploi visible; lié à la faible durée de travail passe de 5,4% à 5,5%, tandis que le sous-emploi invisible; revenus insuffisants ou inadéquation formation-emploi grimpe de 4,2% à 5%.

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Cette précarité s’aggrave dans plusieurs secteurs. Le BTP voit son taux de sous-emploi bondir de 18,9% à 22,2%, tandis que l’industrie passe de 5% à 6,7%. Même l’agriculture et les services enregistrent des hausses, respectivement de 0,5 et 0,4 point.

Portrait régional : Casablanca, locomotive, mais aussi pôle de chômage

Sur le plan régional, cinq régions concentrent 72,3% des actifs de 15 ans et plus, avec en tête Casablanca-Settat (22,2%), suivie de Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Seules quatre régions dépassent la moyenne nationale d’activité 43,4% : Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (47,9%), les régions du Sud (46,6%), Casablanca-Settat (45,4%) et Marrakech-Safi (43,9%).

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Côté chômage, la concentration est tout aussi forte. Casablanca-Settat rassemble à elle seule 25,5% des chômeurs du pays, suivie de Fès-Meknès (14,8%) et Rabat-Salé-Kénitra (13,1%). Les taux de chômage les plus élevés se trouvent dans les régions du Sud (25,7%) et de l’Oriental (21,1%). À l’inverse, les taux les plus bas sont enregistrés à Drâa-Tafilalet (6,4%), Marrakech-Safi (7,5%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (8,9%).

 

Au terme de cette analyse du deuxième trimestre 2025, les chiffres publiés par le HCP illustrent la résilience partielle du marché de l’emploi, mais également ses fragilités structurelles. Si la reprise de l’emploi urbain et du salariat est un signe encourageant, la forte exposition de l’économie à des chocs climatiques, comme la sécheresse, continue de pénaliser massivement le monde rural.

Les disparités entre hommes et femmes, entre jeunes et actifs plus âgés, entre diplômés et non-diplômés, restent marquées. Plus préoccupant encore, la montée du sous-emploi traduit une insatisfaction croissante de la population active vis-à-vis de la qualité des emplois disponibles. Un défi de taille pour les décideurs publics, qui devront conjuguer politiques de relance économique et inclusion sociale dans les mois à venir.

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