Le Maroc est-il en train de devenir le moteur industriel de l’Afrique ?
Drapeau du Maroc © Ayoub Jouadi / LeBrief
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L’industrialisation africaine poursuit sa progression malgré un environnement international marqué par les crises successives. Entre les conséquences de la pandémie de Covid-19, les répercussions de la guerre en Ukraine et la multiplication des tensions commerciales, les économies du continent ont continué à renforcer leurs capacités de production. Selon la BAD, les revenus de l’industrie manufacturière africaine sont passés de 285 milliards de dollars en 2020 à 351 milliards en 2025, tandis que la production industrielle affiche une croissance annuelle moyenne de 2,8% depuis le début des années 2000.
Si l’Afrique ne représente encore qu’une faible part de la production manufacturière mondiale, les progrès enregistrés témoignent d’une dynamique encourageante. Parmi les principales évolutions figure la montée en puissance du Maroc, qui détrône l’Afrique du Sud et devient le pays le plus industrialisé du continent. Une réussite qui repose sur une stratégie de long terme, mais aussi sur l’arrivée de partenaires étrangers, notamment les Émirats arabes unis, dont les investissements se concentrent dans des secteurs essentiels à la compétitivité industrielle.
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Le Maroc prend les commandes de l’industrialisation africaine
La première place obtenue par le Royaume dans le classement de la BAD illustre la transformation progressive de son appareil productif. Depuis plusieurs années, le Maroc mise sur le développement de filières industrielles à forte valeur ajoutée, tout en améliorant son environnement économique afin d’attirer les investisseurs internationaux.
Cette stratégie vise à faire du pays une plateforme de production ouverte sur les marchés africains, européens et moyen-orientaux. Son positionnement géographique, associé au développement de ses infrastructures portuaires, routières et ferroviaires, renforce son attractivité auprès des industriels souhaitant produire au Maroc avant d’exporter vers plusieurs régions du monde.
Cette progression s’inscrit également dans une tendance continentale plus large. La BAD souligne que 41 pays africains ont amélioré leurs performances industrielles par rapport à l’édition précédente de son indice, preuve que les politiques publiques orientées vers l’industrie commencent à produire des résultats.
Transition énergétique : comment le Maroc s’est imposé comme leader africain
L’énergie, un levier essentiel pour soutenir la croissance industrielle
Pour poursuivre cette dynamique, la disponibilité d’une énergie fiable et compétitive constitue un enjeu majeur. Les besoins de l’industrie augmentent à mesure que les capacités de production se développent, faisant de la sécurité énergétique un pilier de la stratégie industrielle marocaine.
Dans cette perspective, plusieurs projets soutenus par des investisseurs émiratis occupent une place centrale. Un programme estimé à près de 14 milliards de dollars prévoit notamment la réalisation d’infrastructures énergétiques et hydriques ainsi qu’une ligne de transport d’électricité de 1.400 kilomètres, capable d’acheminer jusqu’à 3.000 mégawatts.
En parallèle, le groupe TAQA étudie également le développement de nouveaux projets énergétiques représentant plus de 1.100 MW de capacités supplémentaires. L’objectif est double : répondre à la demande croissante des industriels tout en renforçant la compétitivité du Royaume grâce à une énergie plus stable et plus abordable.
Ces investissements traduisent une évolution des priorités. Après les grands projets solaires qui ont marqué la précédente décennie, l’accent est désormais mis sur le renforcement global des infrastructures permettant d’accompagner l’expansion industrielle.
Les investissements émiratis redessinent les priorités industrielles africaines
Le Maroc n’est pas un cas isolé. Les Émirats arabes unis multiplient leurs investissements dans plusieurs économies africaines considérées comme stratégiques.
En Égypte, les capitaux émiratis participent au développement de grands projets énergétiques. Alcazar Energy modernise notamment le parc éolien de Gabal El-Zeit, tandis que Masdar, Infinity Power et Hassan Allam Utilities développent des centrales solaires totalisant 1,2 gigawatt. D’autres accords portent également sur de nouvelles capacités photovoltaïques, dont un projet de 900 MW dans l’oasis de Dakhla.
En Afrique du Sud, les investissements répondent davantage aux difficultés structurelles qui freinent la compétitivité industrielle. Les coupures d’électricité, les insuffisances logistiques et le vieillissement des infrastructures limitent les capacités de production du pays.
Plusieurs entreprises émiraties, parmi lesquelles AMEA Power, Infinity Power ou Masdar, investissent ainsi dans les énergies renouvelables. Dans le secteur ferroviaire, Africa Rail Co cherche à développer une liaison entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, tandis qu’International Resources Holding explore des projets dans les infrastructures ferroviaires, la logistique et l’énergie verte.
Ces initiatives illustrent une réalité devenue incontournable : la performance industrielle dépend autant des infrastructures énergétiques et logistiques que des capacités de production elles-mêmes.
ZLECAf : le Maroc renouvelle son engagement en faveur de l’intégration économique africaine
La ZLECAf peut-elle amplifier cette dynamique ?
L’avenir de l’industrialisation africaine dépendra également de la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Aujourd’hui, le commerce entre pays africains ne représente encore qu’environ 14,4% des échanges du continent, un niveau jugé insuffisant pour favoriser une véritable industrialisation à grande échelle.
Une intégration économique plus poussée permettrait pourtant d’élargir les marchés accessibles aux industriels, d’encourager la transformation locale des matières premières et de renforcer les chaînes de valeur régionales.
Cette évolution profiterait directement aux secteurs où les investisseurs émiratis sont déjà fortement présents : production d’énergie, infrastructures portuaires, corridors logistiques, réseaux ferroviaires et zones industrielles.
Dans un contexte de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales, marqué par les tensions géopolitiques et les nouvelles barrières commerciales, plusieurs pays africains espèrent attirer davantage d’activités manufacturières grâce à des plateformes industrielles modernes et compétitives.
Pour le Maroc, cette nouvelle donne représente une opportunité importante. Son avance industrielle constitue un atout, mais elle devra être consolidée par des investissements continus, une énergie compétitive et une meilleure intégration aux marchés africains. Plus qu’une première place dans un classement, le véritable défi consiste désormais à transformer cette avance en une capacité durable de production, d’innovation et d’exportation à l’échelle du continent.
Les prix du gasoil et de l’essence enregistrent une nouvelle baisse, tandis que le débat sur le mode de fixation des tarifs reste d’actualité.
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