Législatives 2026 : pouvoir d’achat, emploi et confiance au cœur des attentes des Marocains
les Marocains placent le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, les services publics, la lutte contre la corruption et le renouvellement politique au cœur de leurs attentes© LeBrief.ma
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Plusieurs enquêtes nationales montrent ainsi une évolution du rapport entre les électeurs et les formations politiques. Le programme électoral est de moins en moins perçu comme un simple catalogue de promesses et davantage comme un engagement dont les résultats doivent pouvoir être évalués.
Le coût de la vie au premier plan
La question du pouvoir d’achat constitue l’un des principaux sujets de préoccupation. Les enquêtes du Haut-Commissariat au Plan (HCP) montrent une dégradation persistante du moral des ménages. Près de 78,3% d’entre eux déclarent avoir constaté une détérioration de leur niveau de vie au cours de l’année écoulée. Le pessimisme est particulièrement prononcé concernant les prix alimentaires, avec un solde d’opinion de -97 points.
Les résultats de l’Arab Barometer confirment cette fragilité. En 2024, environ 63% des ménages marocains interrogés indiquaient avoir connu, au cours du mois précédant l’enquête, une situation où leurs réserves alimentaires s’étaient épuisées alors qu’ils ne disposaient pas des liquidités nécessaires pour les reconstituer. L’économie était par ailleurs citée comme principal défi par 22% des citoyens.
Ces chiffres prennent une dimension concrète dans les témoignages recueillis sur le terrain. Une mère de cinq enfants explique ainsi que le salaire mensuel de son mari, fixé à 3.000 dirhams, ne suffit plus à couvrir les charges familiales. Elle cite les dépenses liées à l’école, aux vêtements, aux courses et aux remboursements, estimant que ce revenu ne permet plus de répondre aux besoins croissants des enfants.
« Que faire avec 3.000 dirhams ? », s’interroge-t-elle, tout en demandant une amélioration des salaires. Elle souligne également qu’elle est contrainte d’envisager une activité professionnelle alors que son mari ne souhaite pas qu’elle travaille.
Cette pression sur les ménages explique en partie les attentes formulées en matière de fiscalité et de régulation des prix. Les revendications portent notamment sur la préservation du pouvoir d’achat, l’allègement de la pression fiscale sur les produits essentiels et le maintien de mécanismes de protection pour les ménages les plus vulnérables.
L’emploi des jeunes, une priorité absolue
L’emploi constitue un autre enjeu majeur du scrutin. Selon Afrobarometer, 65% des jeunes Marocains considèrent que la création d’opportunités d’emploi doit constituer la première priorité dans l’affectation des dépenses publiques.
La situation reste pourtant difficile. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 36,7%, tandis que seuls 14% des jeunes interrogés portent un jugement positif sur les dispositifs gouvernementaux de création d’emplois. Le problème ne concerne pas uniquement les jeunes sans qualification. Le Maroc fait également face au paradoxe d’une jeunesse de plus en plus diplômée mais confrontée à des débouchés insuffisants.
La problématique des NEET, ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, est particulièrement révélatrice. Les données citées par le HCP font état de plus de 1,5 million de jeunes de 15 à 24 ans concernés. Chez les 15-29 ans, le phénomène touche davantage les femmes, avec un taux de 49,1%, contre 18,5% chez les hommes.
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Dans les témoignages recueillis, cette difficulté est clairement exprimée. Une citoyenne souligne que de nombreux jeunes possèdent « un diplôme ou une licence en poche » mais restent sans emploi. Elle appelle à une amélioration des perspectives professionnelles afin que cette jeunesse puisse participer pleinement au développement du pays.
Un autre citoyen insiste, lui, sur la nécessité pour les jeunes de chercher des opportunités là où elles existent afin de pouvoir subvenir à leurs besoins et soutenir leurs familles. « Il faut travailler dur pour aider sa famille et avoir de quoi assurer ses arrières », explique-t-il.
Pour répondre à cette situation, les attentes portent notamment sur le développement de la formation professionnelle, l’intégration économique locale et la création d’emplois durables. L’enjeu est également de mieux valoriser le potentiel économique des femmes, particulièrement dans les zones rurales.
Une demande de renouvellement politique
Au-delà des préoccupations économiques, la question de la confiance dans la classe politique occupe une place importante. Selon les données citées par l’Arab Barometer, seuls moins de 40% des Marocains déclarent faire confiance au Parlement. La corruption demeure également un sujet majeur : 20% des citoyens la considèrent comme le principal défi auquel le pays est confronté.
Cette défiance apparaît directement dans les témoignages. Un citoyen interrogé affirme que sa confiance dans les campagnes électorales est « pour ainsi dire inexistante », en raison, selon lui, de promesses répétées qui ne produisent pas suffisamment de résultats concrets sur le terrain. Il estime que cette situation explique en partie le désengagement d’une partie de la population vis-à-vis des élections.
Un autre réclame un renouvellement beaucoup plus important de la classe politique. Selon lui, « les visages au pouvoir sont les mêmes depuis 20 ou 30 ans », avec des discours et des promesses qui se répètent. Il appelle à donner davantage de place à la jeunesse, estimant que celle-ci dispose des capacités nécessaires pour contribuer au changement.
Ces attentes rejoignent celles exprimées par Transparency Maroc, qui a invité les partis politiques à clarifier leurs engagements en matière de lutte contre la corruption à l’occasion des élections. Parmi les demandes figurent le renforcement des mécanismes de contrôle, la lutte contre l’enrichissement illicite, la prévention des conflits d’intérêts et une plus grande transparence du financement des campagnes.
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Santé et éducation, deux services publics sous tension
La santé figure également parmi les priorités. Selon les données d’Afrobarometer citées dans l’analyse, seuls 26% des citoyens se déclarent satisfaits de la qualité des prestations de santé de base. Les disparités territoriales demeurent fortes, avec une concentration des médecins et des infrastructures spécialisées dans les grandes villes.
Le problème de l’accès aux soins se double d’une question de ressources humaines. Environ 14.000 médecins marocains exercent à l’étranger, tandis que près d’un diplômé en médecine sur trois serait concerné par l’émigration, selon les données citées.
Dans l’éducation, la satisfaction à l’égard de l’école publique a également reculé. Les données de l’Arab Barometer font état d’une baisse de 54% à 45% du taux d’approbation du système éducatif. Les attentes portent notamment sur l’amélioration des infrastructures, la formation des enseignants, la qualité des apprentissages et une meilleure adéquation entre les formations universitaires et les besoins du marché du travail.
L’eau, une autre urgence nationale
Le stress hydrique s’impose enfin comme une question incontournable. Selon l’Arab Barometer, 80% des Marocains estiment que l’État doit intervenir davantage face aux changements climatiques. Les attentes concernent notamment la sécurisation de l’eau potable dans les zones rurales et montagneuses, l’accélération du dessalement et des transferts interbassins, ainsi qu’une réflexion sur les politiques agricoles dans un contexte de raréfaction de la ressource.
À travers les différentes enquêtes et les témoignages recueillis, une même exigence se dégage : les électeurs veulent désormais davantage que des promesses. Ils attendent des programmes capables de répondre aux difficultés économiques et sociales, mais aussi des engagements suffisamment précis pour permettre d’en mesurer les résultats.
Pouvoir d’achat, emploi des jeunes, qualité des services publics, lutte contre la corruption, renouvellement politique et gestion de l’eau constituent ainsi les principaux axes autour desquels pourrait se structurer le débat des législatives de 2026.
Pour les partis politiques, le défi est donc autant programmatique qu’institutionnel : il s’agit de convaincre des citoyens dont une partie exprime ouvertement sa défiance et de restaurer la confiance dans l’utilité du vote. Un intervenant résume cette attente en rappelant que voter reste un devoir, mais que ce devoir doit s’accompagner de « transparence et de crédibilité ».
Le ministère de la Santé a lancé le Plan Santé mentale 2030, doté de 4 milliards de dirhams, pour répondre à l'urgence sanitaire touchant 6,5 millions de Marocains.
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